Bordel

Avis sur Cartel

Avatar Matthew_Horne
Critique publiée par le

J'aime de moins en moins Ridley Scott. Plus les années passent, moins je prends du plaisir à voir son Cinéma. Au vu de la façon dont il divisait le public, et de mon intérêt décroissant pour son réalisateur, c'est avec une certaine appréhension que je me suis lancé dans Cartel (The Counselor)

L'expérience ne fut pas aussi soporifique ou traumatisante que ce à quoi je m'attendais. Sans être particulièrement médiocre, The Counselor n'est pas quelque chose de très concluant pour autant.
Doté d'une superbe plastique, on tient là un des plus beaux films de Scott, loin devant des trucs hideux comme Hannibal . Jeux d'ombres aiguisés, photo habile qui sait lorgner vers le saturé esthétisant comme le clinique, montage austère parfaitement millimétré, des plans qui se resserrent pour nous mettre au contact de ces individus meurtris par l'avidité. On est bien dans une mise en scène qui s'engage dans un pessimisme tenace et sans cynisme.

Mais ça n'a pas marché sur moi pour autant. Peut être que ça m'aurait davantage plu si Ridley Scott nous livrait une vision d'esthète bien plus poussée, un voyage visuel dans cet univers interlope des cartels entre meurtres abjects et opulence bling-bling. Un peu comme un certain Tony Scott qui sublimait comme jamais une n-ième histoire de justicier avec Man On Fire.

Bon... au moins j'ai bien aimé une scène qui était très probablement un hommage à Breaking Bad, c'était sympa.

No comment sur les dialogues qui sont souvent empreints d'un certain ridicule. Même si c'est parfaitement assumé, personne parle de façon aussi pseudo-poétique et pseudo-philosophique en vrai. Tout se veut très crédible dans The Counselor, et ça y parviendrait presque. Mais ces phrases toutes faites, ça casse tout en ce qui me concerne. Surtout que ça n'a souvent rien de pertinent, en plus de ne rien ajouter de pertinent au film. Un peu comme sa dimension sexuelle sous-jacente. Même quand on comprend ce que ça fait là, on a quand même l'impression de pas vraiment comprendre pourquoi c'est là quand même.

Vous ne comprenez pas que ce que je viens de dire mais vous saisissez l'idée? Parfait. C'est exactement l'impression étrange que j'ai pu ressentir en voyant The Counselor. On perçoit ce que Scott avait en tête et a voulu faire passer. Mais ça marche juste pas. La vacuité globale du film éjecte tout son potentiel, un peu comme le cadavre jeté dans la déchetterie à la fin. Avec le recul, ça me fait juste penser à deux heures de freudisme de comptoir. Le personnage de Cameron Diaz le résume très bien, quand elle évoque le caractère érotique de la chasse. Tout est sexuel, le sexe sous-tend presque tout les enjeux. L'un ne sait pas quoi penser de sa furie, l'autre aspire à retourner au lit avec sa femme. L'histoire est cyclique, je n'invente rien, ça commence sur une scène d'amour très tactile et ça se clot avec un propos sur la prédation criminelle et sexuelle.
Venant d'un film d'auteur, je ne m'attendais pas à autant de facilité. C'est d'ailleurs agaçant comment tout ça est caché sous un tapis d'ésotérisme verbal. Quoi que Scott tente, c'est du flan narratif quand même.

Le casting prestigieux s'échine à essayer de porter ces idées patraques sur leurs épaules. Peut être un peu trop. Michael Fassbender est génial comme à l'accoutumée, le reste surjoue ou ne jouent juste pas. Je pense néanmoins que c'est délibéré, vu ce que je disais sur les dialogues, d'autant plus qu'ils incarnent des archétypes de gangsters.

Le véritable soucis, il se situe surtout au niveau de la structure du film. En terme d'écriture, on doit subir une espèce de machine lancinante qui part pourtant d'une bonne intention: porter à l'écran un kaléidoscope de plusieurs destins, des pièces d'un puzzle qui une fois assemblées nous donnent la message de l'histoire (les cartels et l'avidité, c'est le mal, etc... sans déconner?). Ce message qui pourrait presque constituer un twist et en faire un thriller psychologique, c'est le point d'orgue du film. A la fin on se rend péniblement compte que ce long-métrage s'amuse simplement à nous ressaser paresseusement et sans pertinence ce dont on se doutait et qu'on avait compris avant même de le voir. Je présume que c'est cette conclusion qui a occasionné la notation lapidaire que je constate ici et ailleurs, mais je ne considère pas que ce soit une mauvaise chose. Le film a des cojones comme diraient nos amis de la pègre, pour le pire comme le moins pire.

Cormac McCarthy a écrit avec un systématisme assassin, il nous avait habitué à beaucoup mieux. Là on nous assène une redondance fantaisiste. Bien que ça corresponde au concept du film, ça ne fonctionne juste pas. C'est plat à souhait, on est un peu comme les soldats dans The Deer Hunter: on enchaine chaque scène comme chaque tir à blanc d'un revolver, on spécule sur l'explosion sulfureuse qui va se produire ou le lot de répliques péteuses que va baver un protagoniste. Je ne me suis pas amusé à chronométrer chaque segment mais ça ne m'étonnerait pas qu'ils soient tous calibrés comme des courgettes au rayon légume. Pas moches, tous plus ou moins de la même taille mais fades et insipides sans la bonne recette.

Une bonne recette, c'est bien ce qu'il manque à The Counselor.

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