Un titre intriguant, une affiche qui n’en révèle pas beaucoup plus, un cinéaste dont c’est le premier film, autant dire que ‘’Butt Boy’’ est une production baignant dans le mystère. Et qui dit mystère, dit curiosité. Après avoir mis 1h38 de votre vie entre les mains de cette œuvre complétement crashée, vous pourrez vous aussi vous demander ce qu’il vient de vous arriver. C’était bien ? C’était mauvais ? Ni l’un, ni l’autre… C’était… Une expérience !


Tyler Cornack, qui tient également le rôle-titre, propose une vision acerbe de la middle-class américaine, qui lui sert à mettre en place une intrigue insolite, qui pourrait se résumer en une enquête criminelle. Menée par un flic edgy fréquentant les alcooliques anonymes, et qui n’a pas réglé un vieux traumatisme qui le hante depuis. Ce qui le rend imprévisible, voir même dangereux. Mais putain, que c’est un bon flic !


L’intrigue principale s’attarde sur Chip, un trentenaire qui s’ennuie dans sa vie. Classique. Marié, un enfant et un job d’informaticien dans une Start-up bien, avec un boss hyper ‘’Team Building’’. Du genre à mettre à contribution ses talents de rappeur pour créer la cohésion dans sa petite entreprise. Bref, Chip s’emmerde, sa femme le trompe, il est mou, déprimé, jusqu’au jour où, après un rendez-vous chez le médecin, il découvre les joies du plaisir anal.


Cette découverte, qui le pousse à se toucher frénétiquement sans prévenir, coïncide avec des disparitions mystérieuses qui commencent à avoir lieu dans son entourage, et dans les environs de son quartier. Jusqu’au jour où la vie de Chip, parrain aux AA, rencontre Russel, le détective menant l’enquête sur les étranges disparitions. Une relation se crée entre eux, jusqu’à ce que Chip devienne le suspect numéro un.


Voilà pour l’introduction plutôt singulière de ‘’Butt Boy’’. Pour le reste du métrage, c’est une enquête policière, avec une ambiance très Hard Boiled, appuyée par une ambiance sonore dans l’air du temps, avec ces nouvelles production arty. Néons rouges et bleus, synthétiseurs, un petit côté ‘’Grindhouse’’, et voilà qu’est distillée une ambiance particulière, avec un premier degré imperturbable. Malgré l’absurdité de l’ensemble.


C’est là où c’est assez fort, c’est qu’absolument jamais le film n’égare son premier degré. Bien que tout ce qui se passe autour de l’intrigue est complétement débile. Ça donne une drôle de dimension qui n’est ni une comédie, ni un film d’horreur, ni un polar, et encore moins un drame. C’est une œuvre inclassable, au carrefour de plusieurs genres, dont le ciment est la débilité intense du moteur de son récit : le rectum de Chip.


Humour scato et gore au rendez-vous, ‘’Butt Boy’’ prend bien le temps de poser son intrigue, ses personnages, puis ses enjeux, en lançant ici et là des petits regards acerbes, sur le mariage par exemple, et le mensonge que cela fait naitre au seins d’une famille dysfonctionnelle. Ne voulant tenir que par principe. Ou bien encore l’hypocrisie du monde du travail, qui persuade n’importe qui de son importance, jusqu’à ce que ça en devienne absurde.
La majorité du récit s’amuse à développer ses personnages, à mesure que l’enquête policière avance. Les tenants et aboutissants des profils de chaque protagoniste sont ainsi rudoyés, malaxé, et essorés, au point que les conventions qu’ils représentent, Russel le flic, et Chip le suspect, en soient réduit à leurs stricte minimum. Une radicalité qui évolue de concert avec l’avancée du récit. Pour se diriger droit vers un final dantesque.


‘’ Dans l'enfer, les places les plus brûlantes sont réservées à ceux qui, en période de crise morale, maintiennent leur neutralité.’’


Ces paroles de Dante Alighieri correspondent parfaitement bien à la dernière séquence totalement démente de ‘’Butt Boy’’. Lâchant tout, il part à fond (c’est le cas de le dire) dans l’exploration de son concept de base. Fini de tourner autour du pot (si je puis dire…), Tyler Cornack décide d’assumer son délire, et livre une ultime séquence complètement hallucinante, perturbante à plus d’un point, qui ne dit pas si c’est du génie ou de la débilité intégrale.


Objet étrange, drôle sur plusieurs points, manipulant parfaitement bien un cynisme allié d’un bon sens de la comédie, il faisant semblant d’être un film policier sérieux, ou un drame se respectant. Or tout vole en éclat lors du dernier tiers, et plus encore lors de sa séquence pre-générique, où Tyler Cornack vient préciser, avec pertes et fracas qu’il assume son délire, et c’est explosif.


Production méritant le titre, parfois usurpé, d’O.F.N.I, ‘’Butt Boy’’ est de type inclassable, à ne pas mettre devant tous les yeux, mais qui garantit de passer un bon moment, pour ceux qui se plaisent à délirer sur tout et n’importe quoi, sous n’importe quelle forme. Car le film n’est rien de plus qu’un gros trip halluciné, bizarre et fascinant, amusant mais déroutant, aussi étrange que déstabilisant. Mais drôle d’une ambiance finement élaborée.


En misant sur le second degré permanent, au point d’en inscrire l’ADN même du métrage, Tyler Cornack construit un récit plausible et solide, sur des bases vouées à la gaudriole la plus totale. Faisant basculer son métrage d’un extrême à l’autre en l’espace de quelques scènes. Fun mais radicale, il est difficile de savoir s’il faut valider la démarche, la décrier, ou s’en faire dithyrambique. Parce que c’est quand même bien bien bien barré…


-Stork._

Peeping_Stork
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Le 15 avril 2020

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1 commentaire

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Critique de Butt Boy par Fatpooper

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