Du tennis comme à la télé !

Avis sur Battle of the Sexes

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[Remarques générales. Je n'ai pas envie de juger et noter des films que je n'ai vus qu'une fois, souvent avec peu de connaissance du contexte de production. Je note donc 5 par défaut, et 10 ou 0 en cas de coup de cœur ou si le film m'a particulièrement énervé. Je souligne plutôt les éléments qui m'ont (dé)plu, interpellé, fait réfléchir, ému, etc. Attention, tout ceci sans égard pour les spoilers !]

Battle of the sexes

Deuxième film d'une journée « tennis », après Borg/McEnroe. Sans surprise, deux films fort différents, y compris à travers leur manière de représenter ce sport.

Là où Borg/McEnroe multipliait les effets de dramatisation, Battle of the sexes choisit au contraire d'installer les enjeux tranquillement. On sait que le match entre Billie Jean King et Bobby Riggs finira par être programmé et se dérouler, mais pendant une longue première partie, Jonathan Dayton et Valerie Faris ont préféré prendre le temps de montrer les deux protagonistes et de construire des intrigues secondaires pour enrichir le message général. Choix que j'apprécie : on ne peut plus critiquer le sujet du film à coups de « Bon, en 1973 la numéro 1 mondiale a gagné un match de tennis contre un cinquantenaire, et alors ? De toute façon les hommes sont quand même meilleurs au tennis parce que les qualités physiques priment. » Les scènes qui précèdent le match attendu illustrent bien cette façon de désamorcer le drame : on voit Billie Jean King abandonnant un match, puis malade, mais le film n'insiste pas plus, je suis resté avec mes interrogations (grippe, mal d'amour, est-ce sérieux ?) jusqu'à retrouver la tenniswoman en pleine forme le jour J.

Ces intrigues secondaires permettent de densifier le personnage de Bobby Riggs, ne le réduisant ainsi pas au male chauvinist pig qu'il se proclame être, mais montrent aussi ses faiblesses (addiction au jeu), son côté amusant malgré tout, et sa situation familiale (couple en difficulté avec une femme de caractère et qui gagne bien plus que lui, désaveu silencieux de son fils...), ce qui permet d'en faire un personnage humain et d'éviter le manichéisme dans l'affrontement des personnages principaux.
Mais c'est évidemment surtout le personnage que Billie Jean King que les intrigues secondaires étoffent. Elles montrent son combat, lequel n'est pas de prouver l'égalité ou la supériorité compétitive du tennis féminin sur le masculin (ou des femmes sur les hommes), mais simplement de réclamer la reconnaissance du tennis féminin par les autorités sportives patriarcales, notamment en exigeant des rémunérations équivalentes (sur une base juste : les femmes font vendre autant de billets de stade que les hommes). Les arguments sont ainsi déployés sans lourdeur, ainsi que les moyens mis en place par Billie Jean King, comme la création d'un circuit féminin alternatif. En outre, un triangle amoureux est développé entre Billie Jean King, son mari Larry, qui joue aussi un rôle de coach, dévoué même quand il apparaît profondément blessé, et Marilyn Barnett, jeune coiffeuse rencontrée en chemin. Ce triangle m'a surtout intéressé dans ce qu'il permet à la fin du film - j'en parle à la fin de cette critique.
À noter aussi le traitement intéressant du personnage de Margaret Court, qui incarne et fait vivre la misogynie interiorisée.

J'ai aussi été attentif à la performance d'Emma Stone, en particulier après avoir vu le jury du festival Chéries Chéris la récompenser. Je l'ai trouvée très bien, dans des registres assez variés : assurance, tendresse, malaise... Souvent je n'aime pas sa manière de jouer, qui parce que trop expressive me rappelle régulièrement que c'est une actrice et non un personnage que je regarde ; ici il y avait beaucoup plus de retenue que dans les autres films où j'ai vu Emma Stone, et c'est avec Billie Jean King que j'ai passé les deux heures. Il faut aussi ajouter à son crédit qu'Emma Stone a pris du muscle pour le film (ce genre de transformations physiques plaît toujours à un certain nombre de cinéphiles, ce que je ne comprends pas toujours). J'ai malgré tout l'impression que son nom justifie plus les prix que son interprétation : cette dernière m'a convaincu, mais je n'ai pas trouvé le rôle particulièrement virtuose, et par conséquent la performance pas tellement hors du commun. (On remarquera aussi que les rôles des deux personnages principaux reconduisent un certain nombre de clichés : le rôle de Steve Carell est beaucoup plus actif et amusant quand celui d'Emma Stone est tout en suubtilité. Mais on ne peut pas faire la révolution partout en même temps, et c'est un film historique, donc d'autant plus difficile à subvertir de cette manière.)

Et le tennis, donc ? Borg/McEnroe le filmait peu, en « trichant » (raccords nombreux) et avec des cadrages au plus près du jeu. Dans Battle of the sexes, c'est l'inverse. Le match est montré à travers un nombre conséquent de points décisifs, souvent filmés « comme à la télévision », en hauteur en bout de court, en vue d'ensemble fixe (jusqu'à l'apothéose, plus libre, où Billie Jean King enchaîne smash sur smash). Même si je suis curieux de ce que donnerait l'approche de Borg/McEnroe avec plus de temps et de moyens, mais j'ai été beaucoup plus convaincu par le tennis de Battle of the sexes, qui est parvenu à me procurer le plaisir et le suspense (même si l'issue finale ne fait pas de doute, chaque point filmé, qui peut tourner en faveur de l'une ou l'autre, reste source de potentiels... rebondissements) d'un visionnage réel de sport, en trouvant un juste équilibre rythmique pour condenser un match en séquence de film.

Et j'ai vraiment apprécié la fin, qui évite ce qui m'avait par exemple beaucoup énervé dans 120 battements par minute : donner, parce que c'est un film historique, l'impression que le combat est terminé. Après avoir gagné le match, Billie Jean King s'isole dans le vestiaire. Son couturier gay (Alan Cumming), qui plus tôt avait très vite deviné la romance entre la tenniswoman et la coiffeuse, identifie ici que la sportive est malgré la victoire peinée par cet amour, contrarié parce qu'elle ne peut le révéler. Il lui dit : c'est triste, il faut que les choses changes pour que nous puissions être qui nous sommes et aimer qui nous voulons, mais regarde, tu as changé un peu les choses aujourd'hui, donc d'abord allons danser. J'ai entendu : la « bataille des sexes » de 1973 est un jalon dans un combat qui dure encore, mais pour le film s'achève, place pour l'instant au happy ending.

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