Clooney s'initie avec brio

Avis sur Confessions d'un homme dangereux

Avatar Sébastien Decocq
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Confessions d’un homme dangereux fait parti de ces films dont la production est lancée rapidement (dès l’achat des droits d’adaptation, en général, ce film s’inspirant de l’autobiographie de Chuck Barris) mais qui traîne finalement en longueur (droits obtenus en 1980, film sorti en 2003) à cause de plusieurs changements majeurs (de réalisateur, d’acteurs…). Vingt longues années à attendre que le projet atterrisse entre les mains de George Clooney, acteur à l’époque en vogue (Le Pacificateur, En pleine tempête, O’Brother, Ocean’s Eleven), qui se lance ici dans sa première réalisation.

Biopic de Chuck Barris, personnage du showbiz (producteur et animateur d’émissions télévisuelles, compositeur de chansons à succès), Confessions d’un homme dangereux s’inspire de l’œuvre autobiographique du bonhomme. Revenant sur son ascendance dans le milieu. Mais également sur une face cachée de son existence. En effet, dans son livre, Barris faisant allusion à son rôle qu’il aurait eu dans la CIA, où il officiait en tant que tueur. Un fait non confirmé mais qui constitue la base principale du récit, mettant en scène ce personnage se balançant entre deux domaines. Ce qui aura de lourdes conséquences sur sa vie, notamment romantique.

À la lecture de ce synopsis, on sent d’office que l’entreprise se base sur des faits dits réels dont mais la véracité n’a pas été confirmée. Ainsi, le film pouvait se permettre de partir dans n’importe quel sens : être aussi sérieux qu’un biopic normal, transcrire la trame via la mise en avant d’un protagoniste semblable mais différent (jusqu’au nom), lui donner un autre statut que « film dramatique »… Tout était possible ! Surtout pour un nouveau réalisateur tel que George Clooney, qui pouvait se lancer dans toutes sortes d’expérimentations. Une occasion que, justement, le comédien/cinéaste saisit sans mal !

De ce scénario, Clooney n’a retenu qu’un minime détail qui, pour sa mise en scène, fait toute la différence. Il s’agit de l’élément temporel de ce script (en gros, l’époque à laquelle se déroule le film), à savoir les années 60-70. La période des hippies, du disco… En somme, la période où les gens se lâchaient socialement ! La décadence à échelle mondiale ! Et cela, Clooney l’exprime à merveille dans son long-métrage.

Confessions d’un homme dangereux est avant tout un film visuel. Où tout est stylisé au maximum : l’image arborant des couleurs vives (pour les États-Unis) et sombres (pour la Russie, offrant par moment un air de bande-dessinée d’espionnage fort agréable à la rétine), bande-son d’époque qui accumule les hits (The Moonglows, Vikki Carr, Esquivel…), des costumes et des décors hauts en couleurs… tout est mis en œuvre pour nous livrer une ambiance totalement folle, qui fonctionne ici à merveille ! Au point même de nous hypnotiser par moment (la séquence où Barris fait face à son mentor de la CIA, au bord d’une piscine). Bref, vraie ou non, George Clooney s’amuse avec cette histoire, en la transformant en comédie (via un montage très fluide et ingénieux). Le tout en jouant énormément sur l’éventuelle vérité suggérée par Barris dans son livre (il interrompt de temps en temps son film par l’intervention de personnes « normalement réelles », qui viennent témoigner comme dans un documentaire).

L’acteur principal, Sam Rockwell (connu pour son rôle de William Wharton dans La Ligne Verte), se délecte également de ce manque de véracité. Car cela lui permet d’ôter un poids lourd pour tout comédien jouant dans un biopic : imiter la personnalité à interpréter. En jouant Chuck Barris, Rockwell préfère faire comme bon lui semble (dirigé tout de même par Clooney et le scénario), livrant un personnage totalement déjanté et attachant (ayant en tête que Chuck Barris est une personne dont peu de gens se souviennent), en adéquation avec l’esprit du film. Exercice dans lequel se prête également Drew Barrymore avec naturel. Mais là aussi, George Clooney se divertit par le biais du casting, en faisant intervenir ses copains d’Ocean’s Eleven. Que ce soit dans un rôle principal (Julia Roberts, élégante en femme fatale) ou bien en tant que caméos (Brad Pitt et Matt Damon en participants d’une émission TV).

Il est vrai que Confessions d’un homme dangereux pourra, dès le début, en rebuter plus d’un ! Car, il faut bien se l’avouer, on ne s’attendait pas forcément à autant de stylisation de la part d’un biopic qui a mis des décennies à voir le jour. Mais le film a du mérite ! D’autant plus qu’il met en valeur les talent de réalisateur de George Clooney, prouvant qu’il n’est pas qu’un acteur voulant se reconvertir juste en tenant une caméra. Monsieur « What else ? » arrive à donner du corps et une stature à sa réalisation, ce qui n’est pas donné à tout le monde !

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