Nathalie is back

Avis sur Jackie

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Premier grand coup de cœur de cette année, comparable à ce que fut la vision de Carol de Haynes l'année dernière à peu près à la même période. Ou comment dessiner en creux un portrait au vitriol d'une Amérique illusoire, posée sur des fondations démocratiques vacillantes. Pablo Larain utilise parfaitement la figure glamour et médiatique de la First Lady pour déconstruire la mythologie Kennedyenne. Tel un spectre errant dans les couloirs de sa propre légende Jackie incarne toutes les contradictions idéologiques d'une période charnière de L'Histoire US: les Démocrates sont en passe d'infuser un progressisme structural qui aurait pu avoir un impact décisif s'il avait pu s'instaurer dans le temps, au lieu de quoi l'incarnation du rêve américain instrumentalise par le couple paillettes et strass laisse un pays exsangue politiquement. Lyndon Johnson capitalisera sur cet échec gouvernemental pour réinstaller l'idéologie Républicaine au sommet de L'État.

Au fait de sa gloire Jacqueline Bouvier redevient une simple aristocrate désargentée dont les titres de gloire ne sont que poussière eu égard à l'ambition initiale. Le film balance constamment entre reconstitution d'une époque révolue et portrait d'une femme qui se rêvait reine en son royaume. Ce qui intéresse ici le cinéaste chilien n'est pas tant la fulgurante ascension d'une roturière mais plutôt le destin d'une icône Martyr que ses innombrables tragédies personnelles feront pleinement résonner avec les soubresauts doctrinaires des États-Unis. La réside la passionnante équation entre la sphère privée l'intime et l'image publique. Comme si de la première, heurtée et frustrante, découlait la seconde, faux-semblants et image d'Épinal jetée en pâture pour l'unité nationale. La dichotomie joue sur les affects d'une Nathalie Portman grandiose, dont les moindres recoins du visage sont scrutes jusqu'à l'épuisement. Cadres serrés et gros plans pour capter l'intensité de ses réactions, caméra discrète lorsqu'il s'agit d'observer son évolution psychologique et plans larges pour mieux l'isoler dans le cadre lorsqu'elle se sent étreinte par les fantômes de la Maison Blanche elle est le centre de gravité qui concentre l'attention. La mise en scène fétichise l'actrice à chaque instant et la photo très léchée donne un ton funéraire sur fond de chromes nuancés.

Les seconds rôles sont complètement au diapason (mention spéciale au regrette John Hurt), la narration éclatée est d'une intelligence folle et le souci du détail confine au génie. Seul petit regret une musique parfois envahissante qui illustre un peu trop lourdement le chemin de croix de la Piété Christique: en l'état une chimère en regard dune telle maîtrise. Magistral!

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