Sublimes bâtardes

Avis sur Divines

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« Le paradis se trouve sous les pieds des mères »

Alors qu’elle fouine dans une mosquée vide dans lequel baigne un silence religieux, imposant et chaud à la fois, Dounia se fait surprendre par le père de sa meilleure amie. Cette citation résonnera tel un écho lointain et douloureux lors d’une scène d’adieu dans laquelle on retrouvera le même silence, empli d’émotion et de respect. Dans cette scène d’adieu, elle dépose aux pieds du lit de sa mère assoupie un sac remplie de billets. Chasser le billet vert, la quête féroce et acharnée dans laquelle se jettent Dounia et Maïmouna, têtes baissées, têtes brûlées.

Si l’argent un sujet important dans Divines, le film raconte davantage l’itinéraire de deux jeunes filles qui tentent d’inverser les dynamiques de pouvoir et de domination qu’elles connaissent à leur avantage. C’est aussi le portrait de leur belle histoire d’amitié, et leur récit d’apprentissage. Le contexte (la banlieue) compte tout autant que les personnages : la banlieue revêt les couleurs de leurs personnalités, leur liberté et leur frustration ; les personnages, s’ils sont marqués par leur environnement, sont loin d’être complètement définis par ce dernier et présentent différentes facettes. Ce sont des personnages multidimensionnels qui respirent l’authenticité. Une représentation rare dans les films « dans les banlieues », « sur les banlieues » si on se réfère aux labels journalistiques.

Dounia est l’(anti) héroïne du film. Incandescente, allure frêle et nerveuse qui tranche avec un visage aux arrondis enfantins, c’est l’incandescence, la fonceuse du duo. Elle fait les 400 coups avec Maïmouna, sa meilleure amie, toutefois plus tempérée et douce. Le duo à la Laurel et Hardy nous offre de moments hilarants mais aussi des instants de complicité lors lesquels elles révèlent leurs fêlures et leurs peurs. La spiritualité de la scène au clair de lune, qui touche au sentiment archaïque et universel de crainte face à l’infini et au mystère de l’existence, la douceur des retrouvailles interdites avec Maïmouma… Ce sont là des scènes qui me resteront en mémoire ; une belle illustration de la sororité au cinéma.

Divines est enfin un film qui joue (habilement et sans lourdeur précisons-le) avec les codes de genre. Rebecca est le caïd du quartier. Son ambigüité la rend impossible à détester complètement : Scarface 2.0, ses punchlines mémorables (« Les hommes c’est comme les chiens, s’ils sentent la peur ils te bouffent ») et son attitude fascine. Elle comprend le pouvoir, impitoyable et manipulatrice, même si son visage ou ses gestes la trahissent parfois en montrant de la bienveillance. Djigui, agent de sécurité le jour est danseur la nuit. Il est épié par Dounia qui l’admire secrètement ; son corps est magnifié par la grâce de ses mouvements dans de belles scènes qui font la respiration du film. Objet des fantasmes et de la tendresse maladroite de Dounia, et entre eux se joue une tension électrique et un début d’histoire d’amour.

Divines est un film plein d’émotions, de grâce, de fraîcheur et d’humour. Loin d'être née sous la bonne étoile, la bâtarde Dounia a en plus l’audace d’être grande gueule et optimiste. Elle ne connaît pas la chute de la grosse blague que l’existence lui jette au visage mais dont ses proches semblent être les protagonistes. Elle refuse d’accepter le sceau brûlant de l’humiliation, sentiment qu’elle connaît trop bien. Sous la coupe de Rebecca, entraînant Maïmouna dans son sillon, elle se rue dans la gueule du capitalisme, chimère aguicheuse, piège qui se refermera avec une cruauté indicible.

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