S’il y a bien une chose dont je suis sûr, c’est que les frères Coen savent faire des films: 16 films pour une moyenne sur SC de 7,03 ; CQFD. Leur principal point fort est un excellent humour, ne se résumant pas à des clichés ou se situant sous la ceinture, tant au niveau des dialogues que des situations. Fargo n’échappe pas à la règle. Imaginez un looser invétéré du Minnesota, marié à la fille de son patron plein aux as, qui décide d’organiser l’enlèvement de sa femme, Jean, pour faire cracher un million de dollars à beau-papa. Le spectateur est sûr, dès les premiers instants, que ce plan rocambolesque ne fonctionnera pas. On est sûr rien qu’en voyant la tête du looser en question, Jerry, incarné à la perfection par William H. Macy, et surtout les truands chargés de l’enlèvement, Carl et Gaear, un duo aux caractères diamétralement opposés. D’un côté Carl, petite frappe sans envergure, brouillon et du genre malchanceux, interprété par Steve Buscemi qui est un habitué des frères Coen. De l’autre côté Gaear, d’après moi le personnage le plus charismatique du film, qui est plus proche du psychopathe que du malfrat. Peter Stormare est vraiment génial dans ce rôle de débile complètement instable et très dangereux. Tout ce petit monde est traqué par l’actrice Frances McDormand, certes légèrement pistonnée en ce qui concerne les films de son mari Joel Coen, mais très convaincante dans son rôle de Marge, flic enceinte jusqu’au cou, tenace et très compétente. McDormand obtint d’ailleurs l’Oscar de la meilleure actrice, Oscar amplement mérité.


Comme pour chaque réalisation des frères Coen, les personnages de Fargo sont très travaillés avec des caractères bien distincts et sont les piliers de l’histoire. Le paysage hivernal du film est vraiment rafraichissant et toutes ces doudounes et chapkas donnent aux acteurs une allure comique. Le film est un polar glauque où les cadavres s’empilent inexorablement, mais le talent des réalisateurs brouille les codes du genre. Du grand art!


Une scène m’a fait pisser de rire. Celle-ci mérite presque, à elle seule, ma note. Je parle du moment où Carl et Gaear arrivent au domicile de Jerry et Jean. Jean tricote, confortablement assise, dans son salon quand elle voit, à travers la baie vitrée, arriver Carl cagoulé. Les vitres étant teintées, Carl ne la voit pas, essaye de regarder à l’intérieur, sort un pied de biche et explose la vitre sous le regard ahuri de Jean. S’ensuit une course poursuite dans la maison, beaucoup de cris, et pour finir une Jane saucissonnée dans son rideau de douche (https://www.youtube.com/watch?v=bYj-JDIiuSI).


Fargo est la ville dans le Dakota du Nord où Jerry rencontre Carl et Gaear pour organiser l’enlèvement. La ville a donc une sorte de petit rôle dans le film où la plupart des scènes se passent dans le Minnesota à Minneapolis ou aux alentours de Brainerd. Interrogé sur le choix du titre, les deux frangins choisirent Fargo car le nom sonnait mieux que Brainerd. Comme quoi le titre d’un film tient parfois à peu de chose.


De l’humour, un soupçon de violence, un casting de premier choix, une histoire originale et très bien réalisée, voici les ingrédients pour faire un très bon film que l’on retrouve dans Fargo.

Créée

le 11 mai 2015

Critique lue 1.6K fois

Vincent-Ruozzi

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