Des abrutis et des hystériques.

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En regardant, attentivement, ce film on a l'impression que partager l'humanité entre hommes et femmes revient à faire une scission entre abrutis et hystériques. A des degrés divers certes mais on y trouve pas d'exception.
Car finalement le viol n'est qu'un prétexte pour nous faire entrer dans le petit monde d'Elle, Michèle, et nous présenter un catalogue d'êtres socialement occupés mais fondamentalement désœuvrés. Paradoxalement les seuls à surnager, c'est à dire à se rapprocher au plus près de la réalité sont les jeunes, et surtout le jeune couple du fils de Michèle alors que, double paradoxe, il est composé de l'abruti total et de l'hystérique extrême. Ce qui ne nous promet pas un avenir rayonnant à nos sociétés. Force nous est tout de même de constater que Verhoeven, malgré son passé (passif?) hollywoodien ne s'est pas éloigné de ses bases et a parfaitement cerné la situation des jeunes adultes européens complètement paumés et économiquement incapables (au sens juridique).
Pour ce qui des autres commençons par les abrutis.
On va faire évoluer la terminologie et dire « con ». Ce qui sera plus parlant. On a donc le pauv'con, l'ancien mari, le sale con, l'amant, le p'tit con, l'amoureux et évidemment le con dangereux, que tous ceux qui ont vu le film connaissent.
Les hystériques sont par définition plus délicates à cerner.
L'hystérie se manifeste de manière fort diverses mais en gros le panel proposé correspond bien aux thèmes récurrents en la matière : sexe et religion.
Michèle et sa mère tiennent le haut du pavé pour le sexe. A part que sa mère est éminemment saine sur ce point : elle aime les jeunes hommes. S'il existe un réprobation sociale cela part d'un fonctionnement des plus naturels. Michèle qui joue le rôle de la société face à sa mère a évidemment un fonctionnement beaucoup plus complexe et pervers, au sens de la perversion et non de la perversité, bien sur.
Côté religion on a Rebecca (prénom biblique s'il en est) rendue monstrueuse par son impassibilité émotionnelle puisqu'en cherchant bien on peut aussi la qualifier de complice de crime. Son dernier échange avec Michèle est assez clair. Son silence est peut-être à rapprocher de celui de l'Eglise sur la pédophilie.
Anna balance entre les deux, épouse sage et respectueuse de son mari, l'amant de Michèle, elle se la taperait bien aussi. Sa réaction finalement exagérée à la révélation de l'adultère est bien dans le cadre.
Et nous avons la figure tutélaire, tel janus qui reflète les deux faces de l'humanité il y a le père, hystérique et con extrême. Psychopathe pervers, au sens de perversité et non perversion, il a laissé son empreinte en creux sur tout ce petit monde et sa mort n'y changera rien. Sa chair morte ne fera que rendre son silence encore plus assourdissant.
Dans ces conditions reprocher à Paul Verhoeven son manque d'imagination dans la mise en scène et aux acteurs leur manque d'effets tout court serait un mauvais procès. Le filmage à plat est presque une nécessité pour donner à ce film toute sa dimension clinique. Le seul problème est que généralement, quand ils ne sont pas gérés par Georges Clooney, les services hospitaliers n'ont pas grand chose de folichon. Et ce film y ressemble beaucoup, on peut dire que sur ce point il est réussi.
Et il faut bien qu'on ait beaucoup de sympathie pour les acteurs pour les voir dérouler leur partition complexe et un peu laborieuse sans trop d'ennui. Isabelle Huppert en tête, mais c'est pas nouveau, les femmes s'en sortent mieux. Mais il faut dire que l'hystérie a toujours été plus cinégénique que la connerie. Dans ce domaine les hommes sont donc toujours perdants

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