Il était beau. Il avait peur.

Avis sur Elephant Man

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Par un clair-obscur mélancolique et dans un noir et blanc nous épargnant la vision trop crue des abominables difformités de John Merrick, David Lynch nous plonge dans les ruelles poisseuses de l’Angleterre victorienne. Parachuté dans un dédale de traverses sombres et de lampes vacillantes, on trouve rapidement notre chemin, accompagné du Dr. Frederick Treves jusqu’à l'homme-éléphant, attraction lucrative d’un homme qu’il est difficile de condamner, difficile d’excuser.

Avec The Elephant Man, David Lynch a proposé quelque chose d’important. Bien sûr, la charge émotionnelle est indissociable de ce film, la question de la tolérance, le respect des convenances dans une société très quadrillée. Le rapport au divin en filigrane sert surtout de moteur narratif au récit. Lynch extrait magistralement la beauté brute de chaque plan, de chaque interaction entre les personnages en plaçant subtilement sa caméra.

The Elephant Man est un grand film dans ce qu’il propose de réflexion sur notre condition d’homme. On parcourt assez vite le spectre des réactions humaines au travers du film, et des différentes façons qu’ont les hommes de faire face à de telles malformations, ces punitions divines dont ils se félicitent à demi-mot de ne pas souffrir. Car c’est principalement à cela que John Merrick est employé. Il est agité comme un accessoire, tantôt pour divertir, tantôt pour se féliciter de sa propre normalité dans une profonde condescendance. Il est sans cesse jugé en comparaison avec autrui plutôt que pour lui-même, indigne de considération. Pour cette triste raison, sa valeur est masquée, obscurcie. Il l’a lui-même enfoui, ayant absorbé toute la rancœur des hommes et finissant par la légitimer.

La bassesse des hommes aura rarement été aussi bien illustrée que dans The Elephant Man. Sans même porter de jugement, de notre point de vue du XXIème siècle, sur les mœurs et les pratiques de l’Angleterre victorienne, et notamment la prolifération des freak shows, on peut voit avec quelle facilité les hommes rejettent avant de comprendre. Chaque personnage mis en contact avec John Merrick ne peut s’empêcher de juger, allant de la plus profonde aversion à un méprisable soulagement d’avoir échappé à une telle malédiction. Les personnages n’ont, à aucun moment, de rapport neutre ou désintéressé à Merrick.

John Merrick est un homme torturé, rejeté par ses congénères, n’ayant pas la possibilité de s’extraire d’une société qui ne veut pas de lui. Il n’a pas de vraie place, pas d’avenir, pas de passé. Il attend, heurté dans sa fierté, d’être pris en pitié, compris, soigné. Il n’a pas de ressentiment, ni de haine, l’esprit trop brisé pour ressentir quelque chose. Comment en vouloir à l’entièreté de l’humanité ? Il cherche simplement à comprendre, à vivre dans une moindre souffrance et à donner à son souffle de vie la même importance qu’à tous les autres. Ni plus important, ni moins digne de vivre que quiconque, il a simplement vu le vrai visage des hommes. Ce bouillonnement de haine, il l’a senti dans sa chair, il a senti le poids d’un monde entier pressant contre ses épaules déformées tout son mépris.

Pourquoi lui ? Mais pourquoi pas ?
Des questions sans réponse, des espoirs sans écho, et une vie cultivée dans la souffrance et toutes les afflictions dont l’âme humaine peut être en proie.

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