Le noir à voir

Avis sur Je ne suis pas votre nègre

Avatar Alexandre Rémond
Critique publiée par le

La critique:
Il faut toujours voir les discours et ceux qui les portent à leur source. Il faut toujours voir les scènes filmées avant de se plonger dans l'analyse et le commentaire.
Voir dit beaucoup de choses. Voir les images de l'assassinat de George floyd montre ce qu'est du racisme ancré chez un policier. C'est technique et faussement froid. Je l'ai vécu à mon échelle (voir en bas).
Voir James Baldwin lors d'une interview c'est aussi voir comment un homme vit sa condition.

James Baldwin est un universitaire. Son analyse de l'histoire de l'inconscient raciste americain est originale et robuste.
James Baldwin est un universitaire avec les manières et l'éloquence des hommes raffinés de son milieu.
Mais alors pourquoi le voit-on transpirer ? Pourquoi s'emporte t-il à l'inverse de ses intervieweurs et contradicteurs blancs ?
Parceque James Baldwin est un universitaire noir. Il nous dit qu'il est pris dans le rôle du bon nègre intégré dans sa société. Celui qui rassure les progressistes par sa présence parmis eux sur les plateaux et assemblées. En existant il leur permet de penser au fond que: "S'il y a des noirs intellectuels c'est bien que quelque part c'est leur affaire s'ils ne sont pas à la tête du pays. Ils n'ont qu'à le mériter comme James."
Ce que nous fait vivre ce film c'est qu'un noir ne peut être en colère comme son héros John Wayne. Un noir qui s'énerve est séditieux. Alors James bout et se retient. Mais dans toute les prises de paroles filmées du film, on voit le corps d'un homme qui porte l'accablement dans la lutte. On voit un homme dont son propre pays a assassiné ses trois amis. Martin, Malcom et Medgar.
Ce que je vois c'est un homme qui tient pour dire à tous les blancs qu'ils doivent regarder en eux pour ne plus avoir besoin d'un négro repoussoir, utile et sur qui défouler les frustrations d'un rêve americain si peu opérant. Je me vois dans ce noir qui se bat avec sa nation et qu'il voudrait aimer parcequ'elle ne verrait en lui qu'un homme.

Le témoignage:

Est ce que mes amis blancs le voit ?
Comment à partir d'un ticket non validé, je me suis retrouvé par terre avec un controleur qui me fait une clé autour du cou et m'etouffe en me chuchotant une dizaine de fois" fils de pute "dans l'oreille.

Ma faute, c'est d'avoir fait tomber un de ses collègues en tentant de m'enfuir d'un contrôle de titre. Ce n'était pas volontaire, c'était une fuite. Je n'ai pas porté de coup mais c'est arrivé par ma faute.

Je me suis toujours dit que quelquechose ne tournait pas rond dans cette histoire.
Aujourdhui quand je vois la tête de ce policier qui étouffe George Floyd, je vois le visage de quelqu'un qui masque ses émotions. Ce contrôleur avait ce même visage au moment où je rapporte les saloperies qu'il m'a dite à ses collègues. Il niait avec ce visage impassible. C'était pourtant net qu'il avait pris son pied. Il était le chef d'une équipe de noirs, blancs, arabes et cachait tout parfaitement.

Racisme patent ? Qu'est ce que j'en sais au fond ? Je ne suis pas dans la tête de ces mecs. Le racisme a "toujours existé" me dit-on. Et on me le dit parfois, je ne suis pas noir, je suis métisse. Je dois faire une hallu. Je l'avais cherché. On me dit le racisme c'est partout et nulle part dans la société. Un hasard ... sûrement ...
Pas de propos raciste, juste un blanc qui étouffe un métisse, pas de racisme juste une technique d'immobilisation légitime, légitimée dans la société aveugle.

Une technique où des blancs tuent des noirs.
Quand j'entends ces enregistrements https://www.arteradio.com/son/61664080/gardiens_de_la_paix, il y a l'immondice de cette vision de l'homme mais il y a surtout cette violence dissimulée par un groupe. Cette envie lâche d'en découdre. C'est ce que je lis chez ces crétins qui s'engagent dans des forces de coercitions pour se défouler à la marge, en se cachant dans les interstices de techniques, procédures et discours politiques. C'est ce que je vois chez ce contrôleur qui s'éclate en douce et qui nie devant des collègues qui préfèrent ne rien voir, et qui peut être un jour, finiront aussi par se lâcher. Ils pourrissent ces institutions avec finesse. Ils en font même des groupes Facebook et rien ne change. Parceque quelque part on l'a cherché, parceque quelque part ces francais visibles sur la marge ne le sont pas tout à fait.
J'ai porté plainte le soir même. C'est ma parole contre tout un groupe m'a t-on dit.

Je ne subit pas de contrôle d'identité permanent. Les vigiles de supermarchés noirs me suivent fréquemment dans les rayons. J'ai reçu des insultes racistes une poignée de fois dans ma vie. Je me sens rarement noir et je n'en ai pas franchement le besoin, peut être pas envie. Peut être un peu aujourd'hui quand tout ça me fait tourner le sang et que certains de mes amis blancs ne sont pas en colère comme moi.

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