A different kind of beauty

Avis sur Elephant Man

Avatar Clara_Gamegie
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On aime Elephant Man, le deuxième long-métrage de David Lynch, sorti en 1980, car il reste, dans l’imaginaire collectif, le chef d’œuvre humaniste par excellence. Je ne connais pas une seule personne qui n’ait pas été émue par ce film. C’est « le » film qui nous tord, nous émeut, d’une extrême violence, qui réveille quelque chose chez chacun d’entre nous.

Les rares détracteurs d’Elephant Man – dont le célèbre critique Roger Ebert – voient en ce film un parangon de classicisme, un film commercial et un mélodrame débordant de pathos et de sentiments. Évidemment, le film est tout autre. Il devait effectivement être ainsi avant que le projet ne finisse entre les mains de David Lynch, qui réécrit le scénario et ajouta à la mise en scène sa marque surréaliste, propre à son style, indémodable. Le cinéaste nous conte une histoire, à la fois belle et sordide, infiniment triste et infiniment gaie. C’est ce choc des contraires qui fait toute la force du film, car John Merrick connaîtra l’horreur mais aussi le simple bonheur d’avoir des amis et d’être aimé.

John Merrick est habitué à l’horreur. Souffrant d’une difformité sévère, on l’appelle « The Elephant Man ». Il vit en esclave et est exhibé comme phénomène de foire dans les attractions londoniennes. Recueilli par le docteur Treves, il finit par prendre conscience de son humanité et s’accomplit pleinement.

Si pour moi le film est sublime, ce n’est pas grâce à son intrigue, ou parce qu’il fait pleurer, mais parce qu’il redéfinit la beauté entièrement, la montrant telle que la perçoit David Lynch, et telle que je la vois aussi. Le beau n’est plus vu en fonction des critères de beauté de la société victorienne : si l’enveloppe corporelle de John en a été privée, alors il l'atteindra différemment. Quelle est son obsession ? Construire une église. Pas besoin d’être chrétien pour savoir que l’église, dans le film, résonne comme le symbole même de la « beauté » et du sublime. En achevant la construction de cette église, John atteint le « beau » d’une autre façon que par l’apparence et se réalise enfin. Ce symbole, déployé le temps de deux heures et imaginé par David Lynch, est si pur et si noble qu’il fait d’Elephant Man mon film préféré du cinéaste, celui qui m’atteint le plus, car même s’il peut paraître classique, c’est celui qui me fait réfléchir, remettre en cause mon environnement et ma façon justement classique de voir les choses.

Le film a la chance d’être interprété par des comédiens plus brillants les uns que les autres : à commencer par le regretté John Hurt, qui arrivait à cinq heures du matin sur le plateau et ne repartait qu’à vingt-deux heures le soir, son maquillage nécessitant sept à huit heures de travail par jour. A ce stade-là, je ne reconnais même plus l'acteur : peut-être sa voix grave, son talent immense, mais c’est métamorphosé, transcendé qu’il nous délivre une performance inoubliable. Sans oublier Anthony Hopkins, qu'on ne présente plus, et que Jonathan Demme choisira pour Le Silence des Agneaux pour sa prouesse dans Elephant Man, lui qui arrive à donner à ce personnage impassible et à l’origine intéressé, une vraie profondeur, faisant de ce duo une « bromance » et une amitié incroyable. Enfin, John Gielgud, monstre du théâtre anglais au XX ème siècle, ici dans un rôle secondaire et Anne Brancroft, célèbre pour avoir joué dans Le Laureat.

J’aime David Lynch parce qu’il n’a jamais reculé devant les étrangetés. Il n’a pas peur de ce qui sort de l’ordinaire et au contraire, ses films rendent toujours à la bizarrerie ses lettres de noblesse. C’est, honnêtement, le mec qui fait un fuck à tous ceux qui se ressemblent, qui nous pousse à être nous-mêmes, unique et même un peu bizarre. Ici, un homme difforme apparaît plus beau que n’importe quelle personne banale. On s’habitue à son visage et le réalisateur provoque un tel renversement des valeurs que ce sont les gens communs qui sont filmés et perçus comme des monstres.

Enfin, il offrit au film ce somptueux et profond noir et blanc, qui mêlé à la noirceur de la gare dans cette scène d'anthologie, prend des atours de tragédie romanesque. Il inclut ces visions furtives et hantées, surréalistes, révélant l’intériorité du personnage principal, car c'est peut-être avec ce film que David Lynch démontre son génie, là où son énergie créatrice et sa singularité sont canalisées pour au final nous faire comprendre que les monstres ne sont jamais ceux que l'on croit.

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