festin psychologique

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Avatar Madeline Masse
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Dès les premières images du film, on remarque une chose, la qualité de l’image, nous avons l’impression de voir le film à travers un caméscope qui sert à filmer des souvenirs de famille, pour ne pas oublier, c’est également filmé en caméra épaule ce qui intensifie ce sentiment. Également il ne semble pas y avoir de lumière artificielle, tout est filmé avec la lumière du soleil de la bougie ou de la lune, au risque de nous rendre presque aveugle lors des scènes de nuit, mais la puissance des dialogues lors de ces scènes nous laisse voir ce qu’il nous semble sombre. Cette caméra nous plonge dans cette famille qui au départ semble parfaite, mais qui au final déborde de secrets. Nous avons l’impression d’avoir retrouvé des vieilles cassettes que les protagonistes avaient espérées introuvables. Les thématiques principales qui nous apparaissent dès le début du film sont le secret, le silence et le non-dit ainsi que l’opinion publique. C’est ainsi que la caméra qui est au plus près de protagonistes insiste sur les regards, les choses cachées, les paroles dissimulés et les gestes discrets. Aussi bien une main mal placée d’une serveuse, les incompréhensions et étonnements des spectateurs. Le personnage qui va pimenter ce repas c’est Christian, ayant préparé un discours révélateur, il semble perturbé et mal à l’aise avant son annonce. Il y a une mise en tension avant ce retournement de situation, ce qui rend le spectateur impatient de découvrir ce qui va se passer, le scénario crée des soupçons sur plein de personnages. Comme je l’ai dit il y a les regards, les gestes, montrés et effectués de manière brève, mais aussi un jeu sur le sons qui nous habitue à ce bruit assourdissant, on ne peut pas comprendre les discussions de certains à cause des bruits de cuisines, ou des autres discussions ce qui nous met encore plus dans l’attente de découvrir quand sera le prochain moment de silence et pourquoi ?
L’enjeu principal du film est la revanche d’un garçon ravagé par les actes de son père, qui par des attouchements répétés sur deux de ses enfants, Christian et sa soeur Linda, en conduira un vers le mal-être et presque la folie et l’autre vers le suicide. Christian se venge en révélant ces actes au-devant de tous les invités présents à cet anniversaire, il révèle également que l’acte fut accepté par le silence de sa mère qui semble tout le long de l’intrigue attachée aux apparences et à l’opinion publique des personnes qui l’entourent. Il y a aussi le grand de Christian, Michael, fort de caractère et au bord de la folie manipulatrice avec sa femme, qui est un élément important dans l’intrigue. Nous avons également la soeur Helene, qui est un peu l’électron libre de cette famille, travaillant dans l’écologie et invitant son compagnon dont la couleur de peau semblera déranger beaucoup.
Au-delà de ces personnages que je viens d’évoquer, Thomas Vinterberg développe le thème du groupe, de l’opinion publique, ils sont comme nous spectateurs de la scène, quasiment impuissants. Ils veulent partir mais les gens de la cuisine volent toutes les clés de voitures. Ce sont d’ailleurs ces personnes de la cuisine qui sont à l’aide de la révolution de Christian. Il y a une totale mise en scène, nous avons l’impression d’être face à une pièce de théâtre, grâce à cette chronologie où il n’y a quasiment pas d’ellipses et ce huis clos.

J’ai été bouleversée par ce film, j’y suis allée sans vraiment savoir à quoi m’attendre et sans même avoir lu le pitch. Tout d’abord le visuel m’a marqué, j’avais un peu peur au début que ça fasse un peu trop téléréalité mais au fil du film on comprend l’intention du réalisateur qui était de nous immiscer dans ce drame familial à travers cette sorte de vidéo souvenir. Ce qui m’a semblé le plus dérangeant en visionnant ce film ce que l’on voit des gens se déchirer les uns et les autres, mais ils veulent aller jusqu’au bout du repas, on ne sait pas quand est-ce que cela va se terminer. Le film est doté également d’humour noir, j’avais presque honte de rigoler à certaines situations des personnages. J’aime ce genre de film où le réalisateur joue totalement avec les émotions de son public, il nous fait passer à travers de nombreux sentiments, la haine, la peur pour le destin de certains personnages, mais aussi nous fait rire pour en quelque sorte nous détendre avant le massacre psychologique qui suit. Ce qui est aussi extrêmement intéressent dans le film c’est qu’il y a les deux sortes de violences, physiques ainsi que psychologiques, ici c’est la psychologique qui nous touche le plus et nous donne un coup, les mots employés, les regards…

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