Long week end, canicule et carte UGC illimitée, 2/3

Avis sur Deux jours, une nuit

Avatar Phil Dela
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Samedi. Ça y est, on peut dire qu'il fait chaud. Plus de 30 degrés à l'ombre. Quoi de mieux à faire que se réfugier sous la clim bienfaitrice d'une salle de cinéma, pendant les heures les plus chaudes de l'après midi ?

Par rapport au film précédent (http://www.senscritique.com/film/Tristesse_Club/critique/34572237), on recule d'un pas dans la légèreté. Les frères Dardenne jouent à Ken Loach. Sandra, de retour de dépression, découvre qu'un ultimatum a été donné à ses collègues : soit ils renoncent à leur prime annuelle, soit elle est licenciée. Elle a donc un week end pour les convaincre de voter en sa faveur et renoncer à leur prime.

La dichotomie entre le temps estival (du film et de la réalité) et l'apathie de l’héroïne est évocateur. Marion Cotillard (qui joue très juste ici) oscille entre découragement (le vrai découragement, celui qui vous cloue au lit) et espoir zombie (on la sens résignée, même quand elle tente de résister). Son entourage est bien là pour la pousser, encore et encore, malgré les déceptions, mais on sent bien que le cœur n'y est pas.

Est assez bien évoquée aussi le monde ouvrier, désuni. On est à 1000 euro près. 1000 euro, c'est rien et c'est tout. C'est de l'essentiel et du (potentiellement superflu). 1000 euro, ce sont des dépenses de gaz et d'électricité ; c'est la cité U de la fille qui est étudiante, c'est la terrasse de la maison qu'il faut refaire. Ça donne le sens des priorités de chacun. Aider sa collègue ou payer les factures ? Aider sa collègue ou refaire sa terrasse ?

On sent bien la perversité du système, où chacun est poussé à l'individualisme, où la notion de solidarité de classe n'est même plus un souvenir. Certains le regrettent, d'autres l'assument parfaitement, avec une violence plus ou moins contenue. Comme une petite lueur d'espoir, d'autres arrivent pourtant à dépasser cette incitation permanente au ''chacun pour soi'', en un geste d'altruisme. Au total, on se rend compte ici de la précarité globale du système, où même un secteur d'activité supposé d'avenir (les panneaux solaires) est menacé.

On reconnaît bien ici la finesse des frères Dardenne, chaque scène sent le réel. Les situations, les dialogues ont la simplicité crue de la réalité pour beaucoup d'entre nous. Même si le film souffre de beaucoup de situations qui se répètent (c'est aussi sans doute son propos, l'accumulation de situations plus ou moins précaires), il est important que des cinéastes se penchent sur un milieu trop peu traité au cinéma : celui d'un monde ouvrier en déliquescence.

à lire aussi ici: http://jules-delphi.tumblr.com/post/88567653967/long-week-end-canicule-et-carte-ugc-illimitee-2-3
Et demain, on décolle: http://www.senscritique.com/film/Bird_People/critique/34572085

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