Jackie est mort, vive Jackie !

Avis sur Chinese Zodiac

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Le titre de cette critique est exagérément dramatique (Jackie est artistiquement mort depuis bien longtemps) mais résume bien l'impression avec laquelle on ressort de la vision de Chinese Zodiac.

Petit rappel contextuel : Chinese Zodiac se veut être le 3e épisode de la saga des Armour of God, version Jackie Chanesque des Indiana Jones. Réalisés dans les années 80, les deux premiers volets (surtout le 2e) font partie du haut du panier de la filmo du clown martial.
Ce 3e épisode était en gestation depuis bon nombre d'années, toujours évoqué mais jamais concrétisé. Finalement, Jackie s'y attèle pour de bon en 2012. Et contrairement à ses habitudes depuis la moitié des années 90, il ne confie pas la réalisation à un Yes Man mais prend lui-même la charge de la mise en scène. Une excellente nouvelle car, on tend à l'oublier facilement, Jackie est un bon réalisateur.

On tend à l'oublier facilement aussi mais Jackie est vieux, doté d'un ego surdimensionné et évoluant dans un contexte cinématographique totalement différent du Hong Kong des années 80. Et c'est bien là, la source de l'échec du film.

Evoquons les quelques qualités de Chinese Zodiac. Le film cherche clairement à retrouver l'esprit d'Opération Condor à travers différentes personnalités gravitant autour de Jackie : Les femmes hors de leur élément, les bandits un peu bébettes... Le temps de quelques séquences, la dynamique marche et les interactions entre les personnages font naitre des sourires ponctuels.
De même, Jackie a toujours un certain talent chorégraphique. Il le fait valoir lors de la séquence (quasi) finale, dans une sorte de laboratoire secret, où il a l'occasion de mettre en scène courses poursuites et autre combats où l'environnement est largement mis à contribution.

Mais pour le reste...

Chinese Zodiac a toutes les scories d'une production EMP à destination du marché Chinois : Photo clinquante, musique pompière, gadgets technologiques inutiles en quantité, casting de jeunes premiers insipides, SFX aussi nombreux que voyants et discours caressant la censure dans le sens du poil.
Ce dernier point aurait pourtant pu être finement joué. Il y a après tout une véritable légitimité à demander à ce que certaines oeuvres d'art disparus dans des circonstances douteuses soient à terme restitué au pays d'origine. Mais ce serait là un objectif mondial et nécessitant des critères rigoureux. Or, dans le film, c'est juste l'occasion de discours nationaliste Chinois à gogo. Où est donc passé le Jackie de Project A II, incarnation d'un certain bon sens commun, face au tumulte politique qui l'environne ? Disparu, comme le prouve les multiples signes d'allégeance que la star fait au régime en place depuis quelques années. Le discours moralisateur pompier et douteux qu'il parsème dans Chinese Zodiac, oeuvre censée être légère et bon enfant, n'en devient que plus insupportable.

Son ego vient également parasiter ce qu'il fait de mieux : Les combats. Obsédé à l'idée de demeurer LA star, Jackie a évacué toute compétition de ses films. Souvenez-vous. Dans les années 80, il devait souvent faire face à un adversaire surpuissant, parfaitement mis en valeur comme un antagoniste badass. La victoire finale de Jackie, faite de souffrance et de volonté, n'en était que plus jouissive. C'était là une formule mise en place par des réalisateurs à la forte personnalité (Yuen Woo Ping, Samo Hung ou Lau Kar Leung) qu'il a, au début, suivi sur ses propres réalisation (cf : Wong Ing Sik dans The Young Master/Dragon Lord, Benny Lai dans Police Story 2...). Et puis, au fur et à mesure, il a décidé que personne ne devait lui faire de l'ombre et a évacué ces ennemis marquants au profit d'une foule anonyme et cartoonesque. Opération Condor est probablement le début de ce processus.
Dans Chinese Zodiac, on retrouve à nouveau Jackie face à une multitude d'adversaire anonyme envers lesquels on ne ressent guère de danger. C'est d'autant plus rageant qu'on sent qu'il aurait pu éviter cet écueil. Le court passage où il se retrouve confronté avec son rival, Vulture, est chorégraphiquement ce que le film a de mieux à offrir (avec le duel entre les deux comparses féminines desdits personnages). Avec un peu plus d'attention porté sur le personnage et une meilleure construction dramatique, on aurait pu avoir quelque chose de pleinement réussi. Mais l'ego de l'homme reste le plus fort.

Merci Jackie pour tout ce que tu as fait sur 3 décennies. Mais il est définitivement temps de se retirer de l'avant scène.

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