Un Verhoeven éprouvant

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Avatar Jack Mosby
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Elle, présenté au Festival de Cannes, sort dans nos salles auréolé d'un succès critique assez unanime. Et heureusement, ce succès critique ne s'est pas obtenu en édulcorant la formule Verhoeven. Loin de là.

Là où le scénario, adapté d'un livre de Philippe Djian, aurait pu, de par sa prémisse, s'orienter facilement vers une histoire de rape and revenge, Verhoeven, comme à son habitude, s'amuse à troubler les apparences et à jouer sur les faux semblants. Il crée en cela un film dont le véritable thème est le déni, dans lequel tous les personnages se trouvent, et ce n'est que quand ils s'extirperont de celui-ci que l'on pourra -légèrement- apercevoir leur véritable visage, qu'il soit meilleur ou pire que l'image qu'ils renvoient. Pour mettre en scène ce déni et les mensonges qui l'accompagnent, Verhoeven opte pour une caméra et un montage sachant se faire discrets, comme si le spectateur n'était qu'un voyeur de cette histoire malsaine: les idées de mise en scène ne sont jamais appuyées, simplement suggérées afin que nous puissions, en quelque sorte, composer nos propres plans.

Bien entendu, dans un film à tel point complexe, il fallait des acteurs de talent. Si j'ai des réserves sur certains (la mère de Michelle), ainsi que de manière plus globale sur certains échanges manquant de naturel car trop rapides, il faut avouer que la plupart sont excellents. Avec bien sûr en tête Isabelle Huppert, magistrale en femme troublée, quasiment sociopathe. On sent toutes les émotions refoulées de son personnage, toujours sur le fil, comme si en chaque instant elle allait exploser. Tous les personnages sont de fait construits sur ce modèle, des clichés que le réalisateur s'amuse à faire dévier. Le but n'est pas de savoir qui est l'agresseur de Michelle, ça se devine en fait très facilement, le film préfère de fait se concentrer sur le personnage interprété par Isabelle Huppert, l'utilisant sans cesse pour nous surprendre et amener de la tension. La preuve en est que j'ai présentement beaucoup de mal à vous parler du film sans vous en dévoiler les tenants et aboutissants.

Elle est ce genre de film qui trouble, qui reste en tête longtemps après la séance. Je n'avais pas été aussi mal à l'aise en sortant d'une salle de cinéma depuis que j'avais vu Gone Girl, qui a d'ailleurs beaucoup de points communs avec ce nouveau film du réalisateur de Starship Troopers. Si tout n'est pas parfait, le traitement des jeux vidéos en tête avec notamment leurs cinématiques dignes d'une PS2, j'ai apprécié chacun des éléments du film. Mais est-ce que cela veut-dire que j'ai aimé celui-ci ? Oui, et pourtant on ne peut parler d'une expérience agréable: beaucoup de stress, de tension, de questionnements, qui se poursuivent encore maintenant, des heures après que la séance ne soit terminée... Sans doute le propre d'un grand film.

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