Blair Witch 2.0

Avis sur Blair Witch

Avatar Gaël Delachapelle
Critique publiée par le

Il y a dix sept ans, « The Project Blair Witch », un petit film de genre au budget minime faisait son apparition et secoua la génération cinéphile avec un argument Marketing plutôt original pour son époque : un site en ligne faisant relaté de fausses rumeurs sur la disparition des protagonistes et sur l’authenticité de son aspect documentaire. Le public cinéphile fut dupé par cette communication, le film fut un véritable succès en salle et remporta le prix de la jeunesse en 1999 lors de sa présentation à la quinzaine des réalisateurs à Cannes. Le film demeure encore aujourd’hui comme une référence du cinéma de genre et du « Found Footage » qui deviendra une mode dans le cinéma d’horreur, en passant par d’excellents films comme « REC » de Jaume Balaguero et Paco Plaza sorti en 2007, ou encore Paranormal Activity de Oren Peli en 2009. La popularité du found footage lui apportera ces heures de gloire tout comme ses pires sur certains films bien oubliables à ce jour.

Après un deuxième volet dont l’échec sera plus que retentissant, on pensait bien que faire une suite à l’un des films d’épouvante les plus cultes de ces 15 dernières années était plutôt une mauvaise idée, jusqu’à l’arrivée d’Adam Wingard sur le projet qui fut réalisé dans le plus grand secret. Le cinéaste a choisit de faire une suite direct au premier film sans mentionner le second volet dans la diégèse de ce nouveau « Blair Witch » et on ne peut que lui en être plus que reconnaissant.

Si il y a bien un réalisateur en qui on pouvait avoir confiance pour faire une suite plutôt honorable à son ainé, c’est bien Adam Wingard qui fait partie de la bande de potes cinéastes derrière « V/H/S », un film d’horreur à sketchs, également dans la mode « Found Footage », ayant fait pas mal de bruit lors de sa sortie en 2012. Il réalisera par la suite « You’re Next » en 2013, un slasher qui respecte assez les règles du genre, avec des scènes gores d’anthologie à l’humour dépravé ; une petite bombe du genre.

« Blair Witch » suit l’équipe d’un documentaire réalisé par le frère de Heather, la documentariste héroïne du premier film, ce dernier ayant décidé de partir sur les traces de sa sœur disparu quelques années plus tôt, laissant derrière elle les images retrouvées sur la caméra DV du premier film.

On ne pouvait que attendre un bon « Blair Witch » avec Adam Wingard derrière la caméra. Et quand est-il finalement ? Et bien, en effet, il s’agit d’un bon « Blair Witch », sans dire non plus un excellent film à la hauteur de son prédécesseur.

Tout d’abord, Adam Wingard a compris que pour faire une suite honorable à « The Project Blair Witch », il fallait rester dans la continuité du précédent sur le plan visuel, ce qu’avait cruellement manqué de faire la précédente suite. Mais tout en assurant une continuité, le cinéaste place son film dans un contexte plus actuel, l’action se déroulant quelques années après le premier film. Le but de Wingard est clairement de faire un « Blair Witch 2.0 » moderne, un quasi remake pour la génération d’aujourd’hui : les caméras DV laisse place à la technologie numérique, des caméras subjectifs porter par les personnages comme des oreillettes Bluetooth afin de faire un champ contre champ entre les acteurs, un drone pour faire des plans aériens au dessus de la forêt, en bref tout un équipement justifié par l’aspect documentaire « moderne » de notre époque ; avec ce prologue fort prometteur en matière, Wingard nous met l’eau à la bouche. Et même peut être un peu trop, c’est là son défaut.

Le film fait des belles promesses qu’il ne pourra pas tenir à force d’en faire, car tout cet attirail ne sert pas réellement l’intrigue du film. La caméra drone et le champ contre champ se trouve finalement peu utile, et vont parfois même désamorcer certains effets de terreur. Cependant, il faut tout de même signaler que le film ne manque pas d’idées par rapport à sa mise en scène, notamment dans son final.

Adam Wingard cultive ses personnages et les situations lors d’un prologue un peu long mais qui prend néanmoins le temps de mettre en place son intrigue, de faire monter une tension en crescendo, jouant sur un suspense efficace au sujet de la légende de la sorcière de Blair. Le premier film avait pour particularité de jouer sur la suggestion du hors champ, misant sur l’imaginaire du spectateur.

La sorcière n’apparaissait pas dans le précédent film, seul la forêt apparaissait comme un lieu constamment en mouvement, ayant une influence sur la psychologie des personnages.

C’est cette angoisse permanente d’une présence invisible persécutant les protagonistes qui fait que le premier film est aujourd’hui aussi culte et terrifiant ; le film réussissait à terrifier par cette absence de la terreur à l’écran qui permettait l’imaginaire le plus fou possible sur la sorcière. Le film faisait aussi peur que les légendes urbaines qui entourait la forêt dans laquelle les personnages s’aventuraient. Dans cette suite, on retrouve le même procédé qui renforce son aspect documentaire, ainsi que les spéculations sur la sorcière de Blair. Le film nous fait des promesses au fur à mesure de sa mise en place, dans une montée constante de l’angoisse.

Adam Wingard joue à nous montrer la forêt de manière vivante, un peu comme dans le précédent film, mais avec plus de moyens et de numérique. Puis il dévoile au fur à mesure le cauchemar qui entoure la forêt. Le cinéaste garde la suggestion du hors champ, ne dévoilant que très peu la sorcière de Blair, comme si il respecté la volonté du premier film, mais tout en se permettant d’en montrer un peu plus, afin d’être dans la continuité de son prédécesseur.

Mais malgré ses belles promesses, le film finit par ennuyer, par creuser une longueur qui se tourne vers des effets de sursauts putassiers dont on se passerait bien, plus destiné à ces jeunes qui adorent sauter de leurs sièges. La véritable déception de « Blair Witch » est de ne pas tenir toutes les belles promesses lancées en désamorçant certaines bonnes idées par des effets de peurs dispensables.

Puis arrive enfin le moment attendu, le final du film, où comme dans son prédécesseur, la forêt nous amène vers la maison.

Le dernier acte du film est sans aucun doute la partie la plus réussi du film, celle qui tient ses promesses.

Adam Wingard déambule avec sa caméra numérique dans les couloirs de cette maison où les temporalités se mélangent, où des spectres surgissent par des effets de mise en scène habile (ex : L’apparition d’un fantôme éclairait par la foudre de l’orage), où Wingard fait preuve d’un véritable talent de faiseur.

Un acte final terrifiant qui pour le coup surpasse son prédécesseur sur ce point. Le cinéaste apporte quelques réponses aux questions du précédent film, tout en préservant une part de mystère sur la sorcière de Blair, ce qui faisait déjà l’authenticité de « The Project Blair Witch ».

A défaut d’être un film en dessous de son prédécesseur, « Blair Witch » est une suite honorable. Adam Wingard fait ici preuve d’un respect certain du matériau d’origine, tout en affichant une volonté de faire de son film un « Blair Witch 2.0 » plus moderne, avec une mise en scène plus poussée, pas si inventif et parfois maladroit sur son scénario. Mais rien que pour son épilogue efficace et terrorisant, témoignant d’une intention de cinéaste bien supérieur à ce que l’on peut voir dans le cinéma mainstream actuel, le film vaut bien le détour dans la forêt de Blair.

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