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Démineurs par Crockett

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Digne héritier de Point Break, The Hurt Locker est un film sensitif, outrancié et viscéral. Une quête perpétuelle d'adrénaline, où s'enchaine frénétiquement les situations les plus extrêmes.
Point de speed balls ici, le shoot est dans un premier temps environnemental, il se capte : Bagdad, ses rumeurs, sa population indigente, l'inconnu, le chaos d'une guerre. Dans un deuxième temps, il est matériel : un sol truffé d'obus, une voiture piégée, un martyr forcé chargé au C4. Il faut agir dans un temps déterminé sous peine d'y rester. C'est l'ensemble de ces éléments que la cinéaste capture et retransmet à l'écran, par le biais de la shaky cam et le recours à la slow motion, pour un rendu visuel formel et symbolique confirmant que son oscar de la mise en scène n'est pas usurpé.

Réputée "couillue" pour ses choix cinématographiques, la réalisatrice place au centre de son long métrage des personnages ayant de la consistance, un passé qui transparait à l'écran. Le récit et la narration fonctionnent sur cette base là, et justifient par conséquent le choix de scènes pouvant paraitre au premier abord décousues, superflues, amovibles. En cela The Hurt Locker n'est pas un film de "guerre" à proprement parlé, mais une variation sur le thème du conflit au Moyen-Orient, à l'image d'autres réalisations en marges comme l'excellent Black Hawk Down de Scott, ou Jarhead de Mendes. Bagdad remplace Mogadiscio en 2009, mais les soldats sont toujours soumis au régime implacable de la guerrilla.

Point de propos pro-Irak ici, mais un film d'homme sur des hommes, en proie à leurs doutes, leurs peurs. Sur ce point là, The Hurt Locker travaille l'impact psychologique du conflit avec finesse et intelligence, opposant ainsi le duo Sanborn / Eldridge à l'ambivalence de James, alternant entre l'inconscience, la brutalité et la compassion. Bigelow met en lumière les ravages du conflit, ose mettre en image les bouleversements psychologiques, tout comme le fit Cimino dans ce chef d'oeuvre qu'est The Deer Hunter. Il faut voir l'état de James durant les désamorçages, sombrant presque dans la démence, la jouissance du sursis et faisant dès lors abstraction de tout élément l'entourant. Le final est lourd de sens et pessimiste : cette ligne qu'il a côtoyé durant la quarantaine de jours avant la rotation d'équipe, est outrepassée. Sous couvert de porter assistance - bien que cela fasse partie intégrante de ses motivations - c'est l'excitation du déminage qui le stimule.

Bigelow signe avec The Hurt Locker un film fort, osant la différence et l'affichant avec fierté. Si l'on peut lui reprocher un petit coup de mou dans le second tiers, il n'en demeure pas moins terriblement efficace et riche en émotions.

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