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Oh les beaux jours !

Avis sur Discount

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Si opulents et enchantés que sont (ou paraissent être) ses rivages, le cinéma exploite (ce mot n’est pas neutre) de plus en plus souvent les territoires de l’horreur économique en dénonçant à tous les échos la victoire complète du capitalisme mondialisé et ses conséquences sur la vie des gens. Voilà longtemps que cette dénonciation est le fond de commerce de Ken Loach, mais une grande partie des films des frères Dardenne ou de Robert Guédiguian sont aussi bâtis sur ces questions.

Ce que j’écris là n’est pas du tout une critique sur l’essence et l’intérêt de cette dénonciation : Louise Wimmer, de Cyril Mennegun en 2011, Deux jours et une nuit des frères Dardenne en 2014, La loi du marché de Stéphane Brizé en 2015 sont des films formidables, souvent poignants, dont la sécheresse intelligente du propos est extrêmement convaincante. Des gens qui se battent, avec un courage souvent exemplaire, pour n’arriver qu’à pas grand chose ; je retrouve à leur propos cette phrase de Marcel Aymé : quelle volonté et quelle vigilance sont nécessaires pour se cramponner à un palier de misère et ne pas descendre plus bas.

L’histoire de Discount est bâtie sur un schéma inspiré d’épisodes sans doute réels : une équipe d’employés d’un magasin d’un quartier pauvre du Nord est menacée de licenciement parce que des caisses automatiques vont être mises en place pour améliorer encore la rentabilité du travail. La pression capitaliste est constante et générale : elle s’exerce aussi bien sur les employés que sur la directrice du magasin, Sofia Benhaoui (Zabou Breitman) ou sur le contremaître/contrôleur Walid (Tanguy Onakoy) : elle est arabe, il est africain, ils veulent s’en sortir, ils sont les chiens de garde…

Celle qui est la plus menacée de perdre son emploi, parce c’est la plus vieille, c’est Christiane (Corinne Masiero) ; autour d’elle s’organise un réseau de rébellion qui va récupérer les produits périmés, mais encore consommables destinés au rebut et les proposer à des prix cassés à la population du coin ; c’est là que le film commence un peu à patiner : parvenir à informer des quantités de personnes de l’aubaine, leur faire garder un silence absolu, mais aussi les accueillir dans un local isolé dans la cambrousse me semble relever davantage de la fable que du réalisme. Bien des péripéties et, au bout, l’évidence que le trafic est repéré, donc poursuivi. Une cabriole finale qui parait donner aux révoltés la victoire ; victoire provisoire et unique, en tout cas. Après tout pourquoi pas ?

Mais ce qui manque, dans Discount, ce n’est pas la générosité, la bienveillance, le courage : c’est, tout simplement, la qualité. Outre que le réalisateur, Louis-Julien Petit ne possède qu’imparfaitement la grammaire cinématographique et multiplie gros plans et ralentis dans un montage saccadé, il n’a pas la capacité de maîtriser ses personnages, dont il ne fait que survoler les disparités.

Je ne méconnais pas du tout la difficulté de faire avancer de concert des histoires parallèles mais précisément, sauf si l’on a une connaissance complète de cette technique, il est préférable de s’abstenir, de s’attacher à un ou deux personnages et de s’en tenir là.

Dans le film, le réalisateur aurait dû se contenter de se pencher sur les existences de Christiane/Corinne Masiero et de sa patronne Sofia/Zabou Breitman, l’une et l’autre misérables et dévastées et de survoler, sans ouvrir d’autres pistes, celles des second plans, Gilles (Olivier Barthélémy) et son père ancien boxeur aveugle, celle d’Alfred (Pascal Demolon), séparé de sa fille, celle d’Emma (Sarah Suco) , abandonnée par le père de son enfant…

En d’autres termes tout ça est trop dispersé, trop superficiellement montré pour qu’on s’attache vraiment aux personnages, alors que l’intelligence du récit aurait sans doute consisté à montrer l’efficacité de plus en plus grande de la machine à broyer qui dresse les uns contre les autres des frères de classe…

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