Que quelqu'un égorge David S. Goyer svp, pour le bien-être des futures adaptations DC Comics !

Avis sur Batman v Superman : L'Aube de la Justice

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Qu'on se le dise, Man of Steel était une vraie purge. L'enfant gibbeux et perclus du blockbuster hollywoodien des années 2000 qui sacrifie l'inventivité, la narrativité et la verve épique sur l'autel d'un montage clipesque éculé et d'un spectaculaire bouffi via la mode désastreuse du tout numérique. Deux canevas cinématographiques contemporains ayant réussi à pourrir nos retrouvailles avec Superman, le film de Zack Snyder s'avérant être l'anti-thèse la plus radicale de l'approche de Bryan Singer et de son Superman returns, quant à lui trop regardant et in extenso trop respectueux de l'oeuvre de Richard Donner.

Malgré les faibles bénéfices engrangés par Man of Steel, c'est néanmoins au même Zack Snyder que Warner Bros. décide de confier les rênes de Batman v Superman : L'Aube de la Justice. L'enjeu économique est pourtant conséquent : ces dernières années, la Warner a en effet essuyé les plâtres de nombreux bides commerciaux ayant entraîné des pertes financières historiques. Cependant, le projet n'est pas dénué de sens : en amorçant sur grand écran la rencontre entre deux figures mythiques de DC Comics, le studio américain espère ainsi suivre les traces de Disney qui de son côté remplit ses caisses grâce à ses multiples adaptations plus ou moins réussies du Marvelverse. Un sacré pari quand on sait que la Warner a misé énormément de deniers sur ce film (on parle de 500 millions de dollars, film et marketing inclus), interdisant de ce fait l'échec sous peine de boire le calice jusqu'à la lie.

Alors, pari réussi ? Une question à laquelle je me propose de répondre mais sous l'égide de très nombreux spoils m'obligeant à vous recommander de ne pas aller plus en avant dans cette critique si d'aventure vous souhaitiez découvrir par vous-même la vilenie que je m'apprête à vous décrire.

ON COMMENCE PAR MASSACRER L'ICÔNE DU BAT...

Faire pire que Man of Steel aurait été un sacré défi. Les ingrédients sont pourtant réunis : le même réalisateur, le même scénariste... Et pourtant : le film commence sous l'auspice bienvenue d'une forme de sobriété inattendue qui permet de découvrir la mort des parents de Bruce Wayne, la chute du jeune héritier dans une grotte jonchée sous son manoir et sa rencontre avec les chiroptères qui lui inspirer... Euh, attendez. Pardon ? Vous voulez dire que pour la troisième fois depuis Tim Burton, et sans parler des jeux vidéos estampillés Batman Arkham ni même des très nombreuses bandes dessinées traitant du sujet, nous nous retapons encore une fois cette séquence au cinéma ? Aïe. Il ne manquerait plus qu'on ait droit au monologue habituel de Superman sur sa condition non-humaine, et ce ser... Ah bon ? On y a droit ? Ah. Bon et bien pour l'approche originale, je vous l'annonce tout de go : on repassera.

L'idée des scénaristes Chris Terrio et David S. Goyer, qui s'inspirent très librement (mais alors très très librement hein) de The Dark Knight Returns de Frank Miller et de The Death of Superman de Dan Jurgens, Louise Simonson et Roger Stern, est d'amener Bruce Wayne/Batman à se méfier suffisamment du Kryptonien le plus célèbre de la pop culture pour lui donner une raison d'oeuvrer à sa destruction. Il le dit d'ailleurs lui-même à Alfred : s'il y a 1% de chance que Superman soit l'ennemi de la race humaine, il faudra bien quelqu'un se trouvant en face de lui pour l'empêcher de l'anéantir. Et ce quelqu'un, cela ne peut être que Batman himself. De fait, après une longue séquence dans Métropolis illustrant les dommages collatéraux du combat entre Superman et le Général Zod à la fin de Man of Steel dont ce Batman v Superman : L'Aube de la Justice est la suite directe, Wayne, témoin des événements, va passer les deux tiers du film à se préparer pour se défaire de l'extraterrestre en collants rouges et bleus. Pour cela, il n'hésitera pas à pirater les données informatiques détenues par Lex Luthor (qu'il ne soupçonne pas encore d'être l'infâme salopard que nous connaissons tous, tiens-je à préciser), et même à lui voler la kryptonite en sa possession. En même temps, c'est bien connu : Batman est un vil criminel se comportant comme le dernier des brigands. Pour ma part, il me semblait qu'il était originellement un détective hors pair et justicier à ses heures mais bon, pourquoi pas. Frank Miller l'avait bien décrit dans sa bande dessinée comme un hors-la-loi (vision qui est de loin celle que je préfère, Batman étant à mes yeux un personnage nettement plus intéressant lorsqu'il se montre violent et torturé), donc l'approche parait logique même si elle s'avère en l'état somme toute maladroite dans le film. Surtout en prenant en considération sa fin lorsque les policiers laissent l'homme chauve-souris agir à sa guise au moment où il rend une petite visite en prison à Luthor, induisant l'idée qu'il travaille de concert avec eux. Après moi j'dis ça j'dis rien.

Après quelques séquences de dialogues sans aucun intérêt avec le pauvre Alfred dont le rôle est réduit à son strict minimum malgré l'immense acteur l'incarnant (Jeremy Irons avait en effet déjà démontré quel excellent second rôle il peut être dans Kingdom of Heaven), le duel entre les deux mastodontes de la future Justice League démarre aux deux tiers du film. Or, ce que Batman ne sait pas, c'est que de son côté Superman est forcé de l'affronter afin de sauver sa môman Martha Kent, la pauvre biquette ayant été enlevée plus tôt par les hommes de main de Luthor. Ce dernier voulant la tête de Batman après avoir voulu celle de Superman (sûrement parce que peu ravi d'avoir été cambriolé et d'avoir subi l'outrage de ne pouvoir utiliser lui-même la kryptonite sur l'homme d'acier. Bref, c'est l'histoire d'un caca nerveux quoi), il demanda donc à Kal-El d'arracher les ailes de la chauve-pourrie en échange de la vie de sa môman. L'idée de Superman était d'y aller pour tenter de raisonner le Caped Crusader afin de lui expliquer la situation, ce qu'il tenta de faire l'espace de... cinq secondes ? Faut pas déconner quand même : le film s'appelle Batman v Superman, on allait quand même pas se retrouver avec deux héros sachant utiliser leurs neurones. Manquerait plus qu'il fasse un Scrabble en plus. Résultat : échange de tatanes dans la gueule. Et comme dans The Dark Knight Returns, "l'esprit triomphe du muscle" (comme quoi, Gene Hackman/Lex Luthor avait bien raison !) malgré un rapport de force déséquilibré sur le papier. Sur le point de vérifier si les anges ont bien deux ailes et une auréole, Superman demande à Batman de sauver Martha à sa place. "Martha ?!", se dit alors Bruce. "Mais comment diable ce fils de pute de Kryptonien connait-il le nom de ma môman à moi ?!" s'interroge-t-il. Car oui, heureux hasard de la vie, la mère de Bruce et la mère adoptive de Clark s'appellent toutes deux Martha. Et là, Loïs Lane débarquant sur son beau cheval blanc (pas celui de Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine hein) répondant au doux nom de Deus Ex Machina (drôle de nom pour un bourrin, j'en conviens) s'interpose et lui rétorque que c'est le prénom de sa môman à lui. "Comment ?!" se dit alors Batman. "Ta môman et ma môman ont le même prénom ?! -roulement de tambour- ...Bon bah on est potes alors, j'me suis gouré sur ton compte en fait". Oui chers lecteurs, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, c'est ainsi que le Batman v Superman devient Batman & Superman. Et c'est également ainsi qu'après deux tiers d'un film qui jusque-là avait été relativement plaisant sans être transcendant, avec des dialogues certes peu inspirés (pour ne pas dire "très mal écrits") mais à la mise en scène et au montage plus sobres et mieux maîtrisés que dans Man of Steel, Batman v Superman : L'Aube de la Justice tombe dans la merditude des choses (mais non, pas le film de Felix Van Groeningen avec Johan Heldenbergh ! P'tin, vous suivez pas les gens, "c'est agaçant à la fin !" dixit le dromadaire d'Astérix et Cléopâtre). Car si je résume la situation, on a un Batman criminel n'hésitant pas à tuer les autres criminels, se comportant même comme un véritable psychopathe lorsqu'il marque ses ennemis au fer rouge (on se demande bien pourquoi...), obtus jusqu'à plus soif malgré les recommandations d'Alfred, sûr et certain de la culpabilité future de Superman, qui, parce qu'il apprend que son ennemi a une môman portant le même prénom que sa propre môman, remet 2H de film en question et décide de devenir coûpain avec celui qu'il s'est juré de détruire ?! La vache ! Même dans Les Feux de l'Amour ils n'ont pas osé aller aussi loin !

N'en déplaise à certains, Ben Affleck n'est pas le premier fautif. Il est ce qu'il y a de moins pire parmi les acteurs, mais force est de constater qu'après avoir oeuvré sur la trilogie de Christopher Nolan, Goyer dont on reconnait la plume experte (ahem) devait en avoir plein les basques du Batman et a décidé de chier sur l'icône comme on l'a rarement fait (de mémoire de fan, je n'ai vu que Batman & Robin pour faire pire). Si c'était le seul...

...PUIS ON RUINE 83 ANS D'HISTOIRE KRYPTONIENNE !

N'allez pas croire que Goyer ou Terrio se soient uniquement acharnés sur Batman et son univers. Je passerai sous silence l'inutilité la plus complète de Wonder Woman qui n'est là que pour montrer ses jolies robes - et accessoirement le côté "kikoo on est lààààààà !" d'Aquaman et Flash dont la présence ne sert qu'à préparer les prochains films - pour causer un brin de Superman.

Un élément qui m'avait semblé totalement aberrant dans Man of Steel se retrouve dans Batman v Superman : L'Aube de la Connerie (appelons un chat "un chat", après tout) de manière encore plus prononcée : la facilité déconcertante avec laquelle l'identité secrète de Superman est découverte, la révélation tombant une fois encore comme un cheveu dans un bol de soupe. Dans Man of Steel, il a fallu une courte séquence de moins de cinq jump cuts pour permettre à Loïs Lane de découvrir que derrière le grand S sur le torse se cache le futur journaliste du Daily Planet Clark Kent. Mais dans sa suite, Luthor fait plus fort : face à face avec Superman, il lui dit illico qu'il sait qui il est (logique, puisqu'il a enlevé sa môman en connaissance de cause, si vous avez suivi mon résumé précédent) sans que rien ne l'explique. Comme ça, hop, c'est la fête, Luthor te sort qu'il sait que Clark Kent = Superman. S'il n'y avait pas déjà eu la séquence durant laquelle Lex utilisait la technologie kryptonienne comme on se sert aujourd'hui d'un four à micro-ondes ("fingers in the noise" quoi), j'aurai pu dire que le scénario commençait à tomber furieusement dans le grotesque. Mais comme derrière Goyer te sort de son chapeau le célèbre Doomsday comme étant l'oeuvre de Luthor à partir de quelques gouttes de son sang et du cadavre de Zod suite à une expérience menée dans l'épave du vaisseau du Général coiffé comme un Romain jusqu'ici détenu par les States (on se demande pourquoi Superman leur a laissé une telle technologie à portée de main vu sa dangerosité, lui qui prend pourtant la peine de détruire un satellite le traçant à la fin de Man of Steel... Enfin bon, on est plus à une idiotie près hein !), là je suis obligé d'admettre que le scénario de Batman v Superman rentre fièrement dans le Top 10 des pires scénarios de blockbusters de tous les temps qu'il m'ait été donné de subir. Faudrait limite un sondage sur SensCritique pour célébrer une crétinerie pareille. Crétinerie appuyée d'autant plus par l'allure de Doomsday, odieusement raté, tout en pixels dégueulasses, à des milliers d'années-lumière de la classe du Doomsday de The Death of Superman, et grand méchant d'un dernier tiers dans lequel Snyder retombe dans ses travers avec ses fonds verts outranciers, son montage elliptique, sa mise en scène prévisible, impersonnelle et encroûtée.

Et que dire du Lex Luthor de Jesse Eisenberg... Mon Dieu j'en avais honte pour l'acteur. Luthor, faut-il le rappeler, est un génie du mal obsédé par la destruction de Superman. Seulement, dans "génie du mal", il y a "génie". Que ce soit dans le film de 1978, les bandes dessinées ou même les dessins animés, Luthor a toujours été montré comme un personnage certes excentrique mais avant tout intelligent, froid et calculateur. Remember le Luthor de la Terre-1 dans The Death of Superman, en couple avec Supergirl/Matrix pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'amour. Lorsqu'il évoque sa prestation dans Batman vs. Superman, Eisenberg décrit lui-même Luthor comme étant un "psychopathe xénophobe". Dans les faits, cela donne un acteur à qui on a a priori demandé de reproduire sa performance de The Social Network mais en forçant le trait sur chaque élément psychologique du personnage. On se retrouve alors avec un acteur en roue libre partant dans tous les sens et à l'extrême opposé de tout ce que Lex Luthor représente dans l'univers de Superman. Ses seuls points communs au fond sont de vouloir la destruction du Kryptonien et de finir chauve. Rien de plus. C'en est navrant tellement l'insanité du personnage est affligeante de bêtise.

Superman lui-même subit un traitement peu enviable, puisqu'il n'est là que pour se plaindre de ne pas être considéré à sa juste valeur héroïque ni comme un être humain, pour enfin admettre dans le blanc des yeux de sa dulcinée que la Terre est son monde et qu'il doit le protéger. Bref, le cliché habituel des histoires sans imagination tournant autour des états d'âme du Kryptonien en somme. De fait, après avoir chié sur Batman, je me suis retrouvé devant un film qui n'a pas hésité à chier tout autant sur l'héritage de Superman, soit deux des héros que j'aime le plus depuis ma plus tendre enfance. Vous devez maintenant comprendre pourquoi j'ai intitulé ma critique ainsi, je suppose.

REALISTIC IS PLASTIC

La surenchère du dernier tiers fait tâche, c'est un fait. Elle est à tous les niveaux, aussi bien visuelle que scénaristique, ce qui contraste avec la veine tentative de Goyer et Terrio à exploiter les tourments des super-héros ne cessant de questionner leur place dans un monde qui va à vau-l’eau. Mais si le scénario est un désastre, un naufrage qui n'a d'égal que celui de Noé, les idées visuelles de Snyder ne sont pas toutes à jeter. Même si le film se montre avare en visions marquantes inédites - la plupart présentes dans le film étant tirées des bandes dessinées faut-il le rappeler, les charges symboliques (la statue de Superman, les batarangs de Batman) sont suffisamment bien utilisées pour nourrir l'ensemble. Hélas, de nombreux scories regrettables viennent sans cesse annihiler ces efforts, d'autant que le ton résolument sérieux adopté ne va pas toujours de concert avec la portée allégorique de l'affrontement entre les deux justiciers.

Ce manque de recul offre pourtant au scénario sa seule réussite : la possibilité pour son auteur d'étudier sous divers angles la chimère de la démocratie dans l'Amérique d'aujourd'hui. Réussite néanmoins relative puisqu'elle s'accompagne d'une lourdeur cruelle à mesure que chaque séquence cherche à ancrer l'histoire dans notre réalité au point d'éluder la portée fantastique, mythologique et biblique des bandes dessinées. C'est d'ailleurs peut-être là le plus grand échec de Snyder depuis qu'il est en charge de retranscrire sur grand écran l'univers de DC Comics : oublier que quelque part, dans les méandres les plus sombres de ces héros déifiés, se cache une part de merveilleux qui a permis aux lecteurs de rêver tantôt à une justice équitable et implacable, tantôt que l'homme pouvait voler. Et même si le résultat final est plus estimable que Man of Steel, il n'en demeure pas moins méprisable sur de trop nombreux points.

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