L'Histoire avec un grand V

Avis sur Churchill

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Il est étonnant qu’un personnage historique aussi important et charismatique que Churchill n’ait toujours pas eu son biopic en grande pompe, car ce n’est pas cette discrète production qui placera le bouledogue au rang des mythes cinématographiques.

Pourtant, l’incarnation du premier ministre britannique doit être tarie d’éloge tant la performance d’acteur de Brian Cox est saisissante : la ressemblance physique, la démarche et la voix font revivre ce cher Winston. Idem pour les personnages de Eisenhower, Montgomery et Madame Churchill, incarnés avec charisme et éloquence. Ce qui n’est par contre largement pas le cas pour les bouche-scénarii : la secrétaire et le bras droit du premier ministre.

Le biopic dépeint la personnalité de Churchill à travers les quelques jours qui ont précédé le débarquement du 8 juin 1944. Un choix judicieux qui permet de voir l'homme d’État sous ses différentes facettes : empathique, grognon, pugnace, têtu et sombrement mélancolique (le fameux « blackdog »). On voit ainsi la guerre d’une autre manière, celle qui se passe dans les esprits des leaders loin des champs de bataille et du bruit des balles. Le film parle de guerre mais ne la montre pas, comme un nuage noir qui plane sur les destinés de ces hommes tel Churchill rongé par la culpabilité d’envoyer des milliers d’hommes au casse-pipe. Le mauvais souvenir des Dardanelles. Un sentiment illustré très cinématographiquement par des vagues rougies par le sang lorsque Winston se balade sur la côte britannique. A savoir maintenant à quel point le film représente une version idéalisée d’un Churchill pourtant prêt au début de la guerre à détruire la flotte alliée de Mers el-Kebir, la mort de 2000 marins français était alors « un mal nécessaire ».

Ce qui handicape véritablement le biopic, c’est son manque de moyen. La sensation de regarder un téléfilm est récurrente devant des scènes dialoguées qui manquent de vie, comme si la seconde guerre mondiale se jouait entre 5 ou 6 personnes autour d'une éprouvante partie de Risk. Une situation qui en devient très gênante lors de l’interminable discussion entre Churchill et le roi d’Angleterre dont on connaît la difficulté à enchainer les mots avec fluidité. L’académisme de la mise en scène n’empêche pas de belles idées de composition qui jouent sur les ombres, les reflets et les lumières.

L’Histoire c’est un peu imaginer les grandes personnalités telles qu’elles n’ont jamais été. Ce biopic est sans doute dans le symbole mais il peint un tableau suffisamment complet de la personnalité de Churchill pour comprendre qui était le bonhomme. Parler de la guerre sans la montrer donne une certaine poésie qui, ne nous le cachons pas, fait aussi office de cache-misère. Un mal nécessaire ?

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