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Charlie's Angels : Les anges se déchaînent par Owen_Flawers

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En abordant cette suite, assez descendue ici, j’ai décidé de suivre le conseil que j’ai donné dans ma critique du premier, c’est-à-dire d’éteindre le cerveau et de ne pas chercher une structure solide, logique et prenant pour aune la réalité. Par conséquent, je me suis surpris à davantage aimer ce volet, au détriment du premier, puisqu’il semble continuer de façon plus franche sa lancée et l’achever en une base certes complétement débile, mais intrinsèquement cohérente.

Bon, ça commence mal par contre, par une scène en Mongolie dégueulasse, tant par sa représentation insistante des Mongols comme un peuple barbare et moyenâgeux que par l’accumulation d’SFX à vomir, mais montrées sans peur du ridicule. Heureusement, dès le générique on comprend que ce film va partir en couille au point de non-retour. Les scénaristes ont dû se dire: «Allez, on s’en branle, les gars, on a rien à perdre», et en veux-tu en voilà des séquences comme celle du rodéo de Natalie, celle du motocross avec l’assassin qui tue des gens en faisant des figures pendant les sauts et qui utilise ces figures pour tirer avec 2 pistolets sur les anges en poursuite qui l’évitent en faisant aussi des figures (et pourquoi pas un combat à l’épée à moto tant qu’on y est?), ou celle du combat général sur le toit à la fin, riche en trucs wtf.

Donc pendant que tout dégringole sur le chemin pentu de la connerie (appelée abyssale sans doute pour ça), et que l’effarement cède à la consternation, le métrage, lui, en tant qu’ensemble, réussit à surpasser le premier de façon manifeste. Il est déjà plus élaboré, aussi bien au niveau du scénario, je ne veux certes pas dire qu’il devient plus cohérent, seulement que la présence de quelques sous-intrigues étoffe efficacement le récit, qu’au niveau des combats, impliquant plus de protagonistes et des chorégraphies plus complexes. Les références au premier film, comme les agissements des Anges, avec des résultats parfois différents, de manière drôle souvent (par exemple le fait que Dylan, en position difficile dans un combat, essaie d’arrêter l’adversaire dans son élan en levant ses jambes, pour l’obliger à discuter et ainsi gagner du temps, mais contrairement au premier film, l’adversaire s’en fout complétement), constituent système, donc acquièrent du sens: ce ne sont plus des conneries aléatoires mais des habitudes et des idiosyncrasies dont chaque Ange use dans son travail. Elles apparaissent par conséquent comme moins incompétentes et méprisables qu’avant. J’ai trouvé leurs personnages, sauf celui d’Alex dans ses interactions avec son père, moins forcés qu’avant (paradoxalement, puisque tout le reste suit le principe «toujours plus loin», à la dérive quelque part au-delà des frontières du bon goût, où les boussoles cessent de fonctionner), plus intéressants à suivre, attachants; Cameron Diaz, insupportable dans le un, se révèle une sorte de leader inavoué, donc non dénuée de charisme (et plus jolie aussi apparemment, mais aucun rapport), Lucy Liu, cool même avant, continue à être cool, et Dylan gagne en profondeur (relativement hein), avec ses doutes et son passé. Cette fois, un antagonisme fort est créé avec la méchante ancienne Ange, personnage cliché à mettre en position de méchant bien sûr, mais ouvrant des perspectives intéressantes; l’exploration de ses motivations et intentions imprime en creux celles des Anges, et rend la méchante elle-même pertinente et plus agréable à suivre que si, comme dans le premier, elle n’était qu’un amas d’excentricités (que Sam Rockwell a quand même fort bien joué). Quant au personnage du Thin Man (ici il n’est plus caractérisé comme Creepy), on se rend compte qu’en fait, malgré son métier d’assassin, on ne le considérait jamais équivalent à un méchant, mais plutôt à Jaws dans Moonraker (un autre film mal-aimé mais très con et divertissant), et le scénario lui a utilement réservé une scène «émotionnelle».

J’avais détecté dans le premier comme une subtile flaveur de parodie, et elle ressort ici plus assumée. Ce sont évidemment les films d’espionnage qui trinquent, nommément James Bond et Mission Impossible—normal.

Parmi le casting impressionnant: Cameron Diaz, Lucy Liu, Drew Barrymore, Demi Moore, Robert Patrick, John Gleese, Crispin Glover, Matt Leblanc, Luke Wilson, Robert Forster, Shia Labeouf et Bruce Willis (qui fait juste coucou et emporte son chèque), par chance ceux du précédent qui m’amusaient reviennent, comme Matt Leblanc, Crispin Glover et Luke Wilson, et les personnages énervants sont absents (l’ancien Bosley, Chad et dans une moindre mesure Charlie, puisqu’il n’est plus au centre de l’intrigue). À propos des nouveaux qui ont du temps de présence à l’écran: Demi Moore fait bien la garce, Robert Patrick livre un rôle honnête (comme souvent), John Gleese cachetonne, et le nouveau Bosley (Bernie Mac) est aussi gavant que l’ancien (sérieusement, qui les a obligés à garder ce personnage de merde aussi amusant que Jar Jar Binks, serait-ce à cause d’un quota d’éléments insupportables dans la formule d’écriture d’un blockbuster?!).

Comme point vraiment négatif, je remarque une sexualisation excessive des protagonistes; je veux bien quelques blagues comme dans le premier (déjà c’était limite parfois), mais énormément de scènes ici ne sont que prétextes à montrer de la chair. Les doubles sens mission/sexe, quoique drôles, deviennent eux aussi bien lourds au bout d’un moment. Que j’en rie ne signifie pas que je ne peux les trouver inutiles voire déplacées (Alex et son père).

Détail, mais il y a aussi un léger relâchement de rythme vers le milieu. Rien comparé au point précédent.

Pour résumer, Charlie’s Angels Full Throttle, en renchérissant sur les combats et les blagues, en fournissant un scénario moins rachitique, en donnant quelque épaisseur aux personnages, notamment à celui de la méchante, utilisée à bon escient, perfectionne les ingrédients du premier film, pourtant le place dans sa continuité, ce qui permet la création d’une cohérence interne qui inscrit les événements dans un monde à part (l’acceptation de ce monde est à mon avis primordiale pour jouir du film), mais tombe parfois dans le travers contraire du premier métrage, c'est-à-dire non dans le manque d’audace, mais dans son excès, ce qui se manifeste particulièrement dans la sexualisation omniprésente des personnages et des dialogues. Je me suis néanmoins bien amusé à le regarder. La séquence d’anthologie en est assurément celle du motocross, hallucinante, climax à la fois de mauvais goût, d’effets spéciaux affreux, d’effets de caméra dégueulasses et de fun.

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