Le (réas)sort des Furieux

Avis sur Fast & Furious 8

Avatar RaZom
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Beaucoup évoque (à raison) les fameux plaisirs coupables et par extension (in)avouable. Plus ou moins défendable, ces films constituent des expériences. Pourtant, l’expérience cinématographique tient autant à ce qui se passe à l’écran et autour. Fast & Furious entre définitivement dans cette catégorie. Eloignons d’emblée le débat sur le caractère beauf ou pas de la franchise. Pleinement assumé, pas forcément dans le prosélytisme aveugle, mon affinité avec Fast & Furious est avéré. N’allant jamais seul au cinéma, Fast & Furious demeurait le film le plus dur à vendre pour ma moitié. Oui mais Jason Statham incarnait l’argument massue (oui pour ma moitié, quel que soit le synopsis, un film avec Jason Statham doit être vu). Dès lors, avant même le visionnage des BA puis l’extinction des feux, un rituel s’impose pour moi : en l’occurrence, observer la population remplissant la salle. Non pas par mesquinerie et encore moins par élitisme. Juste curieux de voir ces shakers de protéine côtoyer pop-corn, ces sosies bodybuildés de Vin Diesel et autres fans de bolides à côté de spectateurs guindés mais fan de bagnoles.

Membre (plus ou moins) assidu de SensCritique depuis deux ans maintenant, l’odeur entourant cette franchise sur ce site me parait un tantinet injuste. A y regarder de plus près, il y a donc Universal. Soit un studio qui a réuni les ingrédients du bon film du début des années 2000 : des voitures, de la testostérone, du soft-porn (voguant entre très mauvais goût et objectivation), de la bande-son R’n’B/rap/hip-hop, de l’action, des courses. Clivant, caricatural voire "inconscient" (où comment glorifier les rodéos de nuit et faire l’apologie de la vitesse)…mais, il y a les exhausteurs de "goût" : n'ayant aucune affinité avec l’automobile, le sentiment d’appartenance à un crew, les variations autour de l’infiltration, l’association de personnages que tout oppose ont beaucoup joué pour suivre les pérégrinations de Toretto & cie. [Notons au passage, l’influence d’une série comme Fastlane, sa bande-son badass & son esthétique assumée.]

Cette affinité n’a donc même pas été mis à mal par la prétendue vacuité de l’épisode se déroulant à Tokyo. Et ne s’est pas pour autant envolée après le 6ème épisode. Fidélité donc mais avec recul nécessaire pour "relativiser" le pourquoi j’irai voir le prochain.

La construction de chaque suite épouse pourtant la même rythmique et distille les mêmes doses d’humour, WTF et n’importe quoi. Des courses, des trahisons, l’évocation du "code" de la troupe, LE plan impossible à exécuter, les punchlines…La saga Fast & Furious augure de l’avènement des Marvel et autres DC : on sait pourquoi on vient, nul n’est censé ignorer pourquoi il a posé son postérieur sur ce siège et personne ne conteste aucunement l’absence de cohérences de certaines situations. Le "contrat" respecté, cette communauté (spectateurs + casting) tremble une énième fois face à la mise en péril de la Famille, se surprend à tourne-virer à droite au moment d’un virage serré, voire à pleurer à la fin de Fast & Furious 7. Sans distinction de tes passages à la salle de muscu, de savoir si tu préfères Toretto à Brian, cette "scène" justifie à elle-seule mon abonnement au cinéma : malgré une métaphore assez criante (voire lourde) autour du duo, une musique lacrymale, il y avait dans cette salle ce soir-là une communion notable. Et qu’importe si auparavant les ¾ de la salle avaient lu que le frère de Paul Walker avait été engagé comme doublure, que des scènes ont été retravaillées…

Au même titre que les sportifs de haut niveau, Fast & Furious sait répéter les prestations de haut vol. Il ne s’agit pas de fermer les yeux sur la faiblesse d’un domaine par rapport à un autre. La franchise joue même de ce côté démesuré voire over the top. Oui les personnages pourraient être résumés en un seul mot (le chef, le geek, le frimeur). Oui, ce côté tribal vire à la bande organisée. Et oui, pour la énième fois, la salle ne devrait pas s’esclaffer de surprise et/ou de joie à la moindre explosion. Néanmoins, au terme de chaque épisode (et après avoir emprunté à Marvel la scène post-credit qui annonce le prochain), on en reveut.

Etonnant donc de constater cette réhabilitation depuis le 5ème- 6ème épisode. Cette révision est quelque peu opportuniste. Avec une grosse communauté de fan et des succès au box-office, et après avoir été synonyme de beauf, divertissement pour teenager, voilà que la franchise devient la meilleure publicité pour toutes les marques automobiles, summum du cool. Et si les délocalisations étaient dénoncées comme des motifs pour tourner des suites, voilà que l’internationalisation de la franchise devient aujourd’hui son atout, presque un appel du pied pour toi pays qui ne veut pas investir dans une publicité pour ton office du Tourisme.

Bien avant la disparition de Paul Walker, le principal écueil autour de la franchise résidait autour de son casting. Certes il y avait ce chef (Toretto), son second (Letty) et le membre adopté (Brian). Si dans un premier temps, on note cette facilité à adjoindre des membres d’appoint débiteur de vannes (ex : Tyrese), l’épaisseur prise par ces personnages permet d’atténuer les traits quelques peu grossiers des protagonistes. Fast & Furious 8 ne déroge pas à la règle en multipliant les apartés humoristiques, l’insouciance de ces personnages et la défense de la sacro-sainte famille.

Conscient de ses limites et de la cible visée, Fast & Furious 8 déroule ses acquis : un méchant tête d’affiche, une intrigue ne pouvant se contenter d’une unité de lieu, des carcasses de tôle, des explosions, des collisions, un esprit d’équipe éprouvé. Assumé l’association entre les méchants et les gentils, assumé le retour du personnage de l’épisode 5 dont tu ne te rappelles pas franchement (mais tu fais ouaahhh quand même), assumé ces scènes où Vin Diesel s’énerve pour mieux réciter par la suite le bénédicité. Libre ensuite d’apprécier la vacuité ou pas de ces ressorts.

A ce titre, la prolongation de la franchise jusqu’à un épisode 10 (en plus d’un spin-off avec Dwayne Johnson et Jason Statham) par Universal tient du miracle : pas forcément destiné à être décliné en suite, voué à des sorties en DVD avant d’être consacré comme franchise la plus lucrative pour le studio, Fast & Furious reflète quelque peu la versatilité de l’industrie cinématographique. Aussi de tricard à étendard, la ligne n’est pas si continue au moment d’évaluer un film.

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