Paranoïd Pack

Avis sur Citizenfour

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Oscar du meilleur film documentaire en 2015, Citizenfour, nom de code que se choisit Edward Snowden pour contacter par mail la réalisatrice américaine Laura Poitras, revient sur l’incroyable histoire de ce jeune homme, technicien embauché par la NSA, qui, en 2013, fournit nombre de documents classés secret défense, faisant ainsi éclater au grand jour le scandale de l’espionnage à grande échelle, par l’état américain, de ses propres citoyens, mais également des citoyens et gouvernements du monde entier.

Si la forme peut de prime abord s’avérer relativement austère (extraits de conférence, conversations dans une chambre d’hôtel, discussion entre avocats, séance au Parlement Européen), la subtilité dans le montage propose au final un film palpitant, alternant le contenu même de l’affaire, la façon dont elle est révélée dans les journaux, la réaction de certains dirigeants US (interview CNN), les suites à grande échelle (avec notamment les révélations sur les écoutes téléphoniques dont a été victime A. Merkel), et un portrait intimiste de Snowden, jeune homme de 29 ans, réservé, conscient de ce qu’il fait, des risques encourus pour lui et ses proches, mais convaincu qu’il prend la bonne décision et qu’il fait ce qui est juste.

Les entretiens entre le jeune homme et Glenn Greenwald, journaliste au Guardian, choisi donc pour être le détonateur de la bombe, sont tout simplement haletants. Les motivations de Snowden, les questionnements autour de la révélation au grand jour de son identité, la paranoïa qui s’installe peu à peu, l’inquiétude grandissante qu’il ressent pour son entourage sont autant de moments forts.
Toutefois, les suites de l’affaire, toujours d’un point de vue personnel, le sont tout autant : que ce soit pour « Ed » qui trouve refuge à l’ONU pour pouvoir quitter Hong Kong, qui se retrouve coincé à l’aéroport de Moscou des jours durant, après annulation de son passeport par les USA et qui va finalement obtenir l’asile politique en Russie, après intervention de Julian Assange (Wikileaks), la difficulté, voir l’impossibilité pour lui d’obtenir un procès équitable, ou qu’il s’agisse de Glenn Greenwald, avec notamment des répercussions sur sa vie privée, nul n’est épargné.

Digne des meilleures histoires d’espionnage, Citizenfour est à la mesure du protagoniste qu’il met en avant car, qu’on le considère comme un traitre à son pays ou comme un héros, l’histoire d’Edward Snowden est fascinante et le film qui la relate l’est tout autant.
Snowden ou Assange, ces « lanceurs d’alerte », laissent à penser que le monde peut changer, ou tout au moins, être ébranlé sous l’impulsion de quelques individus de bonne volonté. Et si on souhaite de tout cœur qu’ils ne soient pas les derniers, la conclusion de ce film laisse bon espoir sur une possible relève.
Les plus suspicieux pourront remettre en doute la profonde volonté de ces mecs, arguant que leur besoin de reconnaissance compte peut-être autant que leur souci du bien-être de leurs concitoyens, mais à mes yeux, ça n'a aucune importance. Car l'essentiel au fond n'est-il pas qu'eux, ont agi ?

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