Scatgirl

Avis sur Inland Empire

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Critique publiée par le

https://www.youtube.com/watch?v=Hy8kmNEo1i8

Avec le temps va tout s'en va:
c'est semble-t-il bien entendu.
Mais même quand il va pas,
qu'il se pose comme ça,
câble tendu,
ça s'en va.

Le temps posé dans sa structure
comme un filet aux mailles dures
retient la chute
retient la fuite.

Temps protecteur qui divertit,
spectacle en tic depuis sa nuit*,
camisole en trois temps:
Passé Futur Présent

Le Futur projette on oublie.
Le Présent relache on oublie,
on oublie de se projeter aussi,
Présent chéri.

Le Passé fixe est mieux que rien,
chagrins passés nous font du bien.
Mais les trois temps sont inquiétants
quand on les lit communément.

*La nuit des temps donc

L'angoisse chez David Lynch monte parfois (dans certains de ses films parfois c'est souvent) quand on ne sait plus quelle heure il est. Quand on ne sait plus si ce que l'on perçoit est arrivé, va arriver, ou est en train d'arriver.

C'est qu'en tant que spectateur il faut s'économiser chez David Lynch. Si tu cherches à te faire une chronologie, c'est l'embolie cérébrale. Là ça dure trois heures, mais si tu te laissais porter t'aurais peut-être pas besoin d'endurance.

Cela dit dans ce film en particulier, Inland Empire, David Lynch te rappelle en permanence, ne serait-ce qu'en te jetant la montre au visage, que le temps te joue des tours. Alors si tu comptais complètement te laisser porter ça va être compliqué. Il a même eu l'impertinence de créer des doubles personnages et de mélanger un peu tout ça, le salaud, rien de pire dans un film pour t'obliger à réfléchir que de délibérément te faire confondre les prénoms

Le métier d'acteur, sujet du film (de ce film j'entends, bien que l'acteur soit de base fondamentalement sujet du cinéma, sauf exception), est parfaitement à propos, pour dédoubler les personnages bien sûr, et pour fragmenter le temps. Car l'acteur plus qu'un autre peut dire de manière intégrale "j'ai été, je suis, je serai, et je serai après ça".

(Nous parlons de la femme dans ce film aussi je crois, et de l'homme incomplet, qui ne peut avoir d'enfant, et qui se remplit sur le dos de l'autre, de la femme notamment. Dissolution de l'espace vital et de l'espace temps, mise en abyme avec le duo réalisateur et acteur. Actrice. Et celles qui veulent devenir actrices. Mise en abyme avec l'amant et la maîtresse... multiplication et dissolution, dissolution et multiplication des identités comme souvent chez Lynch, je pense à Mulholland Drive et à Twin Peaks notamment)

de choisir une caméra à l'épaule joliment dégueux pour brouiller toutes les mises en abyme, pour ne plus faire la différence entre la réalité de la fiction et le cinéma du cinéma, la fiction de la fiction en somme, brouiller les prénoms et puis te mettre du beau jazz quand tu es censé avoir peur. C'est perturbant.

Et David Lynch nous montre ainsi deux trois choses :
que l'abolition du temps est terrible, vertigineuse. Invivable.
Mais que dans sa totalité il serait effrayant, écrasant, qu'il nous faut ainsi tout de même le fragmenter.
Qu'on a besoin de savoir où il en est le temps, de le fixer, de s'y fixer en tout cas, quitte à se tromper.

La musique avec son tempo elle-même fragmente, mais étiquette aussi.
L'IDM flirte avec la dissolution, au sein même de l'étiquetage qu'est la musique, une dissolution étiquetée, c'est beau. C'est la machine cela dit. On n'y va pas à pied.
Le jazz lui peut-être par contre, amène l'humain sur la brèche.

"Je pensais qu'on me réveillant je comprendrais le passé... Je n'aime pas trop penser au futur... et aujourd'hui fout le camp."

https://www.youtube.com/watch?v=JXuoy7bjxYA

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