En 2049, les androïdes rêveront encore de moutons électriques...

Avis sur Blade Runner 2049

Avatar Zoliv AnyOne
Critique publiée par le

Trente ans plus tard... La Terre, toujours plus stérilisée de sa flore et de sa faune, toujours plus gargarisée de son progrès et polluée par la technologie humaine.

Oh ?! Réminiscence ? Ce texte en début du film nous rappelant à quel univers nous avons affaire...

La Californie du milieu du XXIème siècle, peu différente de son homologue de 2019. Les néons pétaradants, les hologrammes et leurs proportions cyclopéennes faisant paraître l'homme lilliputien, les slogans incompréhensibles braillés en fond sonore, l'ambiance polar sombre et humide renforcée par une pluie battante et une nuit omniprésente, magistralement mises en scène par un Denis Villeneuve qui décidément n'a plus rien à prouver pour se faire une place dans la cour des plus grands réalisateurs existants.

Même un réplicant comme l'agent K peut faire semblant d'être un humain, une fois isolé dans son appartement high tech à l'abri des quolibets et de la discrimination des hommes. Sa petite amie est virtuelle, et alors ? Lui est-il réel ? Je pense donc je suis ? Je fume, je cuisine, je mange, je retire les réplicants renégats... Suis-je moins meilleur qu'un homme de chair et de sang ?

La routine finit encore une fois par être bouleversée. Un évènement signe d'ascension pour les artificiels et de potentielle extinction pour l'espèce humaine : la procréation inter-réplicants. De quoi mener une enquête tambour battant, des ruelles sans fin d'un Los Angeles futuriste aux vestiges de l'ancien monde hors des limites de la ville, en passant par les salles à l'architecture délirante des locaux de l'entreprise dirigée par Niander Wallace.

Qui est cet homme ? Yeux sans vie, ayant certaines prédispositions cybernétiques, parlant comme un prêcheur, créant la vie pour mieux la détruire. Crée la vie tout en étant incapable de la faire procréer. Terré dans l'ombre de son bureau, avec pour seule réelle compagnie ses "anges". Comme cette Luv, barracuda en talons aiguilles dont les larmes qui se manifestent à chaque instant grave semblent dénuées d'émotions.
Qui est-il ? ...non, qu'est-il ?

Perdu entre la réalité imposée de ses souvenirs implantés et le temps jouant contre lui pour retrouver l'enfant fruit de cette procréation, l'agent K erre, cherche, interroge, se perd, saigne. Même un élan de réconfort de sa petite amie virtuelle par synchronisation ne semble pas lui redonner foi en sa tâche de Blade Runner.

Mais où est Rick Deckard ? Où a-t-il pu disparaître toutes ces années ? Est-ce qu'il a fini par rejoindre Roy Batty, lui aussi ? Comment aurait-il pu survivre ? Et que peut-il bien cacher ?

Passées ces deux heures quarante-trois, un soupir de satisfaction peut être poussé. Depuis sa pré-production, ce projet de suite à Blade Runner me faisait froid dans le dos. Une énième pompe à fric bouseuse conséquence des suites tardives suivant la mode de recycler ce qui a fait le bonheur des cinéphiles du siècle dernier pour presser honteusement un citron usé de tout son jus. Une hérésie, voilà à quoi ce projet me faisait penser...
Pardon, Denis Villeneuve. J'ai eu tort de douter. Vous venez de démontrer avec maestria qu'il est encore possible de faire des suites autrement que par pur esprit de Lucre ; et ce même trente-cinq ans après. Un respect de la mythologie originale, un style emprunté à Ridley Scott tout en sachant y incorporer (à bonne dose) sa propre patte, une mise en scène soignée et contemplative (sans jamais tomber dans des longueurs, scénaristiques ou autres), une direction artistique aux petits oignons (certains plans auraient même pu figurer dans un musée dédié à l'art contemporain avant-gardiste), un casting trié sur le volet : tout, absolument TOUT a été méthodiquement pensé.
Et ce n'est pas l'absence d'une partition signée Vangelis qui, même si elle portait sur ses épaules beaucoup de l'onirisme et du sombre de l'original, me fera dire le contraire.

Philip K. Dick, paix à son âme, n'aurait pas été peu fier de cette expansion de son univers.

"...ses yeux étaient verts."

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