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Avis sur English Revolution

Avatar SanFelice
Critique publiée par le

Pffff...
Bon, je crois que je vais me lancer. J'sais pas pourquoi, mais j'le sens pas, ce film. J'ai vu la Bande Annonce et la seule chose que j'ai comprise, c'est que c'est en noir et blanc et qu'il y a un mec qui creuse.
Et aussi, que ça promet d'être vraiment bizarre.
Oh ! et pis, y a les notes. De 7 à 1 ! Et le statut d'Amory, aussi.
J'sais pas trop si j'ai envie de l'voir. Mais il faut l'voir, alors... courage !
Petite checklist : j'ai mon bloc-notes, de quoi boire et manger, le fichier est là.
VLC.
C'est parti.

0:01 : ça y est, il filme des arbres. Mon Dieu ! pourvu que ce ne soit pas du Malick !
0:05 : mais y a combien de personnages, là ? Parce qu'ils se ressemblent tous : mêmes cheveux longs, même barbe, et le noir et blanc rend les costumes identiques. ça ne va pas faciliter les choses.
0:07 : ils passent leur temps à se sauter à la gorge mutuellement sans même savoir qui ils sont. Allégorie de la guerre et de son absurdité ?
0:08 : ah ! Ils sont quatre ! Ils marchent dans un pré, parlent entre eux et cherchent une taverne. Ils échappent à la guerre et ses massacres, surtout.
0:10 : la caméra bouge dans tous les sens pendant qu'ils marchent. Je sens que je vais être malade...
0:12 : musique inquiétante tendance Ligety, ça pose une ambiance : on sent qu'on va pas s'amuser, dans ce film.
0:16 : "tandis qu'on vit dans la peur de l'enfer, nous l'avons" : voilà une bien belle phrase.
0:22 : celui qui parle de son maître me fait penser à Jacques le fataliste, de Diderot. Les personnages avancent, ils causent, il y a un mélange des genres qui vont du métaphysique au scatologique, et visiblement un cinéaste qui cherche à ne pas suivre les règles traditionnelles du cinéma. Les personnages sont autant capables de parler de la place de l'homme dans l'univers, du rôle de Dieu dans nos vies, que d'éructer des cris pendant qu'ils défèquent.Diderot, Tristram Shandy, Shakespeare... Du baroque ?
0:25 : se pourrait-il que le champ soit allégorique ? Le monde ? La vie terrestre ? Quelque chose de ce calibre ? Et les quatre personnages seraient des représentants du genre humain dans son ensemble ? A creuser...
0:35 : le cinéaste joue sur les différents plans de son image. Une action en premier plan pendant qu'il s'en déroule une autre, simultanément, à l'arrière-plan. Réalisation très travaillée, malgré les apparences foutraques.
0:38 : un nouveau personnage, O'Neil. Faut-il, là aussi, y voir une référence littéraire ? O'Neil était un écrivain très religieux, et il semble que la religion soit très importante dans le film.
Le personnage d'O'Neil serait-il le diable ? Il veut changer quelqu'un en grenouille, il prétend avoir invoqué les quatre personnages dans un pré, il a l'air d'avoir des pouvoirs (ou il croit en avoir, et les autres le croient aussi, ce qui revient au même : ils le craignent).
0:43 : O'Neil tient Whitehead en laisse. Bonne vieille interprétation chrétienne : le diable retient les hommes prisonniers de leurs passions (colère ? soif de l'or ? ignorance ?). Whitehead se comporte comme un animal, un cochon qui partirait à la recherche d'une truffe. Animalisation. C'est là, le pouvoir maléfique de O'Neil ?
0:47 : Whitehead crache des cailloux sur lesquels sont inscrits des runes. Bizarre, ça me fait penser à un passage de la Bible. A re-vérifier.
1:01 : un plan à l'envers (le sol est en haut de l'écran et le ciel en bas). Je n'ai jamais compris l'utilité de ce type de plan. Cependant, ici, avec la musique bien angoissante et l'ambiance énigmatique, ça semble à sa place.
1:08 : là, c'est carrément psychédélique. Montage stroboscopique, surimpression d'images et tout le bordel. ça fait horriblement mal à la tête mais ça colle bien à l'ambiance, une fois de plus. C'est comme une petite apocalypse qui s'abat sur le film (et sur le spectateur, d'ailleurs).
1:17 : oui, c'est l'Apocalypse, puisque les morts sortent du tombeau. Et c'est le combat final contre le Diable. ça se tient vachement bien, finalement. ça a l'air de partir dans tous les sens, mais il y a une sacrée unité derrière tout ça.
1:24 : et j'aime beaucoup la bande originale.

Fffiiiiou ! Eh bé !
Va falloir mettre en forme toutes ces notes. Et tenter de donner une unité à tout ça.
En tout cas, c'est bien meilleur que ce que j'avais cru. Il faut, bien entendu, accepter l'idée d'être dérangé dans ses habitudes de spectateur, mais c'est un film énigmatique, jouant à fond sur les mystères et les symboles d'origine religieuse. L'ambiance est apocalyptique, le rythme est bon et la mise en scène, malgré des bizarreries parfaitement dispensables à certains moments, est très raccord avec ce qui est raconté. ça confère une unité à l'ensemble.
Quelle note je pourrais lui donner ? Je n'ai pas décroché un instant et c'est assez original pour est décontenancé à chaque séquence.
Par contre, je n'arrive pas à savoir s'il faut le prendre au sérieux ou le considérer comme un grand foutage de gueule. Mais, l'un dans l'autre, ça nous ramène à la même chose : c'est original et plutôt bien foutu. Un petit 7 ? Un bon 7 ? Un petit 8 ?
J'ai vraiment bien aimé le côté baroque fin XVIè siècle : à la fois sanglant et lyrique, philosophique, religieux et scatologique, on y parle aussi bien de Dieu que de la chaude-pisse, c'est plein de vie et dénué du moindre souci de réalisme.
Et puis j'ai beaucoup aimé la dernière demi-heure, son mélange de lyrisme et de fin du monde.
Recommandation ? Non. Je ne sais pas s'il y a qui qui ce soit, dans mon entourage, à qui je pourrais recommander ce film. Donc, pas de cœur.
Et maintenant, il me faut écrire la critique pour guyness. ça va pas être drôle, ça, encore.
Pffff...

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