El Club a toutes les cartes en main pour affirmer sa puissance : un sujet fort, la réunion clandestine de prêtres exfiltrés pour pédophilies et mis à l’écart du monde, une bonne sœur geôlière qui les surveille sous les oripeaux de la prière et de la vie monastique, et l’irruption d’une victime venue demander des comptes.
Dans la lande embrumée d’un Chili fantomatique, tout le manichéisme est rendu caduc par l’attention portée aux personnages : les confessions de la victime comme des bourreaux, l’arrivée d’un représentant de la « nouvelle Eglise » ne permettent pas d’établir la cartographie morale attendue : tous semblent être des êtres détruits, baignant qui plus est dans la rhétorique théologique la plus rance, prête à justifier le pire ou éluder dans les voies impénétrables du Seigneur les béances les plus abjectes de l’humain.
Pablo Larrain fait des choix radicaux et les assume : une photo d’une laideur savamment entretenue, des mines patibulaires, un huis-clos étouffant qui ne s’ouvre sur la communauté que pour noircir encore davantage le tableau… Rien ne nous sera épargné, ni les confessions répétitives des abusés ou des violeurs, ni une curieuse incursion dans le milieu des chiens de course. Le tout, c’est devenu une manie cette année avec Mia Madre de Moretti, sur la musique d’Arvo Pärt…
Si la séquence initiale choque au bon sens du terme, parce qu’elle mêle la violence verbale à un geste décisif radical, elle a aussi le défaut de brouiller les pistes sur la suite du récit. A partir d’elle, tout ne sera que répétitions jusqu’à la nausée, laideur dilatée et noirceur poussive. Larrain ne sait plus sur quel pied danser, et semble instiller l’absurde dans ses échanges, notamment par l’arrivée du nouveau prêtre qui condamne des pratiques dont il reste pourtant complice sans qu’on y comprenne grand-chose.
Le tout s’embourbe assez rapidement, au détriment de l’intérêt du spectateur, et surtout de son empathie, dérivant vers une obscure machination de vengeance aussitôt récupérée par de non moins opaques thématiques de pénitence et d’absolution.
Il ne suffit pas de contaminer l’écriture par la destruction psychologique des personnages pour faire mouche, d’autant que le cinéaste ne rechigne pas à recourir à des ficelles grossières (toute cette histoire de chiens) qu’il tente de noyer dans une posture plus indé, voire littéraire ou théâtrale lors de longs et fastidieux dialogues. L’équilibre ne prend pas, et l’on oscille entre l’ennui et l’irritation, otages de cette entreprise un peu fumeuse, probablement sincère dans ses intentions, mais inefficace et maladroite.