Opération #oscarforsly - Ce que personne n'a vu dans The Expendables

Avis sur Expendables : Unité spéciale

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D'ici le 18 août, vous lirez certainement partout que The Expendables est un actionner bourrin décérébré, une série B comme on en fait plus, un chant du cygne pour toute une génération.
C'est vrai (sauf peut-être pour le chant du cygne parce que Sly voudrait en faire une franchise), mais c'est aussi beaucoup plus que ça.

Pour bien saisir toute la dimension métaphorique de The Expendables, il faut déjà capter la première et la dernière scène du film.
Au début, lors d'une brève séquence sans rapport avec ce qui va se passer ensuite (l'abordage d'un bateau dans le Golfe d'Aden), Sly et ses potes entrent dans un garage où on les retrouvera en train de se marrer deux heures plus tard avant de reprendre leurs motos et de baisser le rideau de fer, comme s'ils venaient de s'enfermer dans le garage paternel pour y mettre en boîte un délire entre potes avec les moyens du bord.
The Expendables est en fait un garage movie et quand on a compris ça, tous ses défauts passent beaucoup mieux, un peu comme lorsqu'on regarde avec nostalgie les courts métrages qu'on tournait enfants avec nos GI Joe.

Parce que des défauts, The Expendables en a : dialogues stupides, plans à la con, avalanche de clichés et scènes de karaté relativement illisibles (on sent que Stallone ne maîtrise pas l'exercice).
Seulement voilà, le film est généreux et ne se prend absolument pas au sérieux, contrairement à la plupart de ses contemporains du genre (« Ultimate Game » et « Shooter tireur d'élite », si vous nous regardez). Du coup, difficile de ne pas être enthousiaste et emballé par ce pur actionner des 80's remis au goût du jour et parfaitement conscient de ses défauts.

Mais comme je le disais plus haut, The Expendables c'est bien plus que ça.
Pendant longtemps, Sylvester Stallone, icône du film d'action par excellence, a été enfermé dans certains de ses personnages les plus cultes. Mais avec les derniers volets de Rocky et Rambo, Sly s'est réapproprié lesdits personnages pour parler de lui et de sa carrière. Une vraie catharsis en somme !

Et guess what? Il fait la même chose dans The Expendables mais avec une générosité décuplée puisque c'est aux stars du genre qui l'a rendu célèbre qu'il rend hommage.
Même si ça semble moins être le cas aujourd'hui, les stars du cinéma d'action sont souvent prisonnière du genre. Stallone le sait mieux que personne, c'est pourquoi il profite de son nouveau statut et de sa respectabilité nouvellement acquise pour faire de ce parangon du film d'action 80's une bobine sur les action stars.

Si on ne se cogne pas 10mn d'intro par personnage comme c'est le cas dans la plupart des films chorales, ce n'est ni un hasard ni parce que Sly est une feignasse mais tout simplement parce que ces persos, on les connaît tous pour les avoir vu mille fois ailleurs.

Encore plus balèze, dans The Expendables, chaque personnage est une métaphore de la carrière de l'acteur qui l'interprète.
Trois exemples, parce que j'ai pas que ça à foutre que de vous détailler tout le cast.
- Dolph Lundgren [attention spoiler] : dans le film comme à Hollywood, il a commencé très fort avant de péter un câble et de faire n'importe quoi. Laissé pour mort par l'industrie du ciné et par Stallone dans le film, il ressuscite à la fin du métrage, comme sa carrière, sortie du coma par The Expendables.
- Eric Roberts : au cours d'une scène avec le dictateur mégalo du film, il explique en substance qu'il faut parfois savoir se débarrasser de sa famille pour avancer. Savoureux pour qui sait que Rico a fait toute sa carrière dans l'ombre de sa sœur Julia, avec qu'il a d'ailleurs longtemps été en bisbille.
- Jet Li : trois choses caractérisent Jet Li dans le film : le karaté, sa petite taille et son besoin de plus d'argent. Belle métaphore sur les acteurs asiatiques pas vraiment respectés à Hollywood (cf la blague sur la taille) et prêts à se compromettre dans des bouses innommables pour un peu de cash (Jackie Chan, si tu nous regarde...)

Le fait que bon nombre de dialogues semblent tomber comme un cheveux sur la soupe quand on voit le film au premier degré (exple à propos de Schwarzy : « - c'est quoi son problème ? – il veut devenir président ») accrédite sans problème l'idée que tout ça est voulu par Sly.

Mais si vous êtes des relous et que vous ne voyez rien de ça dans le film, tant pis. Il y a largement de quoi passer un bon moment : c'est fun, violent, décomplexé, drôle et pas chiant. Un must-see.

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