You Could Have (Done) It So Much Better...

Avis sur Inherent Vice

Avatar Milan Boëhm
Critique publiée par le

Changement Radical.
Dans Inherent Vice le problème c'est l'intrigue: elle prend trop de place.
On se perd dedans, on finit par ne plus regarder que ça, elle nous empêche d'admirer, de profiter du moment.
Elle ne laisse pas la place à "l'instant" de prendre l'ampleur qu'il pourrait atteindre en suspension, en laissant le film progresser simplement, et ce parce qu'il faut "avancer".

Mais avancer?

Juste suivre une histoire, une intrigue avec des rebondissements, une pléthore de personnages et des dialogues (visant à la résoudre cette intrigue) à n'en plus finir.
Tout fait partie du grand dessin; (presque) rien n'a une place purement poétique (images, dialogues, personnages) si ce n'est Bigfoot Bjornsen (Josh Brolin) qui concrètement ne fait pas avancer l'intrigue et dont les moments de présence décalent le film.

Ou sont donc passées ces erreurs surréalistes, fragiles balancement sur le fil séparant le petit (c̶o̶n̶) prodige mégalomane, du poète, dont était parsemé The Master?
Ces écueils si glorieusement placés à la frontière du sublime et du grotesque.
Inherent Vice en est bourré.
Enfin dans ses scènes coupées que l'on peut maintenant voir sur internet et qui, pour la plupart, se trouvent être les plus beaux "moments" du film.

En grande partie parce qu'elle font de Doc un observateur ce qui se trouve être sa place première dans ce livre/film qui est avant tout une peinture d'une époque (ou de sa fin).
Doc nous donne à voir la vie californienne en ce début des années 70 à travers ses yeux.
Il est un observateur attentif de son époque mais pas vraiment un protagoniste de grands changements. Et c'est en ça que le voir embarqué dans une galère aussi monumentale est intéressant, bien entendu.
Cependant si l'on ne ménage pas une place à la sensibilité, à la personnalité de Doc, si l'on se contente de balancer un personnage cacheté "loufoque" dans des situations improbables, on donne à voir un être sans résonance, soumis au mouvement.

Pourquoi se concentrer la dessus?
Je parle surtout de montage en fait, car au regard des images supplémentaires que l'on trouve sur le net je pense qu'il y avait exactement matière à faire d'Inherent Vice une oeuvre sublime.
La poésie, la légèreté, l'envol se trouvent dans ces deux séquences sur la plage ou Doc regarde Shasta; dans cette communion de Coy et des autres encapuchonnés dans le jardin du Chryskylodon; dans ce monologue sanglant de Bigfoot, dans ces plans de la mer, dans ces images de Doc ou de Shasta, seul(e)...
La le génie était présent à tous les niveaux: la réalisation est parfaite, simple, magnifique et originale, le jeu ne s'en trouve que renforcé et approfondit, les dialogues simplifiés, moins denses, l'intrigue desserrée...
Seul (et très gros) point noir, le montage qui au profit d'une recherche d'efficacité pour ne pas perdre définitivement le spectateur (trop plein de tout en même temps: gags, dialogues, jeu...) rend le film un peu indigeste, et délimite ce qui pourrait constituer un chef d'oeuvre de poésie, de drôlerie et de profondeur émotionnelle en un produit finit.

Le 8 c'est pour les possibles, ce Inherent Vice rallongé, re-decoupé, allégé dont je rêve (pour l'avenir? humhum impossible) parce que sinon on plafonne difficilement à 7.

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