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Par des chemins pavés de clichés, avec un soupçon inhabituel d'incertitude... et de mélancolie

Je peine encore à voir le rapport entre le film et son titre, pour tout dire... mais après tout, ça ne m'aura pas empêché de passer un bon moment. Pour le peu d'importance que peut avoir une note, disons que jusqu'à peu avant la fin j'aurais plutôt penché pour 6, avec mention "agréable" : et par là, je veux dire qu'il n'y a aucun doute sur le fait qu'il s'agit d'un Woody Allen mineur, sans ambition – un Woody Allen "de routine", ce serait probablement l'expression juste... Mais sans jamais prétendre être grand chose, ça sait être léger, attrayant, parfois touchant, et le rester de bout en bout.

Seulement la fin est quand même plus que ça, et elle est suffisamment belle – je veux dire : surprenamment belle – pour passer un cran au-dessus. Vous savez, une de ces fins où l'on se dit devant un plan, sans vraiment s'attendre à ce que ce soit le dernier, que ce serait beau si c'était le dernier... et là, tombée de rideau. Je ne voudrais rien divulgâcher, mais sans dire de quoi il retourne : je n'avais plus vu depuis longtemps chez Woody Allen une fin de film aussi irrésolue, à la fois inquiète et mélancolique, où il accepte comme cela de laisser s'en aller son histoire sans avoir tout bouclé ni tout remis en ordre, en assumant simplement la perplexité, le trouble, l'incertitude, sur un regard plein de la vérité intermédiaire des sentiments et des choses. Et je trouve ça assez nuancé, au fond. Et très réussi.

Pour le reste, le film est clairement dans un rythme de croisière, que ce soit en termes d'écriture, de mise en scène ou de choix musicaux : ça ne touche jamais au génie, ça ne convaincra vraisemblablement personne parmi ceux que les petits derniers de sa filmographie n'ont pas convaincus, mais ça a sa dose de goût et de charme, entre habituels mots d'esprit, bords de mer, ambiances jazz et intérieurs joliment éclairés. (Je retiens à ce propos une scène de "panne d'électricité" où les protagonistes se retrouvent deux silhouettes détourées par la lumière d'une bougie.) Quelque chose d'agréablement désuet, aussi – et par là, je ne pense même pas tant au charme de ces années 30 baladées entre Hollywood et New-York, avec toute la tripotée des figures d'usage (le producteur de cinéma, l'actrice manquée, la mère juive, l'oncle intellectuel, l'oncle gangster, son club de nuit, etc.) qui au demeurant tiennent leurs promesses en matière de bons vieux stéréotypes et d'humour... Même pas tant cela, donc, que le charme plus élémentaire qu'il peut y avoir à oser raconter une histoire d'amour si commune, a priori tellement vue et revue, en lui laissant simplement le temps de vivre sa vie, d'hésiter, de s'épanouir, de se compliquer, de se dédire, de se reprendre, de regretter, d'espérer...

Après, on ne va pas se mentir : devant la désinvolture presque insolente qu'il faut pour brandir comme ça des motifs aussi vieillots que cet énième triangle amoureux, avec ses énièmes rebondissements qui n'en sont pas vraiment et ses énièmes cas de comique de situation où l'un des trois joue le dindon des deux autres, il va être plutôt naturel qu'une part non négligeable des spectateurs y voie des signes de paresse ou de panne d'inspiration. Mais personnellement, je dois dire que même cela m'a plutôt plu : ça m'a davantage fait l'impression du film qui ne cherche rien à prouver, et qui se moque d'emprunter des chemins pavés de clichés parce qu'au fond, ce qui l'intéresse n'est pas tant l'histoire qu'il raconte que les personnages et les états d'âme qu'il est en train de brosser, et qu'à travers toutes ces scènes comme autant de prétextes, il s'applique à détailler de façon nuancée et émouvante.

En ce qui me concerne, en tout cas, l'émotion prend plutôt bien.
Pour comparaison, je ne dirais pas que j'ai trouvé ça aussi adorable que Magic in the Moonlight qui, sous ses airs presque enfantins, est à mes yeux l'un des plus radieux et des plus séduisants de toute la filmographie d'Allen ; mais ça m'a paru bien plus fin, plus rafraîchissant et plus spontané que L'Homme irrationnel de l'année dernière.

Non sans surprise, j'ajouterai que Kristen Stewart est d'assez loin celle qui m'aura le plus convaincu dans son rôle – tout aussi crédible en jeune femme vive et éveillée (véridique !) qu'en vaniteuse de salon. Steve Carell, lui, en fait peut-être un peu trop dans le registre du surmené émotif au bord de la crise de nerfs, mais reste amusant. (Quand même curieux à l'idée de ce que Bruce Willis aurait pu donner dans le rôle s'il s'était pas fait virer du tournage pour ses attitudes de starlette... ç'aurait sans doute été meilleur.) Eisenberg, en revanche, il faut vraiment qu'il arrête de reproduire les mêmes troubles compulsifs en boucle sur tous ses rôles depuis The Social Network : je n'en peux plus de voir Zuckerberg vibrer frénétiquement partout, à tout propos et surtout hors de propos... puis il la surjoue tellement, maintenant, sa nervosité, que c'en est devenu complètement artificiel. C'est ridicule. Et quand même dommage : je trouve le film si agréable, et le voir lui à l'écran m'est carrément pénible.

trineor
7
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