Nos douleurs d'aujourd'hui

Avis sur Drive My Car

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Après les très réussis Passion, Senses ou encore Asako I & II, Ryusuke Hamagushi livre son film le plus complet et le plus puissant aussi bien sur la qualité de sa narration et de son rythme que pour l'esthétique gracieuse de l'ensemble de l’œuvre.

D'une audacieuse durée de 3 heures, adapté d'une nouvelle de Murakami (comme le saisissant et sublime Burning du corréen Lee Chang-Dong), et d'une délicatesse hors du commun, Drive my car aurait mérité bien plus que le prix du scénario du dernier festival de Cannes. Absolument envoûtant, il emmène son spectateur au travers des nuances sentimentales que traversent sa riche galerie de personnages, toutes et tous d'une étonnante et savoureuse complexité, ici une muette se lançant dans le théâtre, là un acteur en proie à ses pulsions violentes. Mais surtout, c'est en emboîtant le pas à Kore-Eda dans Still Walking, qu'Hamagushi explore à son tour le délicat sujet du deuil pour en faire ressortir les motifs d'acceptation du drame et de reconstruction des êtres et de leurs âmes. En filigrane et pour mieux faire respirer les logorrhée qui émaillent la structure de l’œuvre, le réalisateur, en poète hors-pair et contemporain, distille de sublimes moments de contemplation de l'ordinaire du quotidien nippon, des routes d'Hiroshima et de sa baie aux splendides paysages enneigés de l'île d'Hokkaido. Les lumières naturelles du matin et du soir sont toujours savamment captées et confèrent au film une ambiance ensorcelante.

D'un cinéma éminemment littéraire, la métaphore filé avec Oncle Vania, la pièce de théâtre de Tchekhov mise en scène par le protagoniste principal de l'histoire confère au film et à ses personnages un semblant de mises en abîme qui le dote de clés de lectures supplémentaires et offre, en forme d'apothéose, une scène d'une grande poésie couplé d'une puissante valeur morale, renforçant par là l'habileté scénaristique et de mise en scène de l'ensemble. S'il est courant de voir des réalisateurs obtenir une palme d'or pour des films qui ne représente pas l'apogée cinématographique de leurs carrières, celle-ci pourrait bien avoir été atteinte par Ryusuke Hamagushi avec Drive my car, qui laissera pour longtemps des souvenir doux, cotonneux et émouvants aux spectateurs aventureux qui se seront ouvert à celui-ci.

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