Le tant attendu retour de Spike Lee

Avis sur BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan

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Réalisé par Spike Lee et sorti en 2018, BlackKKKlansman retrace l’histoire, très largement inspirée de faits réels, de l’infiltration d’un afro-américain (Ron Stallworth, personnage principal) et d’un juif au sein du Ku Klux Klan dans une Amérique des années 70’s.

BlacKKKlansman s’imposerait presque de part sa mise en scène, et un casting impeccable, comme une référence récente du film « politique ». Spike Lee a enfin réaffirmé son talent dans ce pour quoi il est le meilleur : la dénonciation de la condition des afro-américains.

Une leçon de mise en scène pour tout film « politique »

Une fois n’est pas coutume, Spike Lee prouve encore son talent incroyable pour la mise en scène. Je citerai un type de séquence particulièrement remarquable : Les scènes de discours. Qu’il s’agisse du discours de Kuamé Turé pour l’association des étudiants Black Panther ou celui de David Duke, la mise en scène permet d’instaurer une intensité dramatique rare dans les films politiques.

Mention spéciale pour la scène finale de la croix brûlée que l’on aperçoit à la fenêtre de l’immeuble de Ron Stallworth témoignant d’une violence symbolique inouïe. Alors que le personnage principal s’est amusé à ridiculiser ces méthodes qu’il considérait comme sans danger voire négligeable, le fait d’apercevoir cette croix qui lui est destinée rend la pratique nettement moins sujet à rires.

Des personnages archétypaux génialement pensés.

Le film est souvent qualifié de « terriblement actuel ». C’est vrai mais pas tant pour la comparaison avec les évènements de Charlottesville, dont le parallélisme est discutable, mais dans la structure des groupes d’extrêmes droites. Le film livre une véritable analyse sociologico-politique.
- L’homme politique de façade qui cache ses proximités avec les mouvements racistes sous couvert de patriotisme mais qui entretient des liens avec eux.
- Ses lieutenants qui cache les excès des militants ordinaires mais qui, en plus de se servir de cette masse électorale partage leur idéologie
- Les militants politiques, souvent bercé par une crainte du « juif qui contrôle le monde » et de « l’immigré qui envahit leur terre »
Bref un schéma applicable à de nombreux pays à de nombreuses époque.

Le genre adopté par le film : le « buddy movie » qui peut faire peur pour un tel sujet permet de jouer avec les clichés véhiculés par le cinéma des années 70/80 relatif aux accents des afro-américains. A cet égard, les personnages représentent chacun un anti-cliché cinématographique.

Le manichéisme évité

Force est de constater que Spike Lee a pris un parti-pris très clair. Néanmoins, les dérives des mouvements violents afro-américains et notamment des Black Panther est assez bien traité. Notamment la haine de la police et l’appel à la violence ethnique.

Un film anti-Trump pas toujours très subtil

En plus de l’inefficacité d’un tel film pour ce qui est de convaincre l’extrême droite, je ne suis pas sûr que d’expliciter à ce point le parallèle avec Donald Trump soit toujours utile. Ce film fait référence à la montée du KKK aux Etats Unis. Les spectateurs savent que David Duke a soutenu Trump . Il ne me semble pourtant pas que l’association idéologique entre Trump et David Duke soit très pertinente. Trump n’est pas issu des mouvances d’extrêmes droites prolétaires américaines mais de l’immobilier d’affaire. D’autant que la phrase contestable et contestée de Trump après les évènements de Charlottesville consistant à reconnaître une violence des deux côtés est également l’un des sujets dudit film. Est-il bien nécessaire de faire utiliser les slogans de campagne de Trump par les membres du KKK ?

Une représentation des années 70’s un peu grossière

Pour être complet, il convient de préciser que la représentation de l’époque est à limite de la caricature : pantalons pattes d’éléphant, couleurs flash, bling-bling. Ceci-dit, cela s’explique aussi par le jeu des costumes qui permet de reconnaître les différentes parties (La tenue traditionnelle de black panthers principalement)

Il y aurait encore beaucoup à dire : la musique, les lumières, les références historiques et culturelles… Un nouveau très bon film sur le sujet, même si certaines lourdeurs auraient pu être évitées.

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