Ou comment verser une larme devant un film en stop-motion.

Avis sur Frankenweenie

Avatar Gand-Alf
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En 1984 (l'année de ma naissance, yeehaa !), alors qu'il bossait vaguement chez Disney, Tim Burton réalisait "Frankenweenie", sympathique court-métrage gentiment irrévérencieux et délicieusement morbide. La firme de Mickey sacrifia la sortie du bouzin, ne sachant pas quoi faire d'un truc pareil. Près de trente ans plus tard (la vache, déjà !), Burton peut tout se permettre, y compris chez Disney depuis l'immense succès de son laborieux "Alice au pays des merveilles". Si l'on excepte la 3D de rigueur, Burton n'aura pas brossé Mickey dans le sens du poil, imposant une stop-motion en lieux et place des sempiternelles images de synthèse, un noir et blanc expressioniste à la place des couleurs criardes et un sujet glauque, loin de la frénésie de gags habituelle.

En pleine possession de ses moyens et enfin concerné par ce qu'il raconte, l'ami Tim nous offre une sorte de concentré de son cinéma d'antan (celui qu'on aime), remplis à ras-bord de clin d'oeil et de références à son cinéma et à celui qu'il affectionne (les Universal Monsters et la Hammer bien sûr mais aussi "Gremlins", "Gamera" ou encore "Ghoulies"), donnant au fan ce qu'il désire, c'est à dire du Burton bien gothique avec son lot de créatures étranges, sa banlieue bien proprette, ses gosses au tein blafard et j'en passe.

Un exercice de style qui aurait pu être laborieux et vain si Burton ne parvenait pas, à l'inverse de "Noces funèbres" bien ternes, à apporter un humour efficace et surtout, une émotion sincère et palpable à chaque instant. Car au final, cette nouvelle version de "Frankenweenie" se rapproche d'avantage du sublime "Vincent" que du court-métrage original, Burton continuant ce qu'il avait commencé avec sa première oeuvre, une sorte de mise en abyme de son enfance et son petit univers personnel, celui d'un gamin un peu à part refusant de se plier aux dictats imposés par une société lisse et conservatrice, préférant créer de toute pièce un monde bien à lui (son film s'ouvre d'ailleurs sur un bel hommage aux films faits à la maison), où le seul compromis qu'il fera sera synonyme de souvenirs malheureux (ici la perte d'un être cher).

"Frankenweenie" est ainsi profondément émouvant, capable de vous laisser au bord des larmes, convoquant en nous le souvenir de compagnons de tous poils qui nous ont accompagné à un moment de notre existence et que nous avons infiniment aimé, dont l'absence, récente ou non, peut encore être douloureuse. D'une beauté graphique indéniable, techniquement impeccable (l'animation de Sparky est un vrai tour de force), "Frankenweenie" n'est pas forçément une résurrection de la part de Burton mais plutôt un magnifique sursaut dans une filmo désormais bien balisée (à l'image de son baroque "Sweeney Todd"), oeuvre-somme drôle et touchante, presque cathartique, qui malgré ses défauts (ventre mou à mi-parcours, caractérisation des personnages un peu facile) offre un divertissement familial de haute volée (on évitera quand même d'emmener les moins de six ans), s'achevant sur un climax absolument jouissif en forme de vibrant hommage aux monster movies. On sort de "Frankenweenie" le coeur un peu lourd mais avec une seule idée en tête, dire à nos proches qu'on les aime.

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