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Bon Voyage par Eowyn Cwper

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Rappeneau est un agitateur, mais sa foule n’a pas besoin d’être vraie : ce n’était pas pour rien que son Cyrano avait fait fureur.

Bon Voyage se situe à l’époque et à l’endroit où un voyage était à la fois le plus nécessaire et le moins envisageable : le début de l’Occupation. C’est un véritable petit moteur que le réalisateur a monté, entre la pression des forces de l’Axe sur Paris et le carburant des petits problèmes.

Les explosions ne sont pas celles de bombes, même si l’histoire est entre autres basée sur une sombre intrigue impliquant de l’eau lourde, car elles consistent un feu d’artifices permanent d’acteurs qui arrive à faire oublier que Depardieu est Depardieu (lui qui est très difficilement dissociable, pour ainsi dire, de son ”personnage réel”). Le reste du casting, à l’exclusion d’Adjani qui est presque aussi lourde que l’eau (même si ça fait partie de son personnage), participe bellement à ce ballet de mouvements et de pensées où soudain la Guerre réelle resurgit : pas celle des champs de bataille, mais celle dont les politiques sont responsables sans que cela leur occupe pour autant toute une vie, bref : la guerre omniprésente, oui, effrayante aussi, mais pas de bombes, ni de pertes, ni d’esprits saturés comme l’Histoire le fait croire ; plutôt beaucoup de banalités.

Cette ambiance est reconstruite si loin de son contexte que c’en est ébourriffant, si tant est qu’on l’a remarquée, puisque le divertissement est lui aussi de redoutable facture. Non content d’être crédible et feel good (un paradoxe, vu le sujet), l’œuvre est grisante politiquement à la fois que dans les intérêts minables qui se rencontrent et s’entrechoquent jusqu’à créer un réseau reliant les hautes sphères aux modestes survivalistes avec ce sens de la tension historique dont Rappeneau a le secret.

Touffu, toujours étayé par une musique un peu répétitive mais qui contribue à la densité générale, le film ne perd pas le nord : l’Angleterre, bastion que De Gaulle s’en va tenir après avoir été aperçu dans une voiture à peine plus longtemps que Pétain, domine des intrigues mondiales tellement ramenées à taille humaine qu’on peut facilement croire que le régisseur a tenté de les ridiculiser. Mais non : c’est une création très fournie, indépendante, réaliste et qui parvient à plaire.

Quantième Art

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