Révolution sous Xanax

Avis sur High-Rise

Avatar Velvetman
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Les œuvres de J.G. Ballard sont toujours fascinantes à transposer au cinéma, surtout lorsqu’elles sont remises entre de bonnes mains. Et quand la satire sociale de l’écrivain « I.G.H » se voit redynamiser par l’excentrique Ben Wheatley, on se dit qu’il y a matière à engendrer quelque chose de possiblement passionnant. Sauf que le résultat escompté ne répond pas aux attentes notamment lorsqu’on se met à comparer l’œuvre du britannique avec celle de David Cronenberg, « Crash ». Pas que les deux œuvres soient assimilables l’une à l’autre, mais il est juste intéressant de noter que le canadien a compris et parfaitement disséqué l’état d’esprit des écrits hybrides et dégantés de J.G. Ballard.

Mais le réalisateur de Kill List n’accouche pas d’une catastrophe, loin de là mais semble perdu par la profondeur de champ d’un récit qui aurait mérité une attention plus méticuleuse, que cela soit dans sa dialectique visuelle ou son introspection narrative. La mise en scène de High Rise en est le symbole même : à part offrir des belles peintures, des séquences élégiaques dans des orgies décomplexées, une violence soudaine ou des personnages qui perdent pied dans la matérialisation de leurs désirs les plus fous (sans atteindre la perfection de l’orgie de Eyes Wide Shut ou la folie de Salo et les 120 jours de Sodome) la réalisation de Ben Wheatley n’est qu’un cache misère esthétique sans aucune idée de construction.

C’est beau mais sans conviction, la caméra n’est qu’un objet fonctionnel comme un autre qui interrompt toute immersion entre les personnages entre eux. Alors que le récit se déroule dans un immeuble, qui de bas en haut représente les différentes couches sociales, le cinéaste n’arrive jamais à donner corps à cette verticalité vertigineuse à l’inverse de Bong Joon-ho, qui dans Snowpiercer avait idéalement stratifier l’horizontalité du train et fait naître un enchevêtrement adéquat au suspense.

Dans ce genre de moments, on se rend compte de la différence entre des faiseurs comme Ben Wheatley et des auteurs tels que Nicolas Winding Refn (The Neon Demon) qui alimentent leurs thématiques par l’évocation d’une image. Dans cette introspection un peu surannée des inégalités sociales, entre les riches qui font des soirées mondaines ostentatoires et les classes moyennes voire pauvres qui perdent certaines libertés et certaines droits (l’électricité) les dysfonctionnements de l’immeuble va mettre le feu aux poudres.

Et si même l’agencement des tiraillements qui feront tout exploser semble mal écrit, sans originalité et superficiel quant à l’ampleur des conséquences, Ben Wheatley crée un décorum intéressant. La représentation de la société de consommation anglaise des années 70 est parfois somptueuse dans ce dédale de pièces, de chambres, de salons qui cachent les pulsions les plus enfouies.

Mais cet esthétisme élégant est tellement appuyé qu’il ne permet pas au film de bâtir une tension digne de ce nom et des enjeux prégnants quant à l’émiettement de tout ce microcosme. Et alors que la révolution qui en découle aurait pu être d’une noirceur incroyable, nous assistons à un assemblage assez de vains de séquences aussi subversives qu’ampoulées autour de personnages fantomatiques (malgré le très bon Hiddleston).

Le réalisateur creuse son sillon sans forcément le comprendre. Il nous place devant le chaos, se fait le peintre d’un désastre fascinant à contempler mais n’essaye jamais d’y refléter les clés du marasme à cause d’un récit trop vite expédié. High Rise soumet donc le spectateur à une dualité de sentiments : entre émerveillement devant la folie décadente de certaines images presque post apocalyptique et incompréhension devant la banalité et l’inexistence du propos. Le cul entre deux chaises qui fait de High Rise un beau mais inintéressant objet cinématographique.

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