L’hagard du Nord et le lascar de l’Est.

Avis sur Eastern Boys

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Les deux premières séquences d’Eastern Boys sont particulièrement impressionnantes. La première, dans la Gare du Nord, dissèque, en adoptant le point de vue des caméras de surveillance, le ballet complexe entre bande de jeunes immigrés, services de sécurité et client potentiel à la prostitution gay. Admirablement mené, sans parole, il dresse un état des lieux cinglant, ne donnant raison à personne, mais met au jour une dynamique contre laquelle il est vain de luter tant elle est mouvante et insaisissable.
La deuxième séquence voit l’intrusion dans l’appartement d’un client qui a eu la mauvaise idée de donner son adresse à l’un des jeunes ukrainiens pour lui donner rendez-vous. Dilatée à l’extrême, d’une violence sourde, presque sans coup d’éclat, elle construit, à l’image du titre de ce chapitre, « Cette fête dont je suis l’otage », durant laquelle on force le quinqua à danser tandis qu’on vide tout son appartement de ce qu’il possède. Ici aussi, les torts sont partagés, et l’on peut autant prendre en pitié l’occidental pillé qu’y voir une leçon donnée à ses pulsions exploitant la misère du monde.
Passé ce long prélude assez suffocant, l’intrigue à proprement parler s’installe. Histoire singulière, à la Pretty Woman sur un mode auteur/social, assez mal rythmée et répétitive, elle ausculte les liens qui se construise entre Daniel et le jeune prostitué. La symbolique de l’appartement et de ses fluctuations au fil de la passion est assez intéressante : d’abord pillé pour que le sentiment s’y installe, réaménagé pour celui qui devient une vraie personne, et enfin abandonné pour que l’histoire (re)commence véritablement.
[Spoils]
Mais le film s’embourbe dans des directions assez contradictoires, prenant la voie du thriller dans sa dernière partie, tandis que le duo évolue vers une relation apparemment filiale et pour le moins surprenante. A tout prendre, le réalisateur étiole ses différents registres : on aurait souhaité en apprendre davantage sur les motivations du client qui devient père (rédemption ? maturation ? révélation ?) et les scènes d’ « action » dans l’hôtel sont certes assez correctement filmées, elles n’en exploitent pas moins un filon un peu grossier qui laisse en plan la subtilité qu’on croyait pouvoir attendre au vu des débuts prometteurs.

(6.5/10)

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