La subtilité même

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C’est une femme, infirmière à domicile, à qui l’on propose d’être candidate aux prochaines municipales. Elle est du cru, et comme le dit un personnage au début du film, tout le monde la connaît, tout le monde l’aime… la candidate parfaite pour porter un programme, qui sera ici celui du Bloc.

Pas exactement le Bloc, miroir à peine déguisé du Front National français, mais un nouveau parti fondé par la leader de ce dernier. La référence au Front National n’est aucunement déguisé : la chef du parti en question, femme mûre au carré blond, suit les traces de son père dont les propos sont bien trop taxés de racisme, se situe à l’extrême droite... Les idées politiques sont finalement peu évoquées dans le film, mais dans l’ensemble c’est bien d’eux qu’on s’inspire. À vrai dire je ne sais pas pourquoi ne pas avoir directement parlé du FN, sans doute des questions juridiques mais c’est dit et montré tellement ouvertement qu’il ne sert à rien de donner un autre nom au parti. J’imagine que si le FN voulait porter plainte pour diffamation, on se ficherait qu’ils aient inventé un nouveau parti, d’autant que c’est inspiré d’une histoire réelle. Cet ceux qui ont encore des doutes n’ont qu’à regarder le logo du parti, trois losanges qui reprennent la disposition des flammes.

Pour en revenir au film lui-même, c’est assez caricatural, même si ce n’est pas toujours faux, à tous les niveaux : la représentation des français (enfermés chez eux à regarder la télé, en s’inquiétant des jeunes dans les cités), celle des gens du Nord (qui votent tous pour le Bloc en secret), celle des membres FN (tous des parisiens, catholiques pratiquants, racistes, ayant fait des écoles de droit, de politique, de commerce…). Mais ce n’est pas ce qui est le plus gênant.
On a quand même un manque de délicatesse dans l’envie de faire passer le message « Le FN, c’est le mal » comme avec les télés qui rabâchent toujours de même type d’émissions (même si l’idée en soi n’est pas mauvaise, si on veut montrer l’influence de l’omniprésence des informations télé sur le climat qui peut pousser à certains votes), ou encore un extrait de Faust dans lequel le gamin voit la mort avant et après la rencontre de l’héroïne avec Marine / Angèle.

Il y a aussi ce meeting politique filmé comme un match de foot (spectateurs les yeux brillants, captivés par ce qui se passent, qui brandissent des drapeaux et se lèvent la tête haute pour entonner la marseillaise), qu’est-ce qu’on veut nous dire ? Que la politique est un sport ? Un combat ? Ben oui, ça n’apporte rien à l’histoire… D’ailleurs c’est plutôt drôle que l’image choisie pour l’affiche soit justement tirée de la scène où Pauline assiste à un match de foot...

Concernant les réelles attaques contre le FN, je n’ai pas trouvé que le film leur reprochait tant de trucs. Alors en y réfléchissant, c’est quand même le cas : le choix d’une fille d’ici pour présenter la tête de liste même si elle sert uniquement de façade pour attirer la sympathie, le racisme (même si ce n’est pas ce qui ressort le plus, j’ai plutôt l’impression qu’ils cherchent à montrer qu’ils ne le sont pas, mais on sent plus ces questions chez les votants que les membres du parti), le fait de profiter des actualités (le cambriolage) pour soutenir leur propos, de tabasser les opposants, de déformer les événements pour faire parler d’eux (l’agression), le vieux pourri et leur lien avec les organisations néo-nazies qu’ils approuvent sous la manque et financent en douce, de possibles détournements de fonds, des magouilles… Forcément ce n’est pas très valorisant mais c’est dit sans être trop agressif et ça ne me semble d’ailleurs pas être des tares propres au FN. Il est aussi assez étrange qu’aucun autre parti n’existe dans ce film, à croire que le Bloc est le seul à se présenter aux élections de cette ville, qu’il n’existe aucun autre choix…

J’ai quand même trouvé un reproche au FN énoncé plutôt clairement, c’est l’appel à la violence, ou plutôt celle qu’il engendre. On peut lister quelques scènes : les jeunes qui encadrent une femme et la menacent parce qu’elle a arraché une affiche du parti, la brigade qui cogne des jeunes taguant une voiture puis tout le quartier qui s’énerve, on pourrait aussi parler de toutes celles avec l’espèce de brigade (paintball, chasse aux sans papiers…), mais surtout la magnifique scène où l’un des personnages découvre que son fils tient un blog politique et est hyper fière de lui puis cogne son mari qui semble moins enchanté. À nouveau, subtilité : elle l’approuve, parce qu’elle est facho, donc elle frappe son mec… Bloc = violence
C’est bien beau tout ça, mais il manque quand même un truc qui justifie ça. Pourquoi est-ce que ça suscite la violence ? D’où ça sort ? Autant la violence des jeunes envers la brigade qui les a tabassés est justifiée, on peut comprendre les autres qui voulaient qu’on fiche la paix à leur candidate, mais pour le reste ? Là on nous le montre sans l’expliquer (même pas une excuse bidon), alors à quoi bon ?
Disons que contrairement à des films comme La Vague (que je ne trouve pourtant pas très bon), qui tente d’expliquer en montrant la montée progressive de la violence jusqu’à ce que ça aille trop loin, c’est peu convainquant.

Enfin, il y a un point que j’ai trouvé intéressant dans ce film, même s’il est à peine traité, c’est la façon dont le parti cherche à manipuler Pauline. On lui propose d’être tête de liste, parce que la candidate principale vise les présidentielles et que quelqu’un du coin, qui a la sympathie de tous, leur fait une bonne pub. On voit bien qu’elle sert ici d’image pour le parti, son rôle n’a pas beaucoup plus d’importance (voir d’ailleurs la facilité avec laquelle on la remplace à la fin). Dans le discours du parti, elle sourit mais ne dit mot, une fois de plus, c’est juste un visage sympathique sur l’affiche. On y revient à la fin, quand elle réclame de voir le programme pour en parler et qu’on lui annonce qu’il est déjà parti à l’impression, que c’est un truc national. On se fiche de son avis mais c’est aussi elle qui s’est mise dans cette situation, qui ne s’en est pas préoccupée plus tôt. Et cette question de la manipulation, qui était pourtant bonne est pourtant délaissée.

Sans doute aurait-il fallu choisir un vrai parti pris dans le discours, se concentrer sur quelques trucs traités avec plus d’attention et que l’on tente d’expliquer : la manipulation des candidats, des médias, comment en arrive-t-elle vraiment à s’engager comme candidate, le parti qui change de nom tout en gardant le même programme, ou même avoir un personnage qui se laisse peu à peu convaincre des idées du parti...

C'est pas avec ce genre de film qu'on dissuadera des gens de voter FN...

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