Kiss Me, Stupid

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Pour Billy Wilder, Kiss Me, Stupid est surtout l'occasion de rentrer dans le lard du Code Hays et plus généralement de la bonne conscience américano-républicaine, puisque le film raconte un ménage à quatre qui ne dit pas son nom et sans qu'on s'en émeuve plus que ça. L'intrigue repose donc sur un carré de personnages, tous de milieux différents, qui suite à une panne de voiture vont se retrouver dans un lit qui n'est pas le leur. Jeu de séduction, de pression et de quiproquos, comme si Baby Doll avait été réécrit par un auteur de boulevard un peu vachard. Un cynisme, à la fois indéniable atout du film et en même temps sa limite. On ne peut qu'applaudir les audaces, la crudité de certaines situations (aux limites du trivial), rire devant une palanquée de situations et admirer le tranchant de la mise en scène. Kiss Me, Stupid est une réussite d'accord, mais la violence du portrait et la volonté de ne jamais s'adonner au sentimentalisme jouent aussi contre le réalisateur. La mélancolie de The Appartement est bien loin, puisque ici, personne (ou presque) n'est à sauver. Le personnage de Kim Novak mise à part, tout ce beau monde a les dents qui raient le parquet et se bercent d'illusions au point où il est compliqué pour le spectateur de s'attacher à l'un d'eux. Le mari est un obsessionnel bon à enfermer, Dino est un playboy absolument dégueulasse et sexuellement malade, la femme apparait comme un modèle de vertu avant de retourner sa veste à quelques minutes de la fin tout en calmant sa mauvaise conscience par une hypocrisie démente tandis que le bon copain n'est qu'un artiste frustré qui ne rêve que de gagner de l'oseille (voir de s'accoquiner avec la jeune génération féminine comme le suggère son dernier plan). Wilder a la main lourde sur ses personnages mais baisse la garde le temps d'un travelling, recadrant Kim Novak émue devant une chanson au piano et révélant une humanité en berne jusqu'ici. C'est le coup classique de la pute au grand cœur (remember Irma la Douce), le personnage fait du bien dans un environnement peu aimable. D'un coté, Kiss Me, Stupid est l'un des films les plus cinglants de son auteur (donc un des plus jouissifs) mais aussi un des moins émouvant, un des plus méchant. Vif, excellent mais agressif, Wilder en tira les leçons ensuite avec le sous-estimé mais touchant The Fortune Cookie.

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