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Gravity par Kroakkroqgar

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Alfonso Cuarón exprimait déjà sa maîtrise des plans séquences dans ‘Children of Men’, mais il transcende le principe dans ‘Gravity’. Certes la performance n’est pas la même, puisque l’environnement est modélisé numériquement et que les mouvements de la caméra permettent de ménager les acteurs (dont n’a d’ailleurs été conservé que le visage). Mais l’effet n’en est pas moins impressionnant. En ce sens, l’introduction du film est fascinante.

Pour autant, ce n’est ni le passage le plus beau du film, ni le plus intéressant. La véritable force de ‘Gravity’ réside en fait dans l’équilibre que le réalisateur parvient à trouver entre esthétique et thriller. Tout le long du film, la photographie est formidable et ce même lorsque l’écran se couvre d’explosions et que la caméra se fait plus agitée. C’est plus particulièrement le cas pour la destruction de la station russe : jamais destruction et explosions n’avaient été aussi sublimes.

D’autre part, chaque vue de la Terre est plutôt joli, notamment lorsqu’elle se couvre de splendides aurores boréales, mais c’est surtout dans l’inventivité de certains plans que l’esthétique marque : le miroir de Matthew Kowalski, la position fœtale de Ryan Stone, ou même la larme en apesanteur. Enfin, le plan final est magnifique, accompagné d’une musique épique qui libère enfin la pression emmagasiné pendant le film.

Parce que ‘Gravity’ est avant tout un thriller. Dès l’instant où la navette Explorer est percutée par des débris, le film se charge d’une tension qui ne cesse de s’accroître. L’enchaînement des catastrophes est certes impossible, mais fait profiter l’œuvre d’un rythme soutenu, d’autant que les péripéties sont plutôt variées. Le survival dans l’espace se révèle finalement angoissant et haletant, jusqu’à son final sous forme de climax de crispation.

Mais outre la conclusion cardiaque du récit, le film offre un passage de génie à l’œuvre. En effet, la réapparition du personnage de Matthew Kowalski représente une séquence terriblement déroutant. Elle commence comme une incohérence physique monstrueuse, puis l’on se plaît à croire au miracle, avant que le twist ne soit révélé. Certes le message d’espoir de Matt peut paraître creux, mais le flot de pensée contradictoire qui nous agite à ce moment indique le coup de maître.

Les reproches qu’on peut faire au scénario ne sont pas nombreux. Il est vrai que les personnages ne sont pas particulièrement forts dans l’œuvre (même si le rôle de George Clooney est plutôt sympathique) mais qu’importe : le récit prend aux tripes. Evidemment, le scénario prend des libertés vis-à-vis des lois physiques dans l’espace, mais cela ne choque pas particulièrement. Seul véritable incohérence grossière, Matthew ne peut être éjecté de la station russe lorsqu’il se détache de la corde.

Par ailleurs, Jonás Cuarón le frère de Alfonso Cuarón et co-scénariste de ‘Gravity’ prolonge l’expérience dans le court-métrage ‘Aningaaq’. Le passage correspondant dans l’œuvre originelle n’est pas forcément la plus intéressante du film, mais sa relecture du point de vue de l’interlocuteur de Ryan est encore une initiative payante. Non seulement l’entreprise est un procédé nouveau dans le cinéma, mais la séquence se charge aussi d’une ironie dramatique.

Un thriller génial, aussi beau que haletant.

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