Guère de goule

Avis sur Chair de poule, le film

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Chair de poule, ou la lecture d’enfance invariablement ponctuée de douces frayeurs, R. L. Stine usant avec doigté des arcanes de l’épouvante à destination d’une jeunesse masochiste. Personnellement, par-delà la variété de genres et un suspense bien dosé, je raffolais avant tout de ses nombreuses fins ouvertes, invalidant l’usuel happy-end et suscitant un frisson perdurant longtemps après la lecture… ce que faisait aussi très bien la série télévisée, quoique forcément moins bien armée relativement à son médium.

C’est dans cette optique que le produit de Rob Letterman s’apparente à un échec, la chair de poule promise étant cocassement aux abonnés absents : certes, la tête d’affiche qu’est Jack Black laissait bien entendre que le film ne ferait qu’emprunter les grandes lignes de l’univers littéral, ceci en vue d’ébaucher un divertissement familial « dynamicomique ». Mais tout de même : devant une telle pauvreté de fond comme de forme, ce Goosegumps est bien en peine de convaincre au-delà de l’entertainment standardisé comme pas deux.

Pourtant, le postulat aux allures « métas » du long-métrage n’était pas dénué d’intérêt : faisant de R. L. Stine un personnage à part entière, l’intrigue aborde le rapport de l’écrivant à sa propre œuvre en mêlant l’extraordinaire à un quotidien banal – celui d’adolescents propulsés contre leur gré dans la peau des « protagonistes » fictifs. Ainsi, force est de constater que ce semblant de parti-pris intimiste, notamment par l’entremise du rapport de Stine à Slappy, véritable condensé miniature de ses affres et stigmates d’enfance, est une approche bienvenue.

Bien que son exécution et le relatif survol qu’en fera l’intrigue nuance la chose, le propos demeure ; au rang des autres points probants, l’idylle liant Zach à Hannah laisse une bonne impression : certes, le procédé est téléphoné et peu surprenant quant à son cheminement, mais il s’avère que l’alchimie caractérisant le duo confine au touchant… de quoi nous renvoyer, nostalgique, à nos propres expériences/rêves adolescents. Enfin, convenons que tout n’est pas à jeter sur le plan humoristique, Goosegumps tirant de son mieux parti de son comic-relief en titre, Champion : encore une fois, rien d’innovant à se mettre sous la dent, mais à l’image d’un Jack Black savoureux as usual, la bonhomie du tout est souvent contagieuse.

Pour le reste… que c’est pauvre ! Si l’intrigue invoque quelques bonnes idées, le traitement des plus légers qu’en font les scénaristes S. Alexander et L. Karaszewski nivelle par le bas le potentiel de Goosegumps : et puis, en dehors de considérations factuelles, qu’il est regrettable que celui-ci ne propose jamais, ô grand jamais, la moindre once de frisson ! Paradoxalement, tandis qu’il endosse le costume de faux-film choral (avec sa pléthore de monstres toujours plus nombreux), son hypothétique tension n’aura de cesse de décroître : faute de conséquences tangibles, les personnages principaux comme tiers ne risquant pour ainsi dire rien (pas même cet élève mandi-bully de façon abrupte), le baromètre du danger avoisinera de bout en bout le néant le plus complet.

Enlisé dans sa plastique tout-numérique, sans atmosphère à proprement parler et porté par les facéties de ses interprètes, Goosegumps évolue à tous points de vue dans un registre différent des livres. Soit, prenons-en acte. Malheureusement, le fait est que sa trame repose sur une tripotée de rebondissements pas toujours très regardant vis-à-vis de sa diégèse, le récit érigeant ci et là des règles qu’il ne respecte finalement pas toujours : nous en tenons pour preuve la libération de Slappy, le livre s’ouvrant de lui-même, un comble devant la simplicité du procédé, ou encore le climax final du film où « tous » les monstres, même la gentille, seront aspirés par le livre nouvellement écrit… tous, vraiment ?

D’ailleurs, ce que ce dénouement peut être agaçant tant il cristallise à souhait les travers de Goosegumps : car, non content de jouer de façon putassière sur les sentiments de l’infortunés Zach (le twist étant de surcroît prévisible), cet ersatz de fin ouverte suspendue au hurlement de R. L. Stine tente vainement de raccrocher les wagons avec l’essence noire et ironique caractérisant les bouquins… un pétard mouillé dispensable en somme.

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