That's it ! The music from my dream.

Avis sur Cloud Atlas

Avatar Yyrkoon
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Je l'ai enfin vu, le dernier des Wachowski, et me voilà rassuré.

Oui, parce que c'était casse-gueule leur scénario quand-même : condenser en moins de trois heures 6 histoires différentes, se passant dans des "espaces-temps" complètement différents, il y avait de quoi se rater en beauté. Or il n'en est rien, et je m'en vais, en évitant le spoil abusif, vous montrer pourquoi céans.

-le premier risque était bien évidemment au niveau du rythme et de la cohérence : comment faire un film cohérent à partir d'histoires qui finalement, n'ont que des liens très diffus entre elles ? Les réalisateurs s'en tirent très bien au final grâce à un montage très réussi : certaines transitions entre les époques sont magnifiques, et soutiennent la comparaison avec la célèbre transition de 2001 (os/navette spatiale). Magnifiques d'un point de vue visuel, je pense notamment à celles avec les navires, mais aussi d'un point de vue de l'ambiance, très bien gérée. On a ainsi plusieurs fois une phrase prononcée par un personnage d'une époque, qui finit sur un plan sur une autre époque, et s'y applique tout aussi bien.

La cohérence du tout est ainsi assurée par la cohérence des ambiances et des thèmes, mais aussi par la constance rassurante des musiques et acteurs, qui servent de repères. En effet ce sont les mêmes acteurs qui jouent des rôles différents à chaque époque, et même si ce n'est pas utilisé au maximum, ce film vous donne quand-même la chance énorme de voir Hugo Weaving en gouvernante.

Le rythme est très bien géré : on n'a pas le temps de s'ennuyer, mais on n'est jamais déboussolé : à chaque fois les réalisateurs nous font rester dans l'époque juste assez, puis à un moment propice nous intéressent avec une scène-clé d'une autre époque. Il faut une véritable maîtrise pour réussir à gérer aussi bien les différentes histoires entrecroisées, chapeau bas. C'est bien sûr un ressenti personnel, et qui n'engage que moi, hein, mais pour moi c'est un véritable succès de ce côté-là, d'autant que ce n'était pas du tout, du tout garanti à la base.

-le deuxième risque majeur était au niveau de la complexité relative des 6 univers, et 6 intrigues différentes. Car en effet, l'enjeu est de taille : chaque univers doit être crédible, logique, cohérent... Quand certains films ont du mal à faire un seul scénario/monde cohérent, ici la quantité à laquelle il faut donner vie est multipliée par six, et le temps disponible pour les développer, lui, divisé par six !
Et, force est de reconnaître que de ce point de vue on n'est pas loin de la perfection. Les décors sont sublimes et réalistes à la fois, Néo-Seoul coupe le souffle à tel point que j'ai envie de retourner voir le film juste pour la revoir, les maquillages sont très réussis (je ne vois pas ce que vous leur trouvez, j'avais même pas remarqué, sauf pour Hugo Weaving, que des acteurs étaient travestis) et convaincants à une ou deux exceptions près. J'ajouterai une mention spéciale pour le décor post-apocalyptique, sûrement le plus imaginatif de tous : on ne peut s'empêcher de sourire en voyant ce qui reste de notre société, les tessons de bouteilles dans le mur par exemple, et de rester béats devant ces magnifiques ruines, du pont, de la cité disparue, du centre spatial... La scène du toit à Cambridge est très belle également.

Surtout, et je ne suis pas le premier à le souligner, il y a un sens du détail, qui donne un réalisme si touchant (notamment le travail sur le langage, sensible à toutes les époques mais surtout après la chute)... Aucune incohérence tout de même, sur quelque chose d'aussi complexe. En clair, ce qui fait la vraie force du film pour moi, c'est la beauté de chacun des plans : sans nous en mettre plein la vue ce film nous emplit de beau, comme un Blade Runner en son temps. Vraiment et j'insiste là-dessus, mais le meilleur argument serait son visionnage.

En parlant de Blade Runner justement. Il faut reconnaître que ce film appuie son imaginaire sur beaucoup d'autres œuvres qui l'ont précédé, Blade Runner et Solyent Green en tête. De ce côté l'innovation est faible, mais bon, c'est bien fait.

Enfin les histoires. Ce qui est formidable, c'est qu'elles sont à la fois assez limpides et bien racontées pour qu'on les comprenne noyées au milieu des 5 autres ; et fichtrement intéressantes (certaines plus que d'autres, mais dans l'ensemble on ne s'ennuie pas, au contraire). Elles ont un degré de complexité hollywoodien, clairement si vous recherchez plus passez votre chemin. C'est un reproche qu'on peut faire au film. Mais si on accepte alors on prend son pied, d'autant que les liens ténus entre les histoires ne se décèlent pas forcément aisément, et sont ce qui tient notre intérêt éveillé. Et puis, des histoires trop complexes auraient complètement empêché le film de fonctionner, en ruinant la concentration du spectateur. Y a déjà assez de mindfuck comme ça.

Il faut également saluer un formidable jeu de la part des acteurs présents.

Voilà pour ce qui est formidable dans ce film, enfin il faudrait pour être complet parler de ce qui fait l'intérêt premier du film en dehors de sa beauté, son scénario étalé sur 3 siècles. Au début, on ne comprends pas vraiment en quoi ces histoires pourraient être liées. Puis on se rend compte que l'avocat du XIXe siècle, de par sa lutte pour les droits des Noirs, va d'une certaine façon permettre à la journaliste des années 1970 d'être ce qu'elle est, que l'histoire du jeune compositeur, racontée par Timothy Cavendish, va provoquer un déclic décisif chez la clone coréenne... Tous ces petits détails qu'il faut dénicher, et bien d'autres, montrent qu'effectivement, le film a rempli son rôle.

Bon, maintenant, abordons le problème principal, qui est bien décrié ici : les valeurs, la morale, le message porté par ce film. Je pense que beaucoup d'entre vous sont allés trop loin, en cherchant une morale à chaque mini-histoire, dont la plus caricaturale serait "L'esclavage c'ayst pas bien". Je ne pense pas que les Wachowski soient assez cons pour vouloir faire passer des morales de cet acabit, d'autant que la manière de filmer est plutôt neutre sur les actes isolés des protagonistes. Ce qu'il faut retirer de ce film, ça serait plutôt une réflexion générale sur ce qu'est l'humanité, appuyée sur de nombreux exemples, de nombreuses pistes, sur ce que l'homme peut faire de mieux ou de pire : meurtre, oppression, cruauté, amour, dévouement, sacrifice, esclavage, insolence, foi... On a un panorama plutôt complet, tout en restant modeste ; chacun en fait ce qu'il veut.

Il faut d'ailleurs signaler qu'un film indépendant qui marche aussi bien aux États-Unis d'Amérique, c'est plutôt rare, et qu'on a peut-être là un vent nouveau : 100 millions de dollars de budget pour un scénario au succès aussi improbable, peut-être qu'on a là quelque chose de précurseur, qui prendra le relais d'une Hollywood essoufflée.

Il faut voir ce film, sûrement leur meilleur depuis longtemps, qui réussit à être à la fois incroyablement beau, d'une cohérence sans faille, bien rythmé, et qui propose un questionnement sur l'humanité sous-jacent mais bien présent. Il faut ensuite le revoir car il est très riche en détails et ne révèle l'étendue de sa splendeur qu'avec le temps.

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