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Achète-moi un conte prêt à raconter

Avis sur Disneyland, mon vieux pays natal

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En tant qu'ancien travailleur de Disneyland, je ne suis jamais senti à ma place dans ce milieu. Tout ce que je voulais, c'était travailler en m'évadant. Ce fut le contraire.

J'ai perdu mon innocence assez jeune comme les petites filles perdent leur virginité en faisant du poney Shetland.

Evidemment, le projet d'Arnaud Des Pallières... Petit aparté, je l'ai découvert comme beaucoup par le biais de la sélection de Michael Kohlhaas en vue du festival de Cannes 2013 et d'autres l'auront découvert par le biais du César de la meilleure musique de Martin Wheeler, éternel compagnon, pour ce même film. Reprenons... Le projet de ce cinéaste m'évoque beaucoup de choses, tant métaphysiques que personnelles.

Pas forcément les mêmes que notre narrateur mais sur le même registre, le registre de l'observation du vide, de la frénésie organisée et de la dictature du plaisir souriant (soit dit en passant, je n'ai aucune idée de ce que Boyd Rice évoque dans son album "Music, Martinis and Misanthropy" mais la chanson "Disneyland can wait" ferait une très bonne bande-originale - la question de la référence se pose quand même).

J'ai une profonde inclination pour le drame. Mais ce n'est pas pour autant que je n'ai pas cherché, avec une volonté peu naturelle, à entrer dans l'univers de Mickey. J'aurais bien voulu que cette volonté soit grande. Hélas ! En tant que visiteur-client, je remarquais déjà qu'il n'y avait pas de tendresse autour de moi. Qu'il me manquait cette charnière pour mon épanouissement. Puis en tant que travailleur, je remarquais que les coulisses cachaient une misère derrière les décors en carton-pâte. Cette misère, je la retrouvais dans d'autres métiers, elle consistait à travailler dans l'urgence même quand il n'y avait que peu à faire. Et puis j'ai compris que c'était pour passer inaperçu. Il faut aller vite pour être invisible. Là où Disneyland différait, c'était naturellement par son cadre lumineux, ses enchevêtrements bariolés d'univers et ses imposteurs aux visages figés.

Et puis c'est en voyant ce documentaire subjectiviste qui fleure bon les fins de soirée sur Arte que j'ai compris ce que je foutais là-bas. Je voulais une histoire, un conte rubis sur l'ongle. Arnaud Des Pallières vit son histoire, avec ce qu'il est, ce qu'il voit. Il recherche le conte qu'il va raconter car le contexte est propice. Comme moi, il a échappé de peu au cynisme pour dériver lentement vers une transe occidentale, une vision sans extase libérée entre des attractions. Je veux ma dose d'endorphine, Mickey, t'as compris ? Et puis, je lui relâche la redingote à ce bon vieux Mickey. Y'a un travailleur dedans. Je fais comme si de rien n'était. Lui aussi. D'ailleurs le masque continue de sourire comme un arrêt sur pause. C'est ainsi que je conçois que les contes surviennent dans la mesure où le contexte est noir, sans espoir.

Jusqu'au jour où on fait l'amour avec la princesse Jasmine au retour dans nos quartiers, à la fois surveillés, hygiéniques et abandonnés. Je ne connais même pas son prénom. Elle me l'a dit mais je n'ai pas compris son prénom en bulgare. Et puis peu importe, on est tous interchangeables. Je lui ai chanté un rêve bleu dans la chambre d'où elle a chassé ses colocataires comme de la volaille.

Il y a toujours une étoile quelque part qui te dit que n'importe qui peut coïter une princesse.

Le final de ce film, en parlant avec le robot, sauve son sujet d'une attaque trop frontale, trop triste. Je n'ai pas apprécié toutes ses remarques, textes ou images mais... Après tout, il faut tout prendre, tout emporter avec soi, le bon, le mauvais, Jasmine comme le Capitaine Crochet. Il est bon de tout prendre car du tri de l'histoire survient le conte.

Et c'est ce que j'ai fait.

Le film est visible ici : https://www.youtube.com/watch?v=76U5DTEwltk

Une analyse du film : http://trouble.net.free.fr/TROUBLE/Resources/des%20pallieres.pdf

http://www.youtube.com/watch?v=V2AYqsSgLLQ&feature=player_embedded
http://www.24matins.fr/disneyland-paris-65752

Banksy ouvre Dismaland, un parc d'attractions basé sur la perplexité... : http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20150823.OBS4574/bienvenue-a-dismaland-la-pire-attraction-de-grande-bretagne-creee-par-banksy.html

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