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Avis sur Boulevard de la mort

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C'est Denis Ménochet, alors acteur du futur Inglourious Basterds, lors de la promotion de Seules les bêtes, de Dominik Moll, qui rappelait son goût et la triste actualité de la chanson de Serge Gainsbourg interprétée par France Gall, Laisse Tomber les Filles, reprise par April March dans le superbe générique de fin de ce Boulevard de la Mort qui m'a fait me rendre compte de la brûlante actualité du cinquième film de Quentin Tarantino.

Née d'une association avec Robert Rodriguez baptisée GRINDHOUSE dans laquelle les deux metteurs en scènes mettent en scène leur goût pour la Série B , ce Boulevard de la Mort (ou le plus classieux Death Proof en vo) se révèle tristement actuel. Ce slasher dopé à la fascination de Tarantino pour les cascadeurs et leur bolides les protégeant de la mort se mue en portrait d'un artisan oublié de sombres Séries B se servant de son bolide pour assouvir ses pulsions sexuelles meurtrières. Miroir parfait du mouvement #MeToo lancé par des femmes ayant étés abusées par des artistes ou producteurs ayant pour véhicule un art censé les protéger de leurs pulsions.

Dans le film, la masculinité toxique y est parfaitement dépeinte. Tous les hommes, de Tarantino incarnant un barman aveuglé par son admiration pour ce cascadeur meurtrier, aux autres hommes ne pensant qu'au sexe ou aux courses de stock-car (Le Texas Ranger Earl McGraw incarné par Michael Parks aussi présent dans Kill Bill) viendront (fatalement) troubler la balade festive de ce groupe de jeunes femmes libres et indépendantes.

Tarantino viendra ainsi renverser cette domination dans la deuxième partie de son film avec la reprise en main du terrain de prédilection de ce Stuntman Mike par un groupe de femmes pour une vengeance virulente. Ce cascadeur sera ainsi pris aux piège par ses proies, occupant désormais les bolides et le métier qu'il a pratiqués, se servant de la même arme et de leur poings pour lui rappeler la réalité.

Et ainsi de clore par cette fameuse chanson, reprise par April March, (Laisse tomber les filles a laissé place à Chick Habit traduit par Habitude de nana) et les portraits superposés au générique de toutes ces femmes qui ont laissé leur vie dans ce bolide de la mort qui incarnait son art. Ce bolide le protégeant de la mort détruit, et son talent repris dans les mains de ces justicières improvisées, lui auront fait goûter le béton, comme un rappel à la réalité.

Le rôle de chef cascadeur tenu par Kurt Russell dans Once Upon A Time... In Hollywood semble prolonger cette vision, où sa femme, incarnée par Zoé Bell (l'une des cascadeuses du film qui contribuera à sa raclée), dirigera de main de fer cet homme écrasé par l'autorité de cette dernière, allant jusqu'à répéter mot pour mot ses ordres.

Rentrez-chez vous vieux has-been, mâles artistes libidineux et intéressés, les filles reprennent le pouvoir, et ça va saigner.

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