Un cahier des charges rempli

Avis sur Funan

Avatar Nicolas Otter
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Funan parle d’un sujet dur, d’un sujet puissant, émouvant, posant question sur la bonté même de l’humanité. Bref autant le dire direct Funan va nous parler d’une histoire touchante, basée sur des faits réels, ou l’enjeu sera la survie de personnage injustement frappé par la contingence, frappé par un régime brutal, par des individus sans vergognes exploitant les faibles, alors même que l’idéologie qu’ils sont supposés défendre promeut la défense de ces mêmes individus. Comment dès lors ne pas aimer ce film, comment dès lors ne pas qualifier ce film de chef d’œuvre, de pépite (Funan 7.1 pépite !!!) ? Quelles monstres serions-nous si nous n’aimions pas ce film dur, puissant mais traitant néanmoins d’un sujet aussi indispensable que complexe ?

Je suis sûr que c’est ce que la majorité des gens qui ont été voir ce film se sont posé comme questions à la fin de la très (trop) longue séance qu’ils ont eu à subir. Le pire est que je peux totalement les comprendre, car l’Histoire en tant que tel est touchante, mais si je suis convaincu qu’une histoire touchante est une des composantes principales d’un récit touchant, cela ne suffira néanmoins pas à me faire qualifier ce film de chef d’œuvre. Simplement car cette histoire aussi touchante soit elle est juste mal racontée, mal montée et surtout, pire que tout, mal doublée (le doublage français est en piteux état, mais ce film est définitivement un des cas les plus exemplatif).

Tout d’abord, ce film est mal monté. Alors au début ça ne se voit pas, mais à la fin (voir vers le milieu) on remarque le montage bien pourri à chaque cut maladroits (en résumé, à chaque cut). Bref plantage rapide de décors, déroulement de l’action, scène de clôture grandiloquente censé exprimé l’egotrip de l’aut… Enfin la douleur ressenti par les vitr… euh… les personnages, le tout suivi d’un écran noir (et vers la fin t’as juste comme espoir de voir ce putain de générique surgir de cet écran noir). Bref, le réal a vite fait lu un livre de théâtre et à cru que c’était comme ça qu’on faisait du cinéma. Parce que le théâtre c’est beau, c’est la grande noblesse, et puis forcément si tu respectes les 3 unités à chaque scénette, t’es forcément un vrai, un dramaturge, bref un intellectuel engagé. Ben en fait non, dans ce cas précis, t’es juste mauvais ! Qui plus est vu que t’es un intellectuel engagé et que ton public est forcément composé de gens médiocres, un peu concon, ben tu fais pleurer les violons et les pianos au besoin, ça leur indiquera quand ils devront être émus (une partie de moi n’a vraiment pas envie de soutenir cette hypothèse,....). Combien de fois les vi… personnages racontent juste ce qu’il se passe, alors que le réalisateur aurait pu directement nous montrer ce qui se passe. Show don’t tell bordel!

Ben justement parlons des personnages. Pour résumer mon point de vue, ces derniers sont parfaitement transparents. Peut-être est-ce voulu pour renforcer l’universalité du propos, mais le résultat est là ! Des personnages aussi inexistants qu’éculés, ce qui rends l’ensemble de l’histoire peu prenante. Qui plus est, ce film serait parfaitement transposable dans n’importe quel régime totalitaire enfermant une partie de sa population dans des camps absolument affreux. C’est vraiment dommage, car je pense réellement que les intentions de Denis Do étaient de raconter une partie de l’histoire du Cambodge, une partie de sa propre histoire. Je suis désolé, mais c’est vraiment passe partout. Les personnages sont quasi interchangeables et n’ont aucune personnalité propre. J’ai eu beaucoup de mal à savoir qui était qui, tant la présentation et les spécificités de chaque personnage étaient au final minime. Les seules choses qui viendront les différencier sont certaines lignes de dialogues. Car oui, ces derniers ont aussi des lignes qui se veulent puissante mais qui, en vrai, sonne creux. Je vais vite donner un exemple, quand la mère, dit un truc du style « je ne veux pas ta pitié », J’ai déjà vu ce genre de scènes présenté de cette exacte manière, 10 fois aux bas mots.

Idem quand cette même dame se dévêtit pour sauver l’ancienne Khmer rouge.

Ça sonne creux car à chaque scénette il y a ce genre de punchline qui aurait peut-être son effet dans un théâtre mais qui ici, à force, finisse par exaspérer. Allez un dernier pour la route,

quand la mère retrouve son fils, je n’ai ressenti aucune émotion,

c’est cliché au possible et à ce stade du film les caches misères (les violons dont je parlais plus haut) ne font plus vraiment d’effet. Puis surtout, ce genre de lignes aurait pu être puissantes, si le doublage était bon. Malheureusement, comme je le disais plus haut, le doublage est faible et c’est peu dire. Alors comme pour chaque critique de jeu d’acteur, il n’y a pas vraiment d’argument autre que mon ressenti, mais j’ai eu l’impression d’entendre des gens récité leurs textes en sur jouant une ligne sur 2. Evidemment, ça n’aide pas les personnages à émerger ou à se distinguer. Idem pour l’animation des personnages, elle est bof sans plus.

Alors justement l’animation constitue pour moi un vrai paradoxe, D’un côté, une animation qui ne rend pas vraiment justice aux personnages, à cause d’un dessin des visages humains assez peu travaillé. De l’autre côté des paysages dessiné ou peint de manière absolument sublime. Mais ce n’est pas juste ça, ça n’est pas juste beau, ça sert à mon sens un vrai propos fort. C’est d’ailleurs un des rares points positifs du film, car ça va pour moi bien au-delà du visuel. Là le réalisateur pose ses couilles sur la table et nous dit « Voilà, je te présente un univers (dans le sens d’univers visuel) à la fois incroyablement beau et absolument terrible ». Alors c’est probablement dû à la tendresse que ressent Do pour son pays d’origine, mais au final, cela transpire tellement à l’écran que ces tableaux de maîtres ont réussis à me sortir de ma torpeur et de ma lassitude pendant quelque seconde. Chapeau l’artiste ! Idem pour la musique, en réalité même si je critique son utilisation plus qu’abusive, cette dernière est aussi très belle et aurait pu être excessivement efficace. Au final je pense que ce que veut dire Do avec ses tableaux c’est que quel que soit l’endroit, l’enfer c’est les autres. C’est peut être convenu comme message, mais ça a le mérite d’être amené de manière subtile, contrairement au reste de son histoire qui est aussi subtile que le chasseur ardennais moyen lors de l’ouverture de la chasse à St Hubert.

Le récit en tant que tel, bien que traitant d’un sujet délicat et intéressant, ne m’a pas vraiment ému. J’ai eu l’impression que cette dernière cochait toute une série de case. De chose dont le film devait parler, d’attitudes et de messages que le film devait faire passer, souvent de manière peu subtile d’ailleurs. Mais en réalité, ce constat peut sans problème s’appliquer à l’ensemble du film, J’ai vraiment l’impression que ce film suivait le cahier des charges des « films d’auteur dérangeant mais néanmoins profond et émouvant ». Je peux dire qu’à ce niveau-là, le film à bien fait son boulot, tout y est, les discours grandiloquent, les messages apportés par des figures d’autorité morale au-dessus de la masse, les doubleurs surjouant, persuadé qu’ils jouent dans un drame de portée mondiale, et au final, les décors dépaysant empreint d’une dose d’exotisme qui classera ce film dans la catégorie « film du monde », belle catégorie fourretout qui montre bien la portée de notre ethnocentrisme. Bref, un film dont le principal atout est d’avoir choisi un sujet historique peu connu et bouleversant. Cela n’efface en rien les défauts du film, qui est au final peu surprenant, peu original et peu inspiré, mais qui respecte néanmoins à la lettre son cahier des charges et pourra donc offrir aux moins exigeants, des émotions à peu de frais.

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