La guerre de Rosamund

Avis sur Gone Girl

Avatar Wykydtron IV
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Attention, spoilers.
Des personnages comme ceux-là n’existent pas. Ils ne peuvent pas exister.
Nick et Amy ne sont pas des personnages d’ailleurs, ce sont des fonctions qui servent uniquement l’intrigue et ses rebondissements.
Ils sont mariés depuis 5 ans, et le jour de leur anniversaire, Nick veut demander le divorce, mais Amy s’est volatilisée. On soupçonne peu à peu que l’épouse est morte, et que son mari l’a tué. Il s’avère que la disparue a simulé son décès, pour que soit condamné à mort son conjoint, afin de lui faire payer son infidélité.
C’est à dire que pendant des mois, Amy a, entre autres, drainé son sang, lié une amitié factice avec une voisine qu’elle méprise pour en faire une témoin, a écrit un faux journal intime s’étalant sur plusieurs années, et a même prévu de se suicider afin de parachever son plan… tout ça pour se venger de son mari adultère ?
C’est déjà beaucoup trop gros pour la suspension de mon incrédulité, mais cette révélation ne survient qu’à la moitié du film, et Gone girl continue de nous livrer des rebondissements gros comme des maisons.
Certes, il y a d’autres fictions que j’apprécie, avec pourtant des plans tirés par les cheveux, rendus possibles uniquement par des personnages déconnectés de l’humanité, comme Profit dans la série éponyme ou Catherine Tramell dans Basic instinct. Mais j’accepte leurs machinations "bigger than life" parce qu’elles servent des intrigues prenantes, complexes mais bien ficelées, aux rebondissements surprenants… mais cohérents.
Or, pas grand chose ne m’a surpris dans Gone girl, et il y a pas mal d’incohérences, dont certaines relevées par une policière, mais balayées sous le tapis sans qu’on s’y attarde de trop.
Il n’y a même pas vraiment de suspense : à partir du moment où on retrouve Amy on se doute de ses futures actions (est-ce qu’il y a une quelconque ambigüité quant à son avenir avec son ancien copain ?), et pendant toute la première partie du film, je ne comprends même pas s’il est censé y avoir un doute sur la culpabilité de Nick. Étant donné qu’on suivait son point de vue lors de la disparition d’Amy, les indices censés l’incriminer nous aident en fait à prédire que sa femme a tout manigancé.

Gone girl échoue alors à être un bon thriller, et ironiquement, parce que les personnages sont uniquement construits de sorte à servir l’intrigue policière, le film échoue aussi dans sa volonté de livrer une vision acerbe de la vie de couple.
Amy ayant inventé des évènements pour incriminer Nick, une bonne partie de ce qui nous est relaté concernant leur relation s’avère faux au final, si bien qu’on en sait très peu sur eux en fait : on ignore ce qui a réellement envenimé leurs rapports, on ignore même quel est leur véritable caractère ; de tout ce qu’on nous a raconté, qu’est-ce qu’il reste de réel ? L’Amy charmante du début est tellement incompatible avec la tarée manipulatrice qu’on découvre ensuite qu’on ne sait plus si quoi que ce soit qu’on ait vu ait été vrai.
Un doute qui est problématique car il révèle l’inconsistance de la description des personnages.
Mais même si on oublie les révélations au fur et à mesure de l’intrigue, le couple formé par les personnages principaux sonne faux depuis le départ.

On n’arrive pas à croire à leur romance lors de leur rencontre, car c’est filmé, joué, et écrit comme pour un thriller. L’étalonnage glauque verdâtre ou jaune pisseux sur la scène où le couple s’embrasse pour la première fois désamorce complètement ce qui aurait pu en faire un moment réellement romantique : l’honnêteté de l’interprétation et la sensualité de ce détail des doigts passés sur les lèvres de Rosamund Pike.
En dehors de ça, l’énonciation des dialogues sur un ton mécanique digne de sociopathes rend encore moins crédibles des dialogues qui n’ont déjà rien de naturel tant ils sont surécrits ; sans compter le rythme trop rapide de l’échange des répliques qui retire toute illusion de spontanéité.
J’ai cru pendant un moment que cette ambiance pesante alors que les personnages sont censés se séduire était voulue, pour signifier que la relation entre Nick et Amy n’était qu’une illusion depuis le début… mais non, j’ai eu la surprise d’entendre Ben Affleck dire à la fin du film qu’ils s’aimaient réellement, autrefois. Alors pourquoi ne pas avoir représenté les premiers pas du couple de manière romantique, au premier degré ?

Et le personnage d’Amy est creux non seulement parce que ses actions sont tellement exagérées qu’elles n’ont rien de crédible, mais parce que son comportement ne suit pas une logique. Même en imaginant que quiconque puisse aller aussi loin juste pour se venger de son mari, quelle est sa motivation ?
Pourquoi est-ce qu’elle tient à reformer son couple, alors que ça revient à dépendre à nouveau d’un homme, chose qu’elle a fui à plusieurs reprises durant le film ? Pourquoi elle tient à avoir un bébé avec quelqu’un qu’elle fait semblant d’aimer, alors que la justification pour ses actes jusque là était sa survie et son émancipation ?
Le film a beau vouloir nous faire avaler des couleuvres pendant 2h30, le pire est cette conclusion aberrante où Nick, sa sœur, son avocat, et la flic qui a suivi toute l’affaire savent tous qu’Amy est une meurtrière, mais décident de l’accepter, parce qu’ils ne peuvent rien y faire.
Nick va passer le restant de ses jours avec une psychopathe (et il est loin d’être le plus bouleversé à cette idée) et s’y résout… parce qu’il se sent responsable envers le bébé que porte déjà son épouse (???)
Et en tant que spectateur, on est censé accepter un final aussi grotesque, sous prétexte que toute cette histoire de meurtre, d’accusations de viol, et de manipulations diverses, c’est une allégorie des relations de couples qui, comme le dit Amy, sont toutes une affaire de disputes et de concessions ?

N’importe quoi.

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