Collatéraux

Avis sur Dog Eat Dog

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Paul Schrader est un moraliste, qui vaut essentiellement pour l'aspect très âpre des histoires qu'il met en scène. Car comme Costa Gavras qui souligne ses opinions de gauche en dénonçant les dérives de la droite, il utilise l'amoralité pour faire tomber ses personnages, ou tout du moins pour diriger leur univers (et mettre en exergue l'absence de moralité, mécanique qui a fait ses preuves dans le génial Auto Focus). Dog eat dog suit finalement cette logique, rompant avec le cynisme désoeuvré de The Canyons et repartant dans des trajectoires individuelles fortes (on assiste aussi aux retrouvailles de Schrader et de Dafoe).

Cela part pourtant très mal. Les 5 premières minutes sont dignes d'un mauvais remake de trainspotting à base de lumières saturées rose / bleu et d'effets visuels clippesques vomitifs (inversés, vaguelettes déformant l'objectif, des trucs moches au possible). Et alors qu'on partait sur du 2/10, voilà un meurtre brutal et aberrant qui remet les pendules à l'heure. Cet équilibre bancal se poursuivra finalement durant la première demi-heure, qui enchaine les effets visuels gratuits (noirs et blanc injustifié, flash back clippesques...) avant d'opter vers une photographie plus classique, et rebasculant dans l'onirisme pour la conclusion (qui enfoncera le clou avec une bonne réplique finale "je pense que je voulais comme tout le monde, la justice. Puis en fait je me suis rendu compte que je voulais que les choses soient comme je le voulais. Comme tout le monde.").

La trajectoire des individus n'a pas réellement d'importance finalement. C'est le contexte des personnages qui fait finalement la sève de dog eat dog. Dafoe y campe un camé impulsif, Cage un chef de bande un peu plus blasé/loyal et leur compère un gros bras proche de la paranoïa. Paul décrit autour d'eux un univers de frustration, un brin chaotique, où les acteurs ressentent rarement les conséquences de leurs actions (les morts qui parsèment le récit). Et même quand certains se font arrêter, les violences policières qu'ils subissent viennent confirmer la vision amorale du monde qu'ils entretiennent. Si le film cultive régulièrement le mauvais goût dans sa mise en scène (une tête numérique explosée en gros plan, des accélérés ralentis dignes des pires DTV de gangsters, des transitions à la star wars...), il a ce sens du fond qui comble les carences du scénario. Le côté rude de sa première action, qui montre nos malfrats habillés en policiers braquer un chef de gang dans son quartier devant les voisins noirs qui commencent à créer une émeute contre les violences policières, donne déjà de la matière, un ressenti efficace de la situation. Il en sera de même dans toutes les étapes capitales de l'intrigue, même si les issues en seront forcément décevantes (il n'y a rien de grandiloquent finalement malgré les effets tape-à-l'oeil, les erreurs et les sorties de nos personnages sont complètement banales). Mais les victimes sont là aussi nombreuses, et malgré une très relative bonne foi de nos malfrats (c'est vrai, ils n'ont envie de tuer personne si on fait comme ils disent), le bilan reste lourd. C'est finalement ainsi que Schrader sauve la barque du naufrage, avec la gravité constante du contexte qui contrebalance l'irresponsabilité des personnages et le racolage de la direction artistique.

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