Et ainsi le mur de Trump tomba

Avis sur Descendants 3

Avatar Cheshi-chan
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Bien évidemment, si je vous dis Descendants 3, vous pensez Cameron Boyce et sa perte bien trop précoce. D'autres parleront mieux de lui que moi. Personnellement, je regretterais son sourire et sa positivité, regarder Descendants 3 était un peu ma façon de lui dire au revoir. Mais ça n'a pas été triste.
Ah ça non.
Dieu que j'ai rit, et pour ceux qui comptent regarder le film, je préviens, je vais sûrement spoiler, alors revenez lire quand vous aurez visionné cette pépite de fan fiction télévisée.
Nous retrouvons donc Mal et ses amis là où on les as laissé, toujours aussi badass mais définitivement passé du côté obscur des bisounours ; ne laissez pas la première chanson vous dupez, ici on respecte la loi et on fait des bulles pendant les discours. Uma est toujours perdue dans les eaux (mais elle respire quand même ?) et de nouveaux enfants de vilains sont accueillis dans l'école, dans une grandeur d'âme qui n'est pas minimisée. Difficile de plus vouloir nous faire verser de notre petite larme émue, il aurait fallu nous fourrer un oignon sous le nez pour être plus insistant.
Ce que ce qui est géniale, c'est que même si Disney essaye d'actualiser son propos dans certains domaines, il ne faudrait pas qu'ils soient non plus trop moderne; il s'agirait de garder des concepts ridiculement dépassés. Le mariage à 17 ans ? C'est hype. Plus que ça, c'est le rêve, romantique.
Ce qu'on distingue très vite, c'est le désir de Disney Channel de nous servir notre dose de fan service, que ce soient les vieux qui ont grandis avec les classiques qu'ils re-visitent ou les jeunes qui ont suivis la trilogie avec passion. Le retour sirupeux de Did I mention ne laissera aucun connaisseur indifférent, murmurant dans son oreille des contes d'un bon vieux temps. Des détails plus poussés jonchent le visionnage, et pour les plus grands, on ne manque pas de références aux histoires originales, du plus évident avec une transformation en bête ou un panier de pomme rouge, mais aussi plus anecdotique comme un "I've got friends from the other side." prononcé à la volée. Qui que vous soyez, vous aurez quelque chose à vous mettre la dent, et pour cela, le long-métrage m'évoque une gigantesque fan-fiction, aux choix scénaristiques risibles et des rebondissements aussi prévisibles qu'hilarant, mais loyaux à ceux qui les ont vus grandir.
La plus grande ironie de Descendants 3, c'est de prendre pour thème les méchants Disney, majoritairement de la première génération (qui étaient tous des monstres de cruauté, rappelons-le) et de créer un monde rose et pastel où tous le monde est adorable ou gentiment tourmenté et où le pardon est roi. Le message est là, en contrepartie le respect de l'univers est à un stade de bouilli inqualifiable. RIP. Les méchants sont devenus gentils, Hades apparaît avec une coupe hideuse (qui s'enflamme, je répète, s'enflamme et mon fou rire valait tous les efforts mis dans les effets spéciaux) et un but très flou que j'ai toujours pas trop compris. Son introduction le présente comme un fou dangereux, destitué de sa place divine, à la recherche de vengeance, mais pas d'inquiétudes ; il est en fait inoffensif et un tantinet cynique pour ne pas non plus qu'on oublie quel vilaine personne il est.
Le vrai méchant de l'histoire ? Aurore, qui s'est vue voler son futur brillant de reine amoureuse par pas moins que la fille de la femme qui a essayé de détruire la vie de sa mère. De quoi vous foutre en rogne et sûrement vous remettre pas mal en question, mais de là à piquer une crise et décider de mettre le monde à feu et à sang ? Plutôt que d'exploiter un personnage qui aurait pu être intéressant dans ses interrogations qui font mal (j'veux dire on vous répète toute votre vie que vous gouvernerez et une terroriste qui décide finalement qu'être amoureuse c'est mieux prend votre place ? J'aurez aussi envie de casser un truc), on a le droit à une gamine pourri-gâtée qui a décidé que c'est vraiment nul de pas être reine et que du coup, elle va le devenir de force. Et endormir la population toute entière, voir les transformer en statue de pierre pour quelques uns au pif, par mesure de sécurité, je suppose. Quel meilleur règne que celui d'une population de marmotte, je vous le demande.

« You’re stronger with those daddy issues. - Oh thank you »

Les dialogues m'ont arraché des ricanements stridents, et leur médiocrité atteigne un tel stade que je suspecte les scénaristes d'avoir tiré un trait sur le sérieux et d'avoir cherché le ridicule intentionnellement. J'espère sincèrement qu'ils considèrent se lancer dans une carrière florissante dans Riverdale, ça relèverait le niveau. Médaille d'or au mec qui a décidé que Carlos offrirait à sa dulcinée un collier épelant avec fierté le nom de leur ship. Jarlos. Du génie.
Les musiques se font plus hétérogènes que dans les deux premières de la séquelle, avec seulement quelques unes qui vous resteront en tête et le reste plutôt négligeable voir mauvais. Mon top reste la magnifique chanson traitant d'une fille abandonnée par son père avec une justesse merveilleuse ( je blague, j'ai jamais autant rit devant un numéro de comédie musicale ), ainsi que "True Love Kiss" qui en plus d'être pathétiquement dépassé de mode, dépeint dans toute sa splendeur l'hésitation d'embrasser un effrayant homme devant le regard désabusé (dans lequel le désespoir des acteurs transparaît) de ses camarades. Car on embrasse pas n'importe qui n'importe comment.
Que la pauvre victime soit endormie et qu'on embrasse pas les personnes sans leur consentement ne semble pas traverser l'esprit des protagonistes, et c'est bien heureux ; si on peut même plus sauver les gens par un vrai baiser d'amour, où va le monde pas vrai ?
Note personnelle ; si Apple a réussi à rendre ses iPhones waterproof, il serait peut-être temps qu'Hades suive le progrès avec sa pierre "la plus puissante du monde entier". Ce n'est qu'un avis dans le vent.

"Here you are alone, and you deserved it."

Un film Disney ne serait pas un film Disney sans une petite (?) dose d'auto-accablement face à son propre malheur et ses erreurs, histoire que les gamins apprennent à se lamenter d'avoir blesser avant de se reprendre avec panache avec des notes dans l'octave supérieur et une confiance en soi défiant la moyenne nationale.
Bien évidemment, on se tient tous la main, ennemis et amis, et on sauve le royaume ensemble, pour rappeler que l'amour est plus fort que la haine et la mort, et que la positivité c'est bae. Uma perd de tout son intérêt et devient une gentille petite fille blessée, ses acolytes déjà stupides le sont un peu plus. L'île aux vilains n'est plus peuplée que d'êtres adorables et en quête d'amour et d'un guide vers le bienveillance.

« When you guys decide to destroys the world, it’s an error of judgement. But… when it’s one of us… lock’em up […] »

Mais ce que je dois admettre à Descendants 3, c'est que son message va au-delà de "aime ton prochain". Dans un contexte de haine et de peur, de racisme et de préjugés, d'immigration, il impose ici son point de vue ; la séparation n'est pas la solution. Décidé à souligner l'injustice social (avec facilitée et hypocrisie, certes), il n'hésite pas à dénoncer l'inégalité entre les deux partis et la vision biaisée que les privilégiés ont développé. Avec cette citation, Hades rappelle discrètement que le danger est partout et le justice ne se fait plus impartialement. L'éducation pour tous, le poids des erreurs des parents sur une génération stigmatisée, tout cela se laisse entendre en sous-texte et permet dans son final de se faire entendre haut et clair : un mur n'est pas la solution. Alors, si vous me demandez mon avis, la réhabilitation a l'air d'être gérée très mal, le taux de criminalité va sûrement monter en flèche et c'est pas parce que les gens ont gentiment danser sur le pont que quand les vrais criminels, initialement emprisonnés sur l'île, vont ramener leurs fesses ça va être la joie.
Si le propos n'est pas nuancé (je donne pas chaire de la peau de nos petits héros en herbe), il y a pourtant une volonté de dénoncer la politique de peur de Trump et d'autres pays qui me fait gentiment sourire.

Alors pour rendre honneur à cette pépite de connerie qui m'a pourtant fait passer un bon moment, une mini-liste des trucs qui font que c'était pas si mal au final :

• Ben récupère une barbe, et ça c'était tout de même nécessaire pour qu'il cesse de ressembler à une Barbie Ken imberbe. Les canines le rendent même sexy.

• Le design d'Uma qui s'est nettement amélioré

• Je... crois ? que Disney a essayé d'introduire une très légère romance gay avec la disparition brutale de Mulan qui s'était pourtant frayée une place dans le coeur de Jay et l'apparition de Gil, avec qui on tient plusieurs fois à montrer des scènes de dialogues, tout sourire et proximité grandissante, dans un petit échange de compliments maladroits. C'est louche Disney Channel, je sais pas ce que t'as essayé de faire, mais j'en déduis ce qui m'arrange.

• La relation purement amicale entre Uma et Harry Hook, complices, à la romance désamorcée.

• Les fils de Mousse qui sont absolument adorables dans leur design.

• Ce slow-motion final aussi dégueulasses qu'inutilement dramatique qui termine avec brio cette trilogie qui gardera une place spéciale dans mon coeur.

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