Diamond Island - un regard neuf sur la jeunesse cambodgienne

Avis sur Diamond Island

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Deuxième long-métrage du réalisateur cambodgien Davy Chou, Diamond Island a été présenté à la Semaine de la Critique à l’occasion de la soixante-neuvième édition du Festival de Cannes. Le film présente un intérêt à la fois pour son réalisateur, figure du renouveau du cinéma khmer, et son sujet, la peinture d’une société asiatique en pleine mutation du fait de la mondialisation.

Le film raconte l’histoire de Bora qui à 18 ans quitte son village natal pour travailler sur les chantiers de Diamond Island, une île située en périphérie de Phnom Penh, ville qui jaillit hors de terre pour assouvir les besoins de la nouvelle bourgeoisie cambodgienne. Bora se lie d’amitié avec d’autres ouvriers du chantier avant de retrouver son frère devenu étudiant, avec lequel il a perdu contact plusieurs années auparavant. Ce dernier l’introduit au sein la jeunesse dorée de Phnom Penh.

Le réalisateur aborde à travers ses personnages l’évolution d’une société marquée par des inégalités grandissantes. La ville fantôme de Diamond Island correspond aux quartiers champignons bâtis afin de répondre aux attentes d’une population qui souhaite se conformer aux standards occidentaux et incarne la fracture de cette société. La jeunesse cambodgienne est partagée entre la bourgeoisie attachée aux biens de consommation (Iphone, voiture, scooter) et les paysans qui quittent les champs pour venir travailler sur les chantiers ou émigrer à l’étranger pour envoyer de l’argent à leur famille. La divergence est illustrée par un parallèle dans les loisirs entre d’une part les sorties en boîte de nuit et d’autre part karaoké dans des bars miteux.

Le film dispose également d’une dimension politique puisqu’il évoque le régime Khmers rouges et son impact sur la vie des cambodgiens. On connaît la nostalgie de Davy Chou pour le Cambodge antérieur à 1975 qu’il a déjà évoqué à l’occasion de son précédent long-métrage « Le Sommeil d’or ».

Le film évoque aussi la face sombre du Cambodge à travers le traitement de l’homosexualité du personnage de Solei, le frère de Bora. Le récit sous-entend qu’il a fui son village après avoir eu une relation homosexuelle avec un autre garçon et qu’il survit grâce à l’intervention d’un « mécène » américain, évocation du tourisme sexuel des occidentaux en Asie du Sud-Est.

Diamond Island est un film riche par les sujets traités mais il n’est pas exempt de défauts. En effet, la mise en scène de Davy Chou est assez pauvre. Elle est composée essentiellement de plans fixes à l’exception de quelques vues aériennes prises par un drone. Cet aspect plat des plans entraîne un manque de rythme et quelques longueurs. De plus, les acteurs, recrutés dans les compagnies théâtrales et via casting sauvage sur Facebook et dans la rue, ne sont pas tous au niveau. Mais ces faiblesses sont facilement compréhensibles compte tenu de l’absence d’industrie cinématographique cambodgienne et du manque de moyen de la production.

En conclusion, le film est une réflexion riche sur la jeunesse cambodgienne traversée par les inégalités mais il souffre d’une mise en scène qui n’est pas au niveau des enjeux.

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