Lucy
4.7
Lucy

Film de Luc Besson (2014)

Les arcanes du blockbuster, chapitre 12.

Cantine d’EuropaCorp, dans la file le long du buffet à volonté.


Et donc, il prend sa bagnole, se venge et les descend tous.
- D’accord, Luc. Je lance la production. On a de toute façon l’accord de principe de Liam Neeson.
- Nan, là je parlais de Jason.
- Ah. Donc Le Transporteur. Quand tu parlais du 4, je croyais qu’on était sur Taken.
- Nan. Tiens, prends la tartiflette, elle est bonne, ici.
- D’accord, Luc.
- Et puis je suis tombé sur The Sentinel, hier soir. Tu te souviens de ce truc ? Du coup j’ai un projet perso.
- Une réal ?
- Ouais. Merde, ça déborde. Mlle, donnez-moi une autre assiette, s’il vous plait. Un truc philosophique.
- …
- T’as oublié ton entrée. La salade de pomme de terre est excellente.
- Merci, je crois que j’en ai assez, là.
- Ouais, un truc sur l’humain, quoi. Son potentiel, tu vois. Une héroïne avec des habilités particulières.
- Une mutante ?
- Genre. Mais avec tous les pouvoirs. Un truc de fou, jamais vu. Télékinésie, radiographie par les mains, métamorphe, voyage dans le temps et la matière, big-bang. Attends, j’ai noté des trucs sur la nappe là-bas tout à l’heure, à la pause viennoiseries.
- C’est ambitieux, Luc. J’adore.
- Voilà, regarde, c’est écrit là.
- « Stars. Intelligence. Poursuites. Gunfights. Fin de ouf ». Ouais, vraiment, ambitieux.
- On tourne la semaine prochaine, j’ai un noir et une blonde. Tu finis pas tes frites ?


12 semaines plus tard. Réunion de débriefing.


Bon, les gars, le boss a tourné, et on doit se démerder maintenant.
- Voyons le bon côté des choses : on a de quoi faire une bande-annonce.
- Le problème, c’est que son film dure 1h00. Et qu’il veut pas tourner davantage. Il a déjà rajouté le bisou de Scarlett quand on lui a demandé des sentiments, il ira pas plus loin.
- On fait quoi, putain ?
- Je lui ai demandé. Il m’a dit d’ajouter des animaux.
- Des animaux. Il t’a dit d’ajouter DES ANIMAUX.
- Ouais, des illustrations. Il a dit que ça souligne l’ambition philosophique. Il veut du cosmos, aussi. On est donc allé pomper chez Disney Nature, Yann Arthus-Bertrand et les docs de la Géode.
- Mais on a pas assez. On a foutu un peu partout, même des rhinos et des grenouilles qui copulent, mais on est à 1h10.
- Je l’appelle. « Luc ? C’est Bryan Feneck. Ouais, toujours la durée. Qu’est-ce qu’on…Ah ? Sur ? D’accord Luc. Bien Luc. Je leur dis, Luc. »
- Alors ?
- Il m’a dit de mettre n’importe quoi.
- … Tu peux préciser ?
- Il a dit, je cite « des villes en time lapse, des embouteillages, des rubik’s cube, des machines à laver » La fin j’ai pas compris, il avait la bouche pleine.
- Allez, au boulot, putain !


8 semaines plus tard. Débriefing des screentests.


Bon. Luc est content.
- …
- Stanley, tu prends donc en charge le dossier de presse. N’oublie pas, on est dans une approche à la 2001. Tree of Life, tout ça.
- Ouais, et Jurassic Park, et Le Blob. Ecoute, Bryan, ça va pas être possible.
- Qu’est-ce que tu me racontes ?
- Je démissionne. Je peux pas. Je vous le dis entre nous, j’ai jamais vu une telle merde.
- On te demande pas ton avis non plus, ducon. Le public de Besson a le mérite de n’utiliser que 4% de son cerveau, c’est là que c’est malin.
- Là c’est trop.
- Il a raison, Bryan.
- Ta gueule, toi. T’as déjà de la chance que Luc t’ait pas entendu rire pendant la scène du coup de fil de Lucy à sa mère !
- Mais putain, elle parlait du goût de son lait, bordel !!!
- Ta gueule, j’ai dit. Bon, Stan, tu te ressaisis ?
- C’est non négociable. J’ai eu une révélation, putain. Des merdes, j’en ai vendues depuis que je bosse ici, mais là, c’était même plus de l’indignation, mais du désespoir. C’était cathartique. Putain, y’a aucun rythme, il nous a souillé Min-sik Choi & Scarlett est encore plus laide que dans Don Jon !
- Et tu te souviens des mecs qui pendent au plafond ?
- Et, les pouces qui s’illuminent !
- Et quand elle se transforme en Akira !
- Putain mais fermez-la, merde !
- Et la clé usb qui scintille, quand même… J’arrête, chef, promis.
- Stanley, tu nous fous dans la merde.
- Je suis réglo, tu me connais, j’ai cherché un plan B pour la promo. J’ai trouvé un jeune dans la salle qui pourra faire l’affaire.
- Un amateur ? Putain, mais…
- C’est l’avenir, mec. Ecoute ce qu’il disait en sortant : « Arrivé à la fin du film, j’ai senti un truc sur ma joue, je me suis demandé ce que c’était, et je me suis rendu compte que j’étais en train de pleurer… »
- Ouais, ben nous aussi, hein…
- Nan ta gueule, écoute : « pleurer d’ADMIRATION ».
- Ok, tu l’embauches. Putain, je crois qu’on va peut-être quand même cartonner.


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Sergent_Pepper
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le 6 déc. 2014

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