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L'hacker a ses raisons (Saison 1)

Spoilers ahead.

Je suis du genre à me méfier des séries qui font le buzz ; ce n'est que lorsque l'enthousiasme des débuts retombe et que les avis sont plus variés qu'on peut se faire une meilleure idée de ce que ça vaut. Mais je me suis laissé piéger par Mr Robot, intéressé par le sujet et encouragé par la bonne moyenne chez mes éclaireurs.
Le monde des hackers a un aspect intrigant, et est d’autant plus mystérieux pour un simple mortel comme moi qui ne peut pleinement concevoir ce qu’on est capable de faire avec les nouvelles technologies. Au vu de l’implantation du numérique dans notre quotidien, c’est la seule catégorie de personnes qui semble capable d’avoir la mainmise sur tout ; c’est comme un super-pouvoir ancré dans la réalité, un rapprochement que fait d’ailleurs la série.
Elliot, le personnage principal, se sert de ses compétences pour rendre justice. Hacker le soir, de jour il est employé dans une société de sécurité informatique, chargée de protéger de grosses firmes, celles-là même qui pourrissent le monde selon lui.
Comme tout super-héros, il doit concilier ce qu’il fait en secret avec son quotidien, et gérer notamment des problèmes avec sa psy et son amie d’enfance, au petit copain adultère.
Et là aussi, le hacking a son utilité. Elliot peut tout savoir de quelqu’un en le piratant, et c’est un peu comme s’il était capable de voir à travers une façade d’hypocrisie ; un pouvoir que j’aimerais détenir aussi, même si j’ai l’impression que ça ne fait que confirmer ce qu’on sait des personnages rien qu’au premier abord.

Et on en vient à l’un des problèmes de la série : les acteurs ont beau être vraiment bons, la caractérisation de leurs personnages laisse à désirer.
Elliot est sûrement le plus cliché de tous : hoodie noir à la capuche souvent relevée pour se cacher, tics de mouvement, yeux exorbités (en cela, ils ont bien choisi l’acteur). Le type est un hacker alors il a nommé son poisson Qwerty.
Et bien sûr, il est handicapé social. Et ce n’est pas ça qui me dérange en soi, mais l’accumulation de tous ces éléments.
Car autrement, je ne sais si Elliot le fait exprès ou n’a vraiment pas idée de l’impact de ce qu’il dit, mais j’adore quand il semble assumer son asocialité en disant des choses d’une honnêteté limite déplacée ("I’m ok with it being awkward with you").
Mais alors que je commençais à trouver intéressant de faire du héros un outcast solitaire, voilà qu’il baise sa voisine dès l’épisode 1, et en fait sa copine par la suite. Alors que la première séquence présentait le héros comme quelqu’un ayant du mal rien qu’à parler à un inconnu, il garde un sang-froid imparable lors des moments de pression et s’avère être un expert en bluff.
Mais Elliot est surtout un cliché du personnage rebelle qui emmerde la société ("fuck society", il le répète plusieurs fois dès le pilote ; ça fait emo sur son skyblog), une représentation simpliste mais qui a de quoi plaire aux ados et à ceux qui aiment se revendiquer libres-penseurs.
Certes, il y a quand même un propos pertinent (même si le héros lui-même est conscient qu’il ne raconte rien de nouveau), visant parfois des sujets qui me touchent plus personnellement, comme l’abnégation dont on peut faire preuve pour de l’argent. Et j’ai été surpris par tout ce que la série se permet d’attaquer dans la diatribe d’Elliot du premier épisode : de grandes marques, de grands noms, et pour une fiction télévisuelle c’est osé de se mettre ainsi à dos de grosses corporations en les visant directement. C’est d’autant plus ironique quand la chaîne qui diffuse Mr Robot s’appelle "USA".
Il y a dans l’épisode 4 cette idée géniale de mettre une coupure pub quand, dans la série, on annonce un message des sponsors d’Evil corp.
C’est cette multi-nationale qui est l’ennemie dans la série ; elle gagne des millions chaque heure, et le but des héros est de l’attaquer pour permettre une redistribution des richesses. Mais c’est comme une Hydre dont les têtes repoussent, quand on s’en prend à quelqu’un de cette société, un autre prend sa place.

Dans l’idée, j’aime bien le fait qu’on pousse à l’extrême cet esprit capitaliste des grosses sociétés, où il faut tout faire pour le profit, arriver au sommet, se servir d’autrui et écraser les plus démunis. C’est incarné par ce personnage de yuppie complètement psychopathe (comme dans un certain film avec Christian Bale), mais dans un contexte censé être réaliste, ça devient bien trop n’importe quoi. Le type séduit et finit par enculer un employé, juste pour… récupérer son portable ? Il ne pouvait le faire autrement ?
Et l’acteur en fait des caisses, pour bien montrer qu’il est taré.
La série se veut subversive et choquante, mais pour cela en arrive à des excès ridicules. La scène où, avec froideur, Colby décrit comment il faut lui sucer les couilles, c’est atterrant. Comment on peut prendre cette scène au sérieux ?
Comment la qualité d’écriture d’une seule œuvre peut varier à ce point ? La narration est pourtant efficace, les métaphores employées excellentes pour certains (celle des chaussures pleines de sables par exemple).
Et à côté de ça, on a des situations grotesques, et des répliques qui semblent avoir été pensées par un autiste, même pour des personnages autres qu’Elliot.
Et le héros est quand même parfois vraiment con et long à la détente. A la fin du pilote, c’est censé être une révélation que le copain de Krista cache sa vraie identité… alors que c’est la première chose qui m’est venu à l’esprit quand Elliot dit ne pas pouvoir retrouver sa trace sur le web.
Le pire c'est que dans un épisode, les scénaristes se sont permis une blague méta où Romero dit être certain qu'il y a quelque part un type qui prépare une super série TV qui va changer la façon dont on perçoit les hackers... quelle prétention.

Si le côté thriller de la série est prenant, c’est qu’il doit beaucoup au montage et à la musique.
Il y a vraiment de bonnes idées de mise en scène, même si à d’autres moments les choix de réalisation sont étranges. La plupart des défauts formels du pilote disparaissent par la suite (la série de raccords dans l’axe, en avant et en arrière, qui ne sert à rien ; le héros au visage à moitié en dehors du cadre), mais il y a toujours trop de jump-cuts à mon goût, et énormément de faux-raccords.
Le rythme est soutenu, c’est ce qui empêche de s’ennuyer et de décrocher. La voix-off de Rami Malek, bien que monocorde, arrive à maintenir l’attention également.
Sans ça, je crois que je n’aurais pas fini la première saison.
Au fil des épisodes, Mr Robot empire, les twists sont de plus en plus gros, les situations de plus en plus grotesques (l’accouchement forcé). Et les "emprunts" se font de plus en plus évidents (la reprise des Pixies, c’était en trop). La référence majeure de Mr Robot, c’est Fight club, mais sans la minutie de Fincher qui permettait de rendre viable ce twist qui, par ailleurs, est désormais tellement commun. Au vu de cette révélation, pleins de scènes ne font pas sens (la rencontre dans la voiture de Tyrell, avant que ce dernier ne confronte Elliot). Mais ça, on s’en fout hein, tant qu’il y a ce twist pour surprendre le public… pas besoin de se poser plus de questions que ça.
Mr Robot se retrouve alors dans une spirale descendante vers le n’importe quoi.
Et les quelques qualités que je trouvais au début ont complètement disparu dans les derniers épisodes de la saison 1.
Je m'arrête donc là.

PS : Ah au moins, ils se sont documentés sur les conséquences d’une balle dans la tête. Je me demande si le réalisateur de cet épisode n’a pas aussi regardé la vidéo de suicide de R. Budd Dwyer…

Fry3000
4
Écrit par

il y a 6 ans

51 j'aime

1 commentaire

Mr. Robot
SeigneurAo
5
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Velvetman
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